MANIFESTE DU COMITÉ CENTRAL
Le Comité Centrai fit afficher, le 20 mars, une proclamation, un peu longue, mais qui contenait un exposé intéressant de la situation, et qui se terminait par une déclaration d'une éloquente modestie. Il débutait ainsi :
« Si le Comité Central de la garde nationale était un gouvernement... » On remarquera cette première affirmation, corrigeant la formule, qui pouvait paraître usurpatrice, de la proclamation citée plus haut, insérée au Journal Officiel et commençant par ces mots : « Le nouveau gouvernement de la république... » Le ton du document compor-
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tait cette réserve de la définition du pouvoir nouveau dont il laissait l'expression à l'assemblée, qui allait être immédiatement nommée par le suffrage parisien Les auteurs du manifeste parlaient seulement au nom de la FédéraUon républicaine de la garde nationale, ainsi qu'ils y étaient MUlorisés.
Le Comité Central disait donc :
Si le Comité Ceolral de la garde nationale était un gouvernement, il pourrait, pour la diRnité de ses électeurs, dcda-gner de se justifier. Mai. comme sa première a firmafon a ete de decla^ rer« qu'il ne prétendait pas prendre la P'»f « '^%'='^"\'^"^ î'^ loufflc populaire avait renversés », tenant à s.n.ple honneletc de rester exactemcnl dans la limite expresse du mandat qui lu. a ete confié, il demeure un composé de personnabtes qu, ont le droit de se défendre. , . , i „„»
Enfant de la République, qui écrit sur sa devise le grand mot de • Fraternité, il pardonne à ses détracteurs; mais il veut persuadcr les honnêtes gens, qui ont accepté la calomnie par igno-
"iTn'a pas été occulte : ses membres ont mis leurs noms à toutes ses affiches. Si ces noms étaient obscurs, ils n ont pas tu. la responsabilité, et elle était grande. ...„:„„
Il n'a pas été inconnu, car il était issu de la l.bre express.on des sullrages de deux cent quinze bataillons de la garde nationale.
Il n'a pas été fauteur de désordres, car la garde- nationale, qu. lui a fait l'honneur d'accepter sa direction, n'a commis m excès ni représailles, et s'est montrée imposante et forte par la sagesse et la modération de sa conduite.
Et pourtant, les provocations n'ont pas manque; et pourtant, le Kouverncment n'a cessé, par les moyens les plus honteux, de tenter l'essai du plus épouvantable des crimes : la guerre civile.
Il a calomnié Paris et ameuté contre lu. la province.
n a amené contre nous nos frères de l'armée, qu il a fait sou frirdefroid sur nos places, tandis que leurs foyers les attendaient.
11 a voulu nous imposer un général en chef.
Il a par des tentatives nocturnes, tenté de nous desarmer de nos canons, après avoir été empêché, par nous, de les l.vrer aux Prussiens.
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HISTOmE DE LA COMMUNE
Il a enfin, avec le concours de ses complices effarés de Bordeaux, dit à Paris : « Tu viens de te montrer héroïque; or, nous avons peur de toi, donc nous t'arracherons (a couronne de capitale ! »
Qu'a fait le Comité Central pour répondre à ces attaques? Il a fondé la Fédération; il aprèché la modération,— disons le mot — la générosité ; au moment où l'attaque arraéecommençait, il disait à tous : « Jamais d'agression, et ne ripostez qu'à la dernière extrémité I »
Il a appelé à lui toutes les intelligences, toutes les capacités; il a demandé le concours du corps d'officiers ; il a ouvert sa porte chaque fois que l'on y frappait au nom de la République.
De quel côté étaient donc le droit et la justice? De quel côté était la mauvaise foi?
Cette histoire est trop courte et trop près de nous, pour que chacun ne l'ait pas à la mémoire. Si nous l'écrivons à la veille du jour où nous allons nous retirer, c'est, nous le répétons, pour les honnêtes gens, qui ont accepté légèrement des calomnies dignes seulement de ceux qui les avaient lancées.
Un des plus grands sujets de colère de ces derniers contre nous est l'obscurité de nos noms. Hélas ! bien des noms étaient connus, très connus, et cette notoriété nous a été bien fatale!...
Voulez-vous connaître un des derniers moyens qu'ils ont employés contre nous? Ils refusent du pain aux troupes qui ont mieux aimé se laisser désarmer que de tirer sur le peuple. Et ils nous appellent assassins, eux qui punissent le refus d'assassinat par la faim!
D'abord, nous le disons avec indignation : la bouc sanglante dont on essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d'exécution n'a été signé par nous ; jamais la garde nationale n'a pris part à l'exécution d'un crime.
Quel intérêt y aurait-elle? Quel intérêt y aurions-nous?
C'est aussi absurde qu'infâme.
Au surplus, il est presque honteux de nous défendre. Notre conduite montre, en définitive, ce que nous sommes. Avons-nous brigué des traitements ou des honneurs? Si nous sommes inconnus, ayant pu obtenir, comme nous l'avons fait, la confiance de deux cent quinze bataillons, n'est-ce pas parce que nous avons dédaigné de nous faire une propagande? La notoriété s'obtient à bon marché : quelques phrases creuses, un peu de lâcheté suffit ; un passé tout récent l'a prouv-^.
LE COMITÉ CENTRAL lOQ
Nous chargés d'un mandat qui faisait peser sur nos tèles une iPrrilile' responsabililé, nous l'avons accompli, sans hcsitalion, sans peur ■ et des ((ue nous voici arrivés au but, nous disons au Peuple qui nous a assez estimés pour écouter nos avis, qui ont souvent froissé son impatience : «Voici le mandat que tu nous as confié • là où notre intérêt personnel commencerait, notre devoir (init • fais ta volonté. Mon maître, tu t'es fait libre. Obscurs il y ■i quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, et montrer au.v gouvernants que l'on peut descendre, la tète haute, les marches de ton Hôtel de Ville, avec la certitude de trouver au bas l'étreinte de la loyale et robuste main ! » Les membres du Comité Central :
Ant. Arnaud, Assi, Billioray, Ferrât, Ba- BiCK, Edouard Moreau, C. Dupont, VariiN, Boursier, Mortier, Gouhier, Lava-
LEITE, F. JOURDE, liOUSSKAU, Cn. LuLLIEH,
Fortuné Henry, G. Arnold, Viard, Blan- CBET, J. Grollard, Barroud, h. Géresme.
Fabre, Fougeret, Bouit.
La crandeur de cette déclaration finale, annonçant que ces hommes» obscurs» allaient rentrer dans leur ombre, s'estlmant diijnes de recevoir les marques d'estime de leurs concitoyens, et descendant du pouvoir la tête haute, était faite pour attirer les sympathies. Ce lan-age était dig-ne et neuf. Ceux qui le tenaient avaient sans doute au cœur la sincérité des sentiments qu'ils exprimaient.
Les actes ne correspondent pas toujours aux paroles, et par la suite, beaucoup de membres du Comité Central parurent regretter l'abnégation dont, dans un élan généreux, ils s'étaient vantés. La retraite de ces gouvernants de quelques heures ne fut pas aussi complète que cette ferme et publique démission l'indiquait. Le Comité Central voulut maintenir son pouvoir à côté de celui des élus municipaux ; celte dualité fut souvent fâcheuse et même funeste. L'anlag'onisme, qui s'accentua pendant la lutte sous Paris, afifai-
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blit la défense et suscita des divisions et des rivalités intérieures favorables aux assaillants. 11 faut reconnaître qu'elles cessèrent aux heures terribles de la résistance suprême dans les rues. La résipiscence était tardive et inutile.
Dans ce manifeste, le Comité Central répondait nettement et adroitement aux diverses accusations dont il était l'objet, depuis sa première affiche du dimanche 19, notifiant sa prise de possession et faisant connaître les noms de ses membres à la population. On lui reprochait son obscurité, presque son usurpation, et il rappelait qu'il était issu du suffrage universel, du vote de ai5 bataillons de la g-arde nationale, représentant la grande majorité des citoyens actifs de la cité investie et militarisée. Il exposait la pro vocation dont Paris avait été l'objet, à laquelle il avait dû résister, mais il repoussait toute participation au meurtre des généraux, rue des Rosiers ; enfin il annonçait qu'il était disposé à .se retirer dès que les électeurs auraient nommé leurs mandataires réguliers.
Rien n'était plus louable que ce langage et la conduite du Comité échappait à toute critique. En même temps que ce manifeste, était affichée la convocation des électeurs pour le mercredi 23 mars, à l'effet d'élire, au scrutin de liste et par arrondissement, 80 membres, à raison d'un conseiller par 20. 000 habitants ou fraction excédante de plus de 10.000.