‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 23 sur 126 · DÉBATS SUR L'OFFICIEL · texte numérisé non relu

DÉBATS SUR L'OFFICIEL

Le Journal Officiel, avec quelques fluctuations dans son personnel rédigeant, a eu pour collaborateurs princi-

paux: Lebeau, rédacteur en chef, Barberot,Floriss, Pireaux, P. Vapereau, Pierre Denis et pendant le laps de temps le plus long-, comme rédacteurs en chef, Charles Longuet et Vésinier, tous deux membres de la Commune.

Des rédacteurs Barberot, Floriss, Pireaux, Vapereau, chargés des articles secondaires, faits divers, renseignements commerciaux, comptes rendus des séances de sociétés savantes, inventions, cérémonies, concerts, fôtes, théâtres, etc., etc., il n'y a rien de particulier à dire. Ils faisaient leur besogne, assez difficile en ces temps troublés, aussi consciencieusement que possible. La partie non-officielle, qui devait contenir des informations militaires quotidiennes pendant la lutte, fut très surveillée, et malgré cela donna lieu à des erreurs, à des récriminations, dont l'écho se trouve dans plusieurs séances de la Commune. Un des membres de l'assemblée, Amouroux, avait été spécialement délégué pour le contrôle des comptes rendus des séances de la Commune, dont la publicité n'eut lieu qu'à partir du i5 avril. Ce délégué avait môme demandé que l'Officiel fût le seul journal autorisé à paraître. « En temps de guerre, dit-il, dans la séance du 21 avril, il ne doit y avoir que V Officiel. » Cette proposition trop absolutiste ne fut pas adoptée.

Mais, dans la même séance, un débat assez vif eut lieu, sur V Officiel. Son prix de vente fut notamment critiqué. Rasloul et Viard demandèrent que {'Officiel ne coûtât que cinq centimes. Amouroux, après avoir témoigné de son étonnement que le journal fût imprimé si tard, bien que le compte rendu des séances fût prêt dès neuf heures et demie du soir, ajouta qu'il ne demandait pas mieux que d'en voir réduire le prix. Félix Pyat réclama la gratuité complète. « Ce journal, dit-il, n'est pas une propriété privée, c'est une entreprise de l'Etat, payée par l'impôt, vous ne

pouvez pas faire payer le pauvre.» Ostyn et Paschal Grousset combattirent la gratuité. « Je comprends, dit ce dernier, que Pyat propose l'affichage d'un grand nombre de numéros, mais non la g-raluilé. n Viard intervint, un peu en étourneau : « Voulez-vous intéresser la population avec l'O/'y?C(e/, dit-il, donnez-lui une rédaction vraiment républicaine, socialiste, révolutionnaire 1 » — « Vous n'êtes pas dans la (luoslion ! » lui crie Félix Pyat, etViard de faire cette réponse, dont on s'égaya par la suite, et qu'on a souvent rappelée c|unnd son nom se présentait sous la plume : « Pardon 1 je suis dans la question. Ecoutez-moi : je suis jeune, mais pratique ! » Cette affirmation Ht sourire et amena In clôture de la di.scussion. La projiosition d'affichage de V Officiel à un grand nombre d'exemplaires, et celle de son prix de vente à cinq centimes le numéro, furent mises aux voix et adoptées.

Ce vote fut probablement éludé, car, dans la séance du 28 avril, la question du prix revint en discussion. J.-B. Clément demanda que le .Journal Officiel de la Commune ne fût pas plus cher que les autres journaux de Paris, et qu'il fût ;\ la portée, par son prix, de tous les gardes nationaux. Billioray dit que tous les journaux de Paris ont des marchands, V OJficiel n'en a pas. Il devrait cependant être le plus répandu des journaux. Varlin posa cette question ; De quel ministère dépend VOfficielf.— De la sûreté générale, répondit Ostyn. « Eh! bien, reprit Varlin, chargez la sûreté générale deprendre les mesures nécessaires pour que YOJficiel soit vendu dès demain cinq centimes 1 » Mais aussitôt, les objections surgirent et le débat s'élargit :

Paschal GnoiissKx. — Ciloyens, j'ai parlé de cette question avec Longuet, qui m'a fait observer que la question était phis iarsre que cela. L'Officiel est une propriété individuelle; avant de le mettre à cinq centimes, vous avez donc b. le déclarer propriété

de la Commune, et puis vous aurez à faire dresser un état de situation de la caisse, afin d'indemniser, s'il y a lieu, le propriétaire ; vous auriez donc à nommer une commission chargée de régler cette question .

JouRDE. — L'0//iC(e/ appartient, pour le moment, à une industrie privée. Vous ne pouvez pas décréter qu'une valeur de vingt sous sera vendue cinq centimes. Mais je crois que votre commission de finances pourra s'entendre avec les propriétaires de V Officiel, afin de les rembourser des pertes qu'ils pourraient faire. Votre délégué aux finances peut prendre des mesures générales, de manière à ce que, dès demain, ÏOfficiel soit vendu cinq centimes.

Il est important, pour la Commune, que votre journal ait une unité de direction, pour qu'il soit rédigé de façon à ce que des rédacteurs intelligents, sérieux, soient rais à YOffîciel et servent la Commune au lieu de la desservir. Je demanderai si les membres, de la Commune peuvent y envoyer des articles.

Jules Vallès lit la proposition suivante :

Je demande que VOfJiciel soit distrait de la sûreté et renvoyé à l'enseignement.

Jules Andhieu. — Citoyens, la commission de sûreté, si elle était consultée dans tousses membres, serait la première à reconnaître qu'elle n'a pas le temps nécessaire pour bien juger d'une question de rédaction. Je dois dire qu'il ne faut pas oublier que l'Officiel s'appelle toujours Journal Officiel de la République Française, quand il devrait simplement s'appeler Journal Officiel de la Commune. Il doit appartenir à la commission qui représente la Commune dans son unité d'action, je veux dire à la Commission Executive.

JouRDE. — Vous chargerez la sûreté de s'entendre avec moi ; mais d'abord, il faut que la sûreté s'entende avec les possesseurs actuels pour les indemniser, sur leurs propositions, si elles sont fondées. Je puis déclarer que j'indemniserai pour les frais que fera VOf/iciel, lequel sera vendu cinq centimes.

Jules Vallès donne lecture de la proposition suivante :

Le Journal OJficiel se vendra, à partir de demain 29 avril, à raison de cinq centimes. Le délégué aux finances est chargé d'allouer l'indemnité, réclamée sur pièces justificatives, à l'administration du journal. La commission de sûreté générale est chargée de liquider la situation administrative du Journal Officiel, de

fixer riiideainilé et d'adrniDislrer ce journal au nom de la Commune.

JouRDE. — La semaine dernière, il y avait à X'OfJicielna déticit de 912 fr. que j'ai payé. Il est clair que nous pourrions, dès aujourd'hui, nousemparer de rO/y/ciW ; mais une pareille mesure ne pouvait se l'aire du jour au lendemain sans une profonde perturbation. En attendant, les finances feront tous leurs efforts, et je pourrai payer les écarts; les écritures sont régulières : il n'y a pas d'inconvénients à ce que la Commune me donne l'autorisation d'agir de la sorte. Que la siireté veille aciivenient à la rédaction du journal. Je me charge de la partie financière.

Vermohel. — J'ai)puie la proposition Jourde : seulement je demande ([ue la rédaction du journal ne soit pas donnée à la sûreté tçénérale, mais à la commission executive.

VOJficid résume le travail de toutes les commissions ; il est très naturel que la commission e.TCCutive le prenne.

Jules Vallès. — Voici un projet de décret proposé par le citoyen Andrieu.

Art. I«^ — Le Journal Officiel prendra le nom de Journal de la Commune.

Paschal Grousset. — Je m'oppose absolument, pour mon compte, à ce que le titre du Journal Officiel soit chans;é.

Le titre actuel est une force pour nous. Si nous prenions celui de Journal de la Commune de Paris, nous nous retirerions cette force.

Le Journal Officiel de la République Française est à Paris, quel intérêt avons-nous à le changer? .\ucun.

Quel intérêt à le conserver? celui-ci : c'est que, pour toute la France, le Journal Officiel de la République Française est et doit être à Paris, et que le véritable Journal Officiel ne peut (as être celui de Versailles.

Noua détenons là une sorte d'otafi;e matériel : le Journal de la République Française, je demande qu'on lui conserve ce caractère, et qu'on n'annule pas ce gage entre nos mains.

Jourde. — Je renouvelle une proposition qui consiste à dire que la sûreté générale prendra possession de l'Officiel, et que le délégué aux finances payera une indemnité nécessaire. (Aux voixl)

(La proposition Jourde est mise aux voix et adoptée.)

Il y avait d'abord un intérêt à ce que le journal fût à bon marché, puisqu'il donnait les actes de la Commune et publiait les faits militaires, dans un sens généralement favorable, et ensuite il était bien préférable de conserver le titre de Journal Officiel de la République Française, qui était consacré, accrédité et qui, à l'étrang-er et même dans les départements, donnait du poids et de l'autorité aux nouvelles et articles qui s'y trouvaient insérés. Le prix de 5 centimes était si légitime, que c'est celui qu'a adopté, par la suite, le gouvernement de la République. C'est peutêtre la seule décision de la Commune qui ait survécu à sa défaite.

On peut faire cette objection toutefois, que le litre conservé n'était pas exact, qu'il constituait une usurpation et une fausse qualité, puisque c'étaient seulement les actes officiels de la Commune de Paris qu'il pouvait publier.

Page 1