ARTHUR ARNOULD
Arthur Arnould, et ceux qui ont écrit après lui, approuvantl'inertie du Comité Central, et la justifiant par la crainte de déchaîner un effroyable retour offensif des Prussiens, par le désir de légaliser par le suffrage universel leur mandat de fait, se sont donc trompés. Arthur Arnould fut toutefois un des plus clairvoyants dans l'appréciation de ces événements et de ces difficultés, où le péril se voyait partout, le salut nulle part. L'auteur de M Histoire populaire
Lr. COMITE CENTRAL
et parlementaire de la Commune, est une personnalité secondaire, mais intéressante et sympathique, de la période comniunaliste.
Néà Dieuze (Mcurthe) le 7 avril i833, Arthur Arnould appartenait à une famille d'universitaires. Son père était professeur à la Sorbonne. Il fit donc de bonnes études classiques, mais ne se voua pas à l'enseignement. La littérature l'attirait. Comme tant d'autres, il chercha un emploi pour vivre en attendant la gloire et la fortune par les lettres. Il se présenta aux examens de la préfecture de la Seine et fut admis dans les bureaux. Là, à l'abri des cartons verts emplis de dossiers rarement remués, plusieurs de ses collèg-ues rimaient des vers, écrivaient des articles, confectionnaient des vaudevilles. Les bureaucrates lettrés étaient nombreux à la ville, sous le baron Haussmann. Arnould débuta dans la presse satirique, au Charivari. Il donna des articles plus graves de ton à la Revue Nationale, dont son père était un des collaborateurs, puis ayant remis sa démission d'emplové, il écrivit dans des journaux d'opposition : L'Opinion Nationale, LEpoque, La Presse Libre, La Réforme, enfin au Rappel. Il fut poursuivi, condamné et acquit une notoriété assez grande pour fonder, avec Henri Rochefort, La Marseillaise, l'organe vigoureux de l'opposition radicale, dans la dernière année de l'empire. Il fut mêlé à la tragique affaire de Victor Noir. Rochefort, provoqué par le prince Pierre Bonaparte, l'avait choisi pour témoin, et il s'était rendu, en celte qualité, à la sinistre maison d'Auteuil. Il n'arriva que pour recueillir le corps sanglant de 1 infortuné Victor Noir, s'abattant sur le trottoir, assassiné par le prince Pierre Bonaparte. Témoin dans le procès de Tours, sa déposition raesuréeet précise produisit une grande impression sur l'auditoire. Elle ne pouvait changer l'arrêt de la haute cour, dont le verdict favorable était acquis d'à-
vance au cousin de l'empereur. Les vigoureux articles d'Arthur Arnould, datant de cette époque, ont été réunis en un volume curieux à consulter pour la connaissance des polémiques d'alors, sous le titre : Une campagne à la Marseillaise.
Quand la g-uerre éclata, Arthur Arnould, qui collaborait à r Avant-Garde, feuille très populaire, fut nommé adjoint au maire du IV" arrondissement. C'était alors un homme d'aspect plutôt sévère, paraissant plus que son âge, avec ses cheveux arg'entés, qu'il portait assez longs, rejetés en arrière. La taille était moyenne, les yeux bleus brillaient, chercheurs; la bouche fine, au pli ironique, s'ombrag-eait d'une moustache en brosse, assez rude. Il avait l'allure vive et dégagée et la physionomie d'une intelligence éveillée. Son tempérament était d'un frondeur, ses propos d'un mécontent, mais nullement d'un violent. Il avait suivi l'évolution de beaucoup d'esprits universitaires de son temps, et comme Jules Vallès, dont il avait été le collaborateur au Journal du Peuple et qu'il retrouva comme collègue à la Commune, il était passé de l'opposition au radicalisme, puis au socialisme. Il était de ton et de sentiments beaucoup moins exaspéré que Jules Vallès. Son style était aussi moins expressif, moins coloré, aj'ant conservé une bonne facture classique. On pouvait lui reprocher une certaine lourdeur de forme. Il usait de la terne et solennelle phraséologie des publicistes de l'école des Peyrat, des Desonnaz et des Delescluze. Médiocre orateur, il ne figura que comme assistant notoire dans les clubs et les réunions. Désigné comme candidat aux élections du 8 février, il obtint un nombre important de suffrages, mais avec ses C5.ooo voix il ne put être au nombre des élus. Il fut nommé membre de la Commune par deux arrondissements, le VIII« et le 1V«. Il opta pour ce
lernler.oùilavait déjà rempli les foncl.ons d adjomU U :itr cueilli dans le IV», 8.608 voix, ch.ff.e respectable A la Commune, il fit partie de la m.norUe modérée. Il ,V exerça qu'une médiocre influence. Il s>cgea success.- ,ement à la commission des relations exteneures et à la ommission des subsistances. Il combattu '-^'t"'- / - .omité de salut public, disant que « la créaUon de toute dictature par la Commune serait de la part de cel e c. une véritable usurpation de la souverameté du peuple .. Il s opposa éa-alement au maintien de l'instrucUon secrète que réclamait Raoul Rigault. Il en signalait l'immorahe et 1 >ne ficacité : « Le secret a quelque chose d'.mmoral, d.a.t-d c'est la torture morale substituée à la torture physique. » U
ajoutait :
Nous avons tous été mis au secret sous l'empire et pourtant
^aSTas la con.batlrè el si elle est odieuse et immorale, nous ne devons pas la maintenir.
Arthur Arnould, après la défaite delà Commune s'en fut en Amérique, puis il revint à Genève, ou il vécut dans la détresse. On racontait que sa femme, pour soutenir le ménage, était obligée de vendre des poulets sur le marche. L'apaisement s'étaot fait peu à peu,il put placer de la copie dans des journaux parisiens, qui jusque-là tenaient leurs colonnes closes à tout communard. U renonça, pour faire accepter des romans feuilletons, non pas à ses opinions,
mais à leur manifestation et à la notoriété de son nom. Il prit en littérature le nom de sa femme, Matthey. La France publia de lui un roman populaire : Zoé-Chien- Chien, sous cette signature, dont le succès fut vif. L'aisance revint au log-is modeste de Plainpalais, qu'égayait un malicieux ouistiti, ramené de Buenos-Avres. Sous son pseudonyme rapidement accrédité, Arnould publia de nombreux romans : La Brésilienne, La Revanche de Clodion, etc., etc. Il donna une pièce à l'Odéon : le Mari. Il avait antérieurement fait paraître divers ouvrages : Contes Humoristiques; Béranger, ses amis, ses ennemis, ses critiques, a vol.; Une Histoire de l'Inquisition, etc. Il donna en 1878, à Bruxelles, chez Kistemaeckers, son ouvrage pùncipal : l'Histoire populaire et parlementaire de la Commune, en 3 volumes. Ce travail est incomplet, et conçu dans une forme synthétique,qui a le défaut d'exiger du lecteur une complète connaissance préalable des faits sur lesquels l'auteur émet ses commentaires et ses critiques. On y trouve des aperçus ingénieux et des considérations généralement justifiées par l'examen des événements, et par l'étude des documents sur lesquels reposent les raisonnements et les jugement, de l'auteur.
Arthur Arnould, dont l'arme était la plume et non le fusil, homme de cabinet dépaysé dans la rue, penseur assourdi dans une assemblée tumultueuse, lutteur hardi dans la polémique et timide dans l'action, était l'un des membres les plus instruits de la Commune. Il se montra de bon conseil dans nombre de débats, mais sans influer sur les décisions prises. Il aurait eu un tout autre rôle dans un gouvernement municipal en des temps ordinaires, où le fracas de l'artillerie n'eût pas coupé les délibérations, où les combats quotidiens n'eussent pas entraîné les conseillers à des mesures violentes qui répugnaient à sa raison.comme à son tem-
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pérament. Il eût été un excellent membre des assemblées qui suivirent, présidées par un Floquet ou un Br.sson. Les révolutions déplacent ainsi les hommes et faussent les destinées. Honnête homme, écrivain habile, républicam ardent, socialiste prudent et ferme libre-penseur, Arthur Arnould est, parmi les vaincus de 71, au premier rang de ceux qui doivent imposer l'estime à tous les partis.