LE JOURNAL OFFICIEL
Aux fautes initiales commises par le Comité Central, il convient d'ajouter le retard à prendre possession de l'Officiel. Ce fut là une lourde négligence. La ville était redevenue paisible dans la nuit du 18 au 19. H n'y avait nulle part trace de combat ou même de résistance. Rien n'était plus facile que de s'emparer de l'imprimerie et de changer la rédaction du journal qui était considéré comme 1 agent gouvernemental', comme le témoin impartial et le dépositaire authentique des faits publics. L'incurie du Comité contribua d'abuser lopinlon départementale. Le numéro vraiment exceptionnel du 19 mars, le dernier paru a Pans sous l'inspiration ministérielle, continua donc à laire considérer comme existant un régime qui avait cessé d'être, pour Paris du moins. L'0/7îc(e/ publia, comme s. M.Thiers et ses ministres se trouvaient encore à Pans, exerçant le pouvoir, les derniers appels du gouvernement en fuite, et enregistra, dans un sens ministériel, les événements de la
veille. .
Le Journal Officiel inséra ainsi, le dimanche matin, une proclamation où les faits du 18 mars étaient présentes de la façon la plus favorable au gouvernement, ou la garde nationale et ses chefs étaient calomniés et outrages.
Le gouvernement, qu'on pouvait considérer comme déchu ou tout au moins comme démissionnaire, puisqu il
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avait tout abandonné, exposait, dans ce manifeste posthume, qu'il avait voulu éviter une collision. Il prétendait avoir épuisé toutes les voies de conciliation, allég-ation mensong-ère, puisqu'au contraire il avait repoussé toutes les propositions d'accommodement, comme celle du colonel Langlois de verser les canons à l'artillerie de la garde nationale. « Le gouvernement, ajoutait son Officiel, a senti qu'il était de son devoir de faire respecter la loi et de rendre à la garde nationale son autorité légale. » Singulière façon de rendre de l'autorité à la g-arde nationale, en la provoquant, en la poussant à un soulèvement, afin de parvenir à la désarmer.
L'apologie du coup d'état, tenté et manqué, se terminait ainsi :
La journée s'est terminée dans le désordre, sans que la garde nationale, convoquée cependant dès le matin, par le rappel, parût en nombre suffisant pour le réprimer sur le théâtre où il se développait. Ce soir, l'insurrection a envahi l'état-niajor de la garde nationale et le ministère de la justice. On se demande avec une douloureuse stupeur quel peut être le but de ce coupable attentat; des malveillants n'ont pas craint de répandre le bruit que le gouvernement préparait un coup d'état, que plusieurs républicains étaient arrêtés. Ce sont d'odieuses calomnies. Le gouvernement, issu d'une assemblée nommée par le suffrage universel, a plusieurs fois déclaré qu'il voulait fonder la république. Ceux qui veulent la renverser sont des hommes de désordre, des assassins, qui ne craignent pas de semer l'épouvante et la mort dans une cité qui ne peut se sauver que par le calme, le travail, le respect des lois. Ces hommes ne peuvent être que les stipendiés de l'ennemi ou du despotisme. Leurs crimes, nous l'espérons, soulèveront la juste indignation de la population de Paris, qui sera debout pour leur infliger le châtiment qu'ils méritent.
On remarquera le ton emphatique de cet appel à la population,c'est-à-dire au.x gardes nationaux de ^ l'ordre» qu'on Inciteà infliger aux autres gardes nationaux, considérés com-
LE COMITÉ CtNTRÀL
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Ll y étaient qualifiés de communistes, de bonapartistes ou de Prussiens. Ce langage était plus parlicu lieremen odieux dans la bouche d'un gouvernement usant pour la d niére fois de l'orgaue le plus autorisé du moni eur de., actes et des faits publics réputés véritables, inconstestes. Un romité était-il dit, prenant le nom de Comité Central
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HI3T0IBE DE LA COMMUNR
il a assassiné de sang--froid le général Clément Thomas et un gênerai de l'armée française, le général Lecomte.
Ouels sont les membres de ce comité ?
Personne à Paris ne les connaît; leurs noms sont nouveaux pour tout le monde. Nul ne saurait même dire à quel parti ils appartiennent. Sont-ils communistes ou bonapartistes, ou prussiens ? Sont-ils les agents d'une triple coalition ?
(juels qu'ils soient, ce sont les ennemis de Paris qu'ils livrent au pillage, de la France qu'ils livrent aui Prussiens, de la Répuhque qu'ils livreront au despotisme. Les crimes abominables qu ils ont commis ôlent toute excuse à ceux qui oseraient ou les suivre ou les subir.
Voulez-vous prendre la responsabilité de leurs assassinats et des rumes qu'ils vont accumuler ? Alors, demeurez chez vous 1 Mais SI vous avez souci de l'honneur et de vos intérêts les plus sacres, ralliez-vous au gouvernement de la république et à l'Assemblée nationale.
Le document est daté de Paris 19 mars 18716! sig-né des ministres présents à Paris : Dufaure, Jules Favre, Ernest Picard, Jules Simon, amiral Pothuau, g-énéral Le Flô.
L'appel ne fut pas entendu. Il est môme douteux que beaucoup de Parisieife aient lu ce jour-là {'Officiel. Mais toute la province en eut connaissance, par la voie administrative, par l'affichag-e à la porte des mairies, et par la reproduction que firent des deux facturas les' journaux rég-ionaux et locaux. L'effet dut en être fâcheux, malgré ses exag'ération.s évidentes et ses calomnies grossières . Les provinciaux ne pouvaient rectifier les faits. Les journaux de Paris ne leur arrivaient que tardivement, ou même pas du tout. Un cordon policier les arrêtait au passag-e. Ainsi, dès la première journée, l'opinion départementale fut abusée et circonvenue. L'isolement de Paris recommençait au dehors, daus les départements comme à l'étranger. On crut que Paris était tombé aux mains de scélérats « stipendiés par l'empire ou par la Prusse », puisque VOf-
îciel le disait. Ce journal n'était il pas accrcd.te partout, omme l'orc^ane autorisé, le moniteur lé?al dont chaque igné était lettre d'évangile, au point que dans la conversa- ,ion courante, pour établir la véracité d un fait, pour afîrmer l'authenticité d'un acte ou d'une parole, on d.sa.t : „ C'est à l'Officiel ! Cela devrait être à l Officiel ! «
Le Comité Central n'a pas d'excuse pour cette faute d'avoir laissé VOfJiciel aux mains des agents de Versailles, alors qu'il se préoccupait, avec raison, de faire occuper la préfecture de police, l'état-major, delà place Vendôme, les ministères et l'Hôtel-de -Ville. Il était facile, s. le temps manquait pour réorganiser ce journal, d'envoyer un peloton de gardes nationaux garder les presses et empêcher tout numéro de sortir, avant qu'une note eut été rédigée et composée, résumant brièvement les faits accomplis la veille, et annonçant que la ville était calme, que les personnes et les propriétés étalent sous la sauvegarde du Comité Central,gouvernement provisoire. L'O/^^^;,-^* fait savoir en môme temps que le Comité s'installait à 1 Hotel-de-Ville et prenait toutes les mesures que comportait la situation pour maintenir la république, pour supî)léer au gouvernement déchu et disparu. Il ne manquait pas autour du Comité Central d'écrivains capables de rédiger cette note rassurante; on avait la force armée pour en assurer la publication. Blanqui présent n'eût certes pas négligé la prise de possession de VOffcciei Avec la préfecture de police et le télégraphe, c'eût été sa première pensée et son premier acte Mais Blanqui, malheureusement, n'était pas à Pans. Sur un ordre venu du gouvernement, on l'arrêtait a l.ou- Ué, dans le Lot, malade chez sa mère, le 17 mars la vei le de cette révolution dont il eût été le guide, l'un des chefs, et aussi l'âme et peut-être le sauveur.
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LES HÉSITA riOXS DU COMITE CENTRAL
Le Comité Central futsansdoule pris au dépourvu par les nécessités qui se présentaient simultanées et diverses. Mais il y avait des décisions plus urg'entes que d'autres. Il fallait sérier après avoir paré aux exigences immédiates. La nomination d'un commandant supérieur à la garde nationale avait été ainsi décidée. Le choix avait été fâcheux, mais il était indispensablequ'ily eût un chef promptement désigné.
Il fallait aussitôt après, et c'était la première tâche de ce chef, fermer les portes et les barrières de Paris afin d'empêcher Versailles de recevoir des renforts immédiats. Il ne s'agissait pas de retenir indéfiniment les soldats désarmés, prisonniers de guerre, se trouvant encore dans Paris, ni de les incorporer de force dans les bataillons de l'insurrection. On aurait eu là des éléments mauvais, des non-valeurs, peut-être des ennemis dangereux à l'intérieur ; il eût été prudent de retarder de quelques jours le départ pour Versailles, notamment, de deux régiments d'infanterie, faisant partie de la division Faron, et les meilleures troupes dont Thiers put bientôt disposer. Ces régiments, le 42e et le i lo^ de ligne, ont rassuré, par leur arrivée prompte, le gouvernement qui se sentait perdu, à la merci d'une marche en avant des Parisiens, que, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, le Comité Central n'eut pas un instant le désir de tenter. Enfin, troisième mesure aussi urgente que les deux précédentes, il fallait, dans la soirée, s'emparer du Journal OJJiciel. C'était aussi important que l'occupation de la préfecture de police abandonnée, dont Duval était maître avant dix heures du soir.