‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 53 sur 126 · AVERTISSEMENT A LA PRESSE · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT A LA PRESSE

Les critiques de la presse hostile avaient pris un caractère tellement violent qu'on pouvait les considérer comme des appels à la guerre civile. Le Comité Central publia cet avertissement :

La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple.

Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse ; seulement, le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi, auxquels seraient applicables d'ordinaire les lois de droit commun sur la calomnie et l'outrage, qu'ils seront immédiatement déférés au Comité Central de la garde;nalionale.

Les bureaux du Figaro et du Gaulois, où se confectionnaient des articles calomnieux, des nouvelles mensongères, avaient été, et dès les premiers jours, envahis par un détachement de gardes nationaux ; ces journaux avaient été mis dans l'impossibilité de paraître. Cet attentat à la liberté de la presse avait été blâmé par les journaux républicains, comme le Cri du Peuple et le Rappel. On reprocha aux hommes, à qui l'insurrection avait donné le pouvoir, de recourir contre leurs adversaires à des mesures de violence, qu'ils avaient justement condamnées quand ils étaient dans l'opposition.

L'avertissement donné avait pour but de corriger la mauvaise impression qu'avait pu produire la brutalité de cette descente militaire dans deux imprimeries. Le Figaro

LE COMITÉ CENTUAU SIJ

et le Gaulois, comme plusieurs autresde leurs confrères, ne devaient pas tarder à émigrer à Versailles, où était certainement leur place.

Deux notes complémentaires de l'avertissement parurent, l'une donnant un démenti aux bruits alarmants et aux calomnies répandus à dessein, et mettant la province en g'arde contre les manœuvres coupables qui devraient cesser; l'autre disant « que les autorités républicaines de la capitale voulaient respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres, mais qu'elles espéraient que les journaux comprendraient que le premier de leurs devoirs était le respect de la République, de la vérité, de la justice et du droit, placés sous la sauvegarde de tous ». Ce lang-açe vag'ue et pompeux n'empêcha nullement, comme on devait s'y attendre, la campagne hostile et calomnieuse de continuer.

Après avoir levé l'état de siège dans le département de la Seine, aboli les Conseils de guerre, et accordé amnistie pleine et entière pour tous les crimes et délits politiques, le Comité Central avait enjoint à tous les directeurs de prisons de mettre immédiatement en liberté tous les détenus politiques. Cette mesure fut unanimement approuvée .

DÀXS LES ADMINISTRATIONS

Le Comité s'occupa de la réorganisation des diverses administrations.

Le gouvernement versaillais avait donné l'ordre à tous les fonctionnaires et employés de quitter immédiatement Paris, et de venir se ranger, dans la ville de Louis XIV, autour de leurs chefs hiérarchiques. Ce fut môme pour tout employé de l'Etat, lors de la répression, un motif de con-

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damaation, ou tout au moins d'arrestation et de poursuites, que le fait d'être resté à Paris, même sans avoir servi la Commune. Ceux qui crurent devoir conserver leur emploi, non seulement le perdirent à la rentrée des troupes, mais la déportation ou l'emprisonnement punirent les imprudents qui, ne désertant pas leur poste, acceptèrent de l'avancement. Cet avancement pouvait être motivé, non par une adhésion politique soupçonnée, mais par ce fait que les services publics étaient désorganisés : ceux qui remplirent les fonctions des chefs et commis ayant abandonné leur emploi, ne devaient-ils pas avoir le grade et les appointements de ceux qu'ils remplaçaient ?

Beaucoup, parmi les comptables de deniers publics, firent du zèle et déménagèrent leurs caisses. Ils emportèrent leurs recettes à Versailles, où ce butin inespéré fut joyeusement reçu. Plusieurs récits pittoresques, par la suite, firent connaître les ruses, les déguisements et les stratagèmes employés pour commettre ces vols, qualifiés sans doute de légitimes, détournant, au profit du gouvernement en fuite, les fonds de la ville. Il y eut des comptables de l'Assistance Publique qui se transformèrent en infirmiers ; sous le prétexte de conduire des pommes de terre à l'hospice d'Issy, ils firent passer à Versailles des sacs pleins d'or, de pièces d'argent, de billets de banque, toute la caisse, alors considérable, de l'administration centrale des hôpitaux. (Paul Ginistj. Paris intime en Révolution.)

On volait ainsi les malades et les pauvres, sous le prétexte de priver du nécessaire le Comité Central.

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