DÉCRETS DU COMITÉ CENTRAL
Le Comité Central, durant cette semaine d'attente, prit diverses mesures, d'une importance secondaire et d'une urgence relative.
On a vu l'accusation grave, portée contre M. Thiers, d'avoir fait ouvrir les portes de Poissy, et d'avoir lâché dans Paris des condamnés de droit commun : les excès qu'ils commettraient devant compromettre le gouvernement parisien. En même temps, si ces malfaiteurs venaient à être repris par les troupes, on en pourrait conclure qu'il y avait des condamnés de droit commun parmi les fédérés. Cette assertion ne pouvait du reste avoir aucune portée : une population urbaine de deux millions d'hommes devant, en tout temps, contenir des coquins. Le Dix-Huit mars n'avait pas, comme par un coup de baguette, supprimé les grelins antérieurs et présents. Les deux mois du régime de la Commune furent d'ailleurs exceptionnels pour la rareté des crimes de droit commun, pour la sécurité dans les rues,
LE COMITÉ CENTRAL ai5
et quant à la diminution des délinquants et des voleurs. Il est vrai que tout le monde était armé, qu'il y avait des postes et des patrouilles, principalement dans les quartiers excentriques et sur les avenues d'ordinaire désertes, conduisant aux remparts. Ensuite, grâce à la solde et àTincorporalion, les miséreux étaient en petit nombre. 11 convient de dire aussi que la police était habilement et strictement faite par le chef de la sûreté Cattelain. Rien, à la préfecture, n'étant changé pour la surveillance et la poursuite des malfaiteurs.
Le Comité Central avait lancé, dès les premiers jours, cet avis à la garde nationale :
De nombreux repris de justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commellre quelques attentats à la propriété afin que nos ennemis puissent nous accuser encore.
Nous engageons la garde nationale à la plus grande vigilance dans ses patrouilles.
Chaque caporal devra veiller à ce qu'aucun étranger ne se glisse, caché sous l'uniforme, dans les rangs de son escouade.
C'est l'honneur du peuple qui est en jeu; c'est au peuple à le garder.
Le Comité, sans attendre la loi sollicitée par Millière, prorogea à un mois les échéances. Le petit commerce apprécia grandement cette décision.
Une autre mesure, assurément contraire au droit commun, mais que les circonstances exceptionnelles pouvaient justifier, fut prise en attendant la décision pour les loyers : jusqu'à nouvel ordre, et dans le seul but, disait le décret, de maintenir la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d'hùlel ne pourraient congédier leurs locataires. Cette suspension du droit qui appartient au locataire ainsi qu'au logeur de donnsr congé, n'était que provisoire; la mesure, qui du reste ne parut pas donner lieu à de vives contesta-
2lC HISTOIRE DE LA. COMMUNE
lions, se jusliBait aussi par le fait que les tribunaux ayant suspendu le cours de la justice, les magistrats ayant pour la plupart gagné Versailles, il eût été diiucile d'obtenir jugements et ordonnances d'expulsion.