LES LIBÉRATEURS DE CHANZY
Parmi ceux qui contribuèrent à la délivrance du généra Chanzy figurait le membre du Comité Central Babick, dont nous avons parlé plus haut, a Babick n'était pas méchant, a témoigné Crémer; il était tellement coûtent qu .1 pleurait comme un enfant, quand nous avons été délivrer le général Chanzy. » Il était accompagné de Lavalelle, du Comité Central, dont Crémer a dit : « H y avait aussi un homme très exalté dans ses opinions, et qm cependant a été favorable à la délivrance du général Chanzy, c est Lavalette,un grand brun, mince.» Lavalette fut membre de la commission d'habillement et de campement. Arronsoha
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était un chef de corps francs, pendant la guerre. Très brava mais violent et intrigant, il avait été cassé de son grade. Son rôle fut équivoque au lendemain du dix-huit mars. 11 cherchait à se mettre dans les bonnes grâces du Comité Central, tout en s'offrant à Versailles. Le type du condottiere.
11 fut un de ceux qui se proposèrent pour essayer de corrompre les généraux de la Commune, dans les derniers jours, en vue de se faire livrer une des portes de Paris. 11 cherchait aussi, s'il faut en croire l'amiral Saisset, à soutirer des fonds et des promesses à M. Thiers. Saisset a dit qu'on l'avait mis en rapports avec cetArronsohn pour négocier la mi.se en liberté de Chanzy. Ceci est exact, mais ce qui paraît l'être beaucoup moins, c'est le marchandage auquel, d'après lui, donna lieu cette entremise pour la délivrance du général.
Nous flébattîmes les conditions, dit l'amiral. Les conditions faites par M. Crémer furent celles-ci : Trois cent mille francs avec un laisser-passcr pour la Belgique, ou la confirmation de son grade de général de division et la confirmation du grade de colonel d'ctal-major pour Arronsohn.
Je médis : j'ai deux coquins devant moi. D'autre part, j'ai la mission de confiance d'obtenir l'élargissement de Chanzy, et je n'ai pas le sou. Je songeai à me procurer de l'argent, et j'en parlai à Alphonse de Rothschild, qui me dit que je n'avais qu'à faire un bon pour cette somme, et que la Banque de France me la remettrait. Depuis, j'ai entretenu de celte ntTaire un de mes amis qui m'a dit que jamais Arronsohn n'avait parlé de rien de tout cela à Crémer, et que celui-ci serait très heureux que le président de la commission voulût bien l'interrosçer à ce sujet. Enfin, je dis à Arronsohn : Je n'ai pas trois cent mille francs, mais obtenez l'élargissement de Chanzy, et il l'a obtenu... (Un menibrede la Commission : Sans conditions'?) J'étais d'accord avec lui que, si Crémer réussissait, M. Thiers lui donnerait trois cent mille francs et le i)assage libre en Belgique ; qu'on confirmerait Crémer dans son grade de général de division et qu'on le confirmerait, lui
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Arronsohn,'clans son grade de colonel Comment Chanzy a-t-il été élargi"? Je n'en sais rien. Toujours est-il que je n'ai pas donné un sou et que j'ai fait le nécessaire auprès de M. Barlhélemy-St- Hilaire pour le mettre en défiance. Quant à Arronsohn, celui-là a un dossier abominable au ministère de l'Intérieur, et on s'est bien gardé de rien donner. (Un membre dit : Il est toujours ici. Il est venu demander la décoration.) Pour en revenir à notre affaire Créraer-Arronsobn, ils ont fait élargir Chanzy, et je n'ai pas donné d'argent. Quant aux cent mille francs (cent ou trois cents?) que j'ai touchés à la Banque de Fra nce, je les ai partagés entre mes aides de camp. J'ai donc réussi à obtenir l'élargissement de Chanzy en ne tenant pas ma parole ; j'ai agi à leurs yeux comme un coquin, mais tout bien considéré je crois que j'ai fait ce que je devais faire. Maintenant si vous voulez donner de l'argent à Crémer, faites-le, mais j'espère, pour l'honneur de l'armée, qu'on ne l'y laissera pas rentrer....
(Enquête parlementaire, dép. de l'amiral Saisset, liv.II, pp 3i4-3i5.)
Celte déposition de Saisset est intéres-sante, en dehors de ses commérag-es oiseux sur son intervention. Elle fut complètement inutile pour sauver Chanzy, comme il le reconnaît. Mais Crémer et Arronsohn firent des démarches qui aboutirent. Saisset leur avait promis un salaire et ne le donna point. Il s'était eng-agé aussi à solliciter la réintégration de ces deux officiers, et le fourbe se vante d'avoir ag-1 en sens contraire auprès de Barthélemy-Saint-Hilaire. Enfin il s'est borné à extorquer de l'arg-ent à Rothschild, à qui dans les deux camps on s'adressait volontiers, comme on l'a vu par la démarche de Jourde et de Varlin. Ces cent mille francs, destinés, disait-il, à acheter les membres du Comité Central et à récompenser Crémer et Arronsohn, lui ont servi seulement à gratifier ses aides de camp. L'amiral prétend que cet argent a été remis en partie à Versailles, mais il ajoute, histoire de brigands invraisemblable, que l'aide de camp Freytaut, celui qui, disait-on, ne le quittait jamais, fréquentation compromettante, ayant été atta-