‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 72 sur 126 · I.E CONIITK CENTRAL sSq · texte numérisé non relu

I.E CONIITK CENTRAL sSq

Nos approvisionnements, a-l-il dit dans l'Enquête, auarmentaicnt Ions les jours ainsi (|ue le nombre des gardes nationaux qui venaient se raniçer autour de nous. Ils étaient animés d'un très bon esprit, et étaient décidés à se battre quand le moment viendrait. Nous avions déjà douze mitrailleuses, et il me semble que dans ces conditions, si nous avions pu tenir encore quelques jours, nous aurions pu réussir... Les dispositions de la sT^rde nationale étaient excellentes. Plusieurs des membres de cette assemblée peuvent se rappeler qu'au moment même où l'amiral Saisset fut nommé général en chef de la garde nationale, je proposai à la tribune qu'il passât une revue de la garde nationale aux Champs-Elysées, affirmant qu'il réunirait autour de lui 200.000 gardes nationaux. Je crois qu'on pouvait résister. Je crois (|u*il aurait pu le faire, surtout si on avait eu le temps d'organiser les forces nécessaires. Quant à ma conduite, elle a précisément consisté à tenter des transactions, en attendant qu'on fût en état de résister. J'ai travaillé, pour ma part, à organiser la résistance, sous les ordres de l'amiral, bien entendu, et si j'ai donné ma voix à la transaction qui a eu lieu, c'était pour gagner du temps...

[Enquête parlementaire. Déposition de Schœlcher, t. II, p. 828.)

11 ne faudrait pas interpréter ces dernières paroles de M. Schœlcher « c'était pour gagner du temps » dans le .sens d'un stratagème dilatoire. Il n'était pas dans la combinaison perfide qu'ont révélée ses collègues. L'amiral Saisset, M. Vautrain et d'autres déposants dans l'Enquête ont formellement reconnu qu'en discutant la date des élections, et en organisant une résistance au centre de Paris, on cherchait à gagner du temps, mais c'était pour permettre à M. Thiers de réunir des troupeset de s'apprêter, avec les rapatriés d'Allemagne, à prendre l'offensive. Certes c'était là toute la pensée et toute la politique de M. Thiers. Il ne croyait, pas plus que Saisset à une intervention efficace des gardes nationaux de l'ordre. Pour lui tous les gardes nationau.x étaient suspects, depuis l'inutilité du rappel

ago

HISTOIllE Dlî LA COMMUNE

battu au matin du dix-huit mars, et il n'y avait pas à compter sur eux. Quant à la nomination d'un Conseil communal, il ne voulait [las en entendre parler. Paris, seloa lui, devait demeurer à perpétuité en tutelle, comme sous la monarchie, privé des franchises municipales des autres communes, soumis à un régime particulier. Il ne considérait les pourparlers pacifiques et les démonstrations bourgeoises que comme des moyens propres à faire perdre au Comité Central le temps que lui gagnait. Ainsi ces négociateurs de mauvaise foi ne voulaient qu'endormir l'activité révolutionnaire, émousser les énergies. Ils se proposaient surtout de retarder la décision qu'ils redoutaient par-dessus tout, et qu'ils supposaient imminente, d'une marche sur Versailles, pas encore en état de défense.

Toute autre était la pensée de M. Schœlcher, et l'on a eu tort, notamment Gaston Da Costa, d'interpréter difTéremment ses intentions et ses paroles. La réponse qu'il fit à l'un des commissaires éclaire ce point obscur. Le marquis de Quinsonas lui ayant demandé : « Vous croyez donc qu'il était possible d'éviter la guerre civile ? » Avec franchise Schœlcher répondit :

Oui, je crois que si nous avions pu avoir encore huit ou dix jours pour nous oraraniser, nous aurions opposé un tel frein au Comité Central, ou bien à la Commune qui lui a succédé, qu'elle n'aurait pas accepté la lutte, ou que si elle l'avait acceptée, nous aurions été très rapidement vainqueurs. Je crois que, si on avait résisté, on serait toujours arrivé à la guerre civile, mais à une guerre civile beaucoup moins longue que celle qui a eu lieu. Je crois qu'avec 200.000 gardes nationaux résolus on serait arrivé à bout du mouvement. Telles sont du moins mes impressions personnelles.

(Enquête parlementaire. Déposition Schœlcher. Séance du So jnia 187 1 t. Il, pp. 319-330.)

Cette impression personnelle peut être discutée. Il est probable que, si la lutte avait eu lieu dans les conditions où la prévoyait Schœlcher, c'est-à-dire dans Paris, sans le concours de l'armée, et entre ijardes nalionau.x, l'issue n'eût pas été celle qu'il indiquait. Mais il demeure établi que pour Schœlcher, qui était le chef en second de la résistance dans Paris, et même son véritable chef, puisque Saisset ne voulait pas résister, les pourparlers avaient pour but. non pas de laisser le temps à M. Thiers de rassembler et de lancer une armée sur Paris, mais de permettre à la garde nationale hostile au Comité Central, disposée à obéir aux maires, de se concentrer, de rétablir l'ordre et de comprimer l'insurrection en dispersant les bataillons révolutionnaires.

L'amiral Saisset n'était nullement dans ces idées, pas plus que M. Thiers. Ce dernier poursuivait rig'oureusement et habilement l'exécution de son plan, et pour bénéficier encore de quelques jours, pendant lesquels il achèverait la réorganisation de son armée, il continua à entretenir des espérances de conciliation. Les néijociations, qu'on les envisage au point de vue de M. Schœlcher, comme permettant de préparer la lutte dans Paris, ou qu'on les considère, avec MM. Thiers, Saisset, Vautrain et autres comme facilitant la concentration des troupes à Versailles, en vue de l'attaque prochaine, ne furent donc qu'une comédie et une ruse de guerre.

Page 1