LA CANDI DA TURE DU DUC D'AU MALE
L'affiche de l'amiral Sai.sset avait été prise au sérieux à Versailles comme à Paris, mais dans un sens différent.
L'émotion fut grande parmi les monarchistes à la nouvelle que Paris obtenait satisfaction, et que l'accord était fait.
^^ Tirard qui s'était rendu à la séance du 24 mars fut, dès son entrée dans les couloirs, entouré par des collègues
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qui le questionnèrent. Les paroles suivantes s'échangèrent alors au milieu de rumeurs et de grognements :
— Voyons, Tirard, est-ce que lalfiche de Saisset apposée dans Paris est réelle? — Messieurs, elle est très réelle — Vous l'avez vue?— Je l'ai vue. — Mais c'est impossible 1 — Je vous assure que je l'ai vue, écrite en entier de la main de l'amiral. — Comment l'amiral a-t-il pu préjut^er nos décisions et faire promesse de choses qui ne sont même pas en discussion? — Il s'est cru autorisé par le gouvernement.
Alors le gouvernement nous a trompés en envovant cet
homme à Paris!...
Le groupe, qui accablait l'embarrassé Tirard de ces interroo-ations auxquelles il ne pouvait donner réponse satisfaisante, se dispersa furieux. De bureaux en bureaux, la nouvelle circula que l'amiral Saisset.se disant autorisé du chef du pouvoir exécutif, traitait avec l'émeute, donc trahison ! Les droitiers impatients de saisir la première occasion, à leurs veux favorable, pour tenter un essai de restauration monarchique, parlèrent aussitôt de remplacer M. Thiers. Ils proposèrent de lui donner pour successeur le prince de Joinville ou le duc d'Aumale. Le prince de la maison d'Orléans qui serait choisi prendrait, en attendant le trône, le titre de lieutenant général des armées françaises. Une séance de nuit était indiquée, et à cette séance la proposition devait être faite.
Le bruit prit assez de consistance pour effrayer Jules Simon qui le colporta, tout effaré, parmi les groupes républicains. M. Thiers, sans trop s'alarmer, ne négligea cependant pas celte rumeur. Bien que très fatigué, il se rendit à cette séance de nuit. Il voulait, là aussi, gagner du temps, et empêcher une discussion sur les élections parisiennes. On ne pouvait prévoir, étant données les dispositions des royalistes, ce qui pourrait sortir d'un débat aussi péril-
LE COMITé CENTRAL 3oS
Jeux. Il savait à quoi s'en tenir sur la réalité des promesses faites par Saisset, mais il ne lui convenait pas de les démentir aussi vite. Il résolut de iirusquer la séance de nuit. Il s'entendit avec M. dePeyramont, président de la commission charg-ée d'examiner la proposition des maires. Celuici convint de ne pas réclamer la discussion du rapport. En môme temps, M. Thiers avisa M. Tirard qui se disposait à monter à la tribune : « Sojez prudent, lui dit-il, n'éternisez pas la discussion. L'assemblée n'est pas calme en ce moment, et je ne suis pas tranquille I » M. Tirard comprit l'aTertissement. Il tint compte des inquiétudes manifestées par le chef de l'état, et arg:uant de ce que le rapport de la Commission n'était pas prêt, il déclara renoncer à la parole. M. de Pejramont entrant dans ces vues affirma que la discussionélaitpleinede dangers, et au nomdela commission demanda l'ajournement. M. Thiers alors crut devoir intervenir Il monta à la tribune, soucieux et nerveux. 11 s'exprima d'une façon ambiguë, lui d'ordinaire si clair et si précis. Il énonça des anxiétés vag-ues, et comme il avait déjà engagé M. Tirard à s'abstenir et à ne pas insister pour que la discussion commençât, il demanda que le débat sur la proposition des maires de Paris fût renvoyé à une séance ultérieure :
Il serait possible, dil-ii, qu'une parole malheureuse, dite sans mauvaise intcnlion, fasse couler des torrents de sang. Si vous êtes une assemblée vraiment politique, je vous adjure de voter comme le propose la Commission, de ne pas vouloir des éclaircissements, qui, dans ce moment-ci, seraient très dangereux. Si la discussion s'engage, pour le malheur du pays, vous verrez que ce n'est pas nous qui avons intérêt à nous laire.
La séance fut aussitôt levée par le prudent Grévy. Le péril du renversement de M. Thiers et de l'élection du duc
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d'Aumale ou du prince de Joinville était conjuré. L'affiche de Saisset devenait, pour le moment, sans importance à Versailles.
Les députés républicains respirèrent, et les droitiers, n'ayant pas pu se concerter, ne parlèrent plus du duc d'Aumale. Ils se retirèrent mécontents et perplexes, se disant par manière de consolation : « Il aurait fallu avoir le consentement des princes. Ce sera pour une autre fois ! » Ils devaient attendre deux ans pour renverser M. Thiers, et toujours pour relever le trône.
Cette velléité parlementaire de mettre un prétendant sur le fauteuil présidentiel eut sa répercussion à Paris. La nouvelle en fut apportée au Grand-Hôtel, où en l'absence de l'amiral s'organisait la résistance armée, où l'on discutait même les dispositions de combat.