INSTRUCTIONS DE COMBAT
Les instructions suivantes avaient été données, par écrit, au colonel Quevauvilliers, qualifié de « Commandant supérieur des positions de la Banque, de la Mairie du Il« arrondissement et des quartiers et arrondissements de la Bourse et environnants ».
^rt. I". — Le colonel Quevauvillers est nommé commandant supérieur des positions ci-dessus sous mon commandement
en chef;
Art. II. — H disposera ses forces à l'effet de mamtenir les positions indiquées sur le plan convenu ;
Art. III. — Il évitera les mouvements sur place et dans les
rues ;
^Pt jy, Il préférera le combat défensif, aux fenêtres, caves
et barricades ; • ■ ,
j^Pt. V. — Défense absolue de sonner le clairon, battre le
tambour, crier, se déplacer ;
^r/. 17. — Les officiers supérieurs se tiendront à portée du
LE COMITÉ CENTHAL 3o5
commanJement supérieur pour la rapide transmission des ordres;
A ri VII. — Les escouades de sapeurs, tambours, clairons, musiciens, exclusivement charges du transport et de la répartition des munitions, se tiendront à la station de l'état-major général indiquée comme point de départ des munitions;
Art. VIII. — 11 est expressément défendu d'arrêter de» individus, de quitter son poste de combat pour aller au devant des tués et des blessés ;
Art. IX. — Combattre sur place avec calme, pour la défense de la société française, frappée par les bas-fonds du crime, est le seul devoir.
Le Commandant en chef, Vice-amiral Saisset.
L'amiral voulait alors inspirer confiance aux Amis de l'Ordre qu'il avait groupés et donner à penser qu'il était disposé à ag-ir. Ces instructions au colonel Quevauvilliers paraissaient sérieuses et précises. La prévision qu'il y aurait des tués et des blessés, et l'avis suivant indiquant que l'amiral n'avait pas nég-ligé le service des ambulances, permettaient de croire qu'il se préparait à donner le signal d'un combat qui serait meurtrier. Les mesures pour l'enlèvement des victimes de l'action, désormais certaine, était ainsi conçues :
Messieurs les docteurs, pharmaciens et autres des sociétés de blessés, aviseront au.\ possibilités pratiques de l'enlèvement des tués et blessés à l'ennemi, pour les diriger sur les ambulances indiquées, sans déplacer un seul des combattants.
Aucune évacuai ion des blessés des points indiqués ne peut se faire sans un ordre spécial signé du vice-amiral commandant en chef.
Tout est devoir, tout reste devoir; mais le salut de la France prime, pendant le combat, les malheurs de la guerre civile. Vice-amiral commandant en chef, Saisset.
Mais au moment où il paraissait prendre ces belles
dispositions de combat, et où il se disait prêt à lancer des Sort fidèles à l'assaut de môtel-dc-VUle tout en resaa tp uaea.ment à portée du train de Versadles, 1 am.ra s ap^-çut que le vide se faisait autour de lu. et que b.en^ U n'aurait plus à commander qu'un état-ma,or. Les soldats ■étaient fondus. U ne lui restait plus que des ofHc.ers sans compa'^nies, et encore beaucoup apporta,ent-ds leurs de- S ns C'est que la nouvelle se répandait que les parti- Tan de la monarchie triomphaient à Versad es et que M Thiers renversé, on allait nommer le duc d Aumale à Îà'llutelnce générale de la France, bientôt redevenue
TeXits devaieatêtrebientôt démentis Ils avaient cepen ant une certaine vraisemblance, et la ase de cet échafaudage de restauration n'était pas une illusion.
Les propos de M. Tirard, l'affiche de Saisset avaient prodiif ce'mouvement monarchiste à Versailles. Il n^dura nas mais il avait été assez fort pour que M. Th.ers ht Ciruement lever la séance de nuit, où l'on devait discuter
^^'^rS^S:«au.q«eMM.Vautrain,Vache^^^
Tirard et consorts avaient groupés aux mairies du I»^ et
du le arrondissement, et dont les chefs avaient leur quar-
Uer général à la Bourse et au Grand-Hôtel, sous
commandement supérieur de l'amiral Sa.sset, .1 y
le co.nma i comptait de reacUon-
^Is":^ lu cepentat les éléments républicains
Tl^és m ent Tncore la majorité. Ces adversaires du
plié Central mais non de la République, n'étaient pas
d^tutdili a se battre pour le compte d'un lieutenant
iTra du royaume. Le duc d' Aumale n'était nul emen
feur h lie. Les opposants du quartier latin qui seUiient
as enfles après la réunion présidée par le républicain
LE COMITÉ CENTRAL SOf
Trélat, étaient aussi hostiles au Comité Central, mais cette jeunesse dite des écoles, encore pénétrée des traditions et des exemples des devanciers du Quartier, n'entendait pas soutenir la cause rovaliste. Bien loin de song'er à prendre le fusil pour le duc d'Aumale, les étudiants, et ceux qui s'étaient joints à eux, eussent plutôt fait le coup de feu contre ses partisans. Leur défection républicaine mit fin aux projets de résistance.
Le colonel Quevauvilliers n'eut pas à suivre les instructions belliqueuses qui lui avaient été données, et l'amiral Saisset, comme nous l'avons vu, licencia les troupes, alors que déjà d'elles-mêmes elles avaient commencé la dislocation. Il se hàla de prendre la fuite pédestrement, n'osant se fier au chemin de fer ou à tout autre mode de locomotion apparent.
Sur la prière de ses amis, a raconté M. Philibert Audebrand, narrateur pourtant très hostile à la Commune, l'amiral avait dû mettre des lunettes vertes, dissimuler son uniforme sous son habit civil et, un numéro du Père Diichàne à la main, user de ruse pour gagner Versailles sans être inquiété.
Ce bruit de la nomination d'un prince d'Orléans en remplacement de M. Thiers, c'est-à-dire la substitution immétiiatede la monarchie de fait à la république e.xistant également en fait, eut une g-rande importance à Paris. Aussi la commission d'enquôto s'efforça-t-elled'en retrouver l'orig'iiie. Charles Floquet fut sig'iialé, à tort, comme ayant apporté et répandu la nouvelle. Il subit de ce chef, devant la Commission, une véritable interrogation d'accusé, dans la séance du 18 aoilt 1871. Il .sortit à son honneur de cette situation difficile. Il démentit le proposqu'on lui attribuait, tout au moins comme l'ayant tenu en affirmant son authenticité. L'idée de tenter un coup d'état parlementaire, et de
donnera la republique provisoire un prince d Orléans pour chef définitif, était bien dans l'air, dans les esprits aussi à Versailles. La crainte de Paris, et même de la province' car alors elle eût marché d'accord avec les communards, dissipa ces nuages monarchiques. Et ce fut grand dommage.