‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 37 sur 95 · LA COMMISSION PROVISOIRE · texte numérisé non relu

LA COMMISSION PROVISOIRE

Le 23 mars, par l'ordre du général et du maire, on bal

Ll OOUVinNKIlINT OK L'adrKL-DE-VILLK 1^3

le rappel. II s'agit <lc Hiire dccider par la partie nationale qu'<-lie adiièro au jfouveriiement de Versailles. Les bataillons, dont Kspivenl connaissait mal l'esprit, se rassemblent sur lo cours ISelzunce.I^ population accourt, acclame Paris. I^s gardes nationaux, encadrés parla foule enthousiaste, déKIent par la Canucbière, suivent la rue Sainl-Ferréol, débouchent devant la préfecture, aussiu^t cern«5e, bientôt envahie. Un coup de feu part on ne sait d'où; comme à un siarnal.lp» pardes nationnu.^ et les manifestants pénètrent dans l'Hôtel, arrêtent le préfet, le contre-amiral Crosnier, le .secrétaire général Ollivier. Gaston Ciémieux, du balcou, proclame une Commission provisoire, eu attendant le vote do la Commune. On applaudit l'orateur, on approuve la motion. Gaston Crémieux pro|)ose de mettre en liberté l'amiral, le préfet et les autres prisonniers. La foule s'y oppo.se. Un délég^ué du Comité Central de Paris, Landeck, arrivé le matin, accompagné d'Amouroux, reproche à Grémieux sa modération. Les prisonniers sont gardés à vue, et l'on demande à l'amiral Crosnier de donner sa démission. Dans un but d'apaisement, et pensant que sa retraite donnera satisfaction à la foule, l'amiral sigue, et cette signature, qui lui fut par la suite reprochée comme une désertion, amena le malheureux amiral à se brûler la cervelle.

La (Commission nommée en plein air, par l'acclamation populaire, se composait de sis membres. Avant de rien décider, aussitôt réunie, elle envoya demander aux conseillers municipaux, à la garde nationale et aux groupes républicains de désigner des délégués qui se joindraient à elle. Ce qui fut accepté et donna à la Commis.sion improvisée une certaine autorité. L'opinion fut .satisfaite par la présence des représentants du conseil municipal et de tous les groupes organisés. Le ton modéré du la première com-

l/(4 IltSTOIBK DK LA COMMUNE

munication de la Commission acheva de rassurer ceux que la formation révolutionnaire de ce nouveau pouvoir avait inquiétés. Les journaux, sans se montrer favorables, donnèrent une appréciation mcsMTée. Le Sémaphore, l'organe du commerce marseillais, dit :

La situation dans laquelle se trouve Marseille depuis deux jours ne s'est pas modifiée. Le préfet, d'après ce qu'on nous assure, est toujours tenu prisonnier dans ses:ipparlemeuts, et la commission départementale provisoire continue à diria;er, dans la ])rcfecture, les services administratifs. Dans la rue, le public circule paisiblement comme d'habitude. Ouelques groupes de curieux stationnent devant la préFcclure. Des hommes armés traversent de temps en temps la place Sainl-Ferréol. Mais la tranquillité, en somme, régne jusqu'ici dans la ville. Espérons de nouveau qu'elle ne sera pas troublée.

De son côté l'Egalité, journal radical, publiait les renseignements suivants :

Il n'y a eu aucun désordre, aucun excès, pas une goutte de sang n'a coulé.

Les citoyens, maîtres de la préfecture, se sont occupés à l'instant de constituer une commission départementale provisoire. On a pris, par égale part, des noms dans divers groupes. Ont été désignés :

Trois conseillers municipaux : les citoyens Desservy, Bosc, Sidore; trois membres du club républicain de la garde nationale : les citoyens Bouchct, Barthelet, Cartoux ; trois niendires du club ri'publicain du Midi : les citoyens Créiiueux, Etienne, Job; trois autres désignés |)ar les réunions publiques : les citoyens Malviel, Allerini, Guichard.

La Commission avait pris la désignation nullement terri liante de Commission départementale provisoire. Elle choisit pour son président Gaston Crémieux. Aussitôt installée, elle publia la proclamation suivante adressée aux habitants de Marseille et du département des Bouches-du- Rhône :

LE gouvïunkment de l'iiùtel-de-ville i45

Citoyens, Udc collision sansflanle allait éclater parmi nous. La guerre civile était prèle à sortir des circulaires et des provocations irritantes qu'un pouvoir aveugle lançait, comme un défi, aux grandes cités l"ran(;aises.

Nous sommes intervenus.

GrAce à l'union de tous les sçroupes républicains, nous avons vu se dissiper le malenlendii i|ui menarait d'armer les uns contre les autres, dans une lutte Iralricide ajoutée à tant d'autres désastres, les citoyens d'une même ville, les soldats d'une même cause.

Nous avons parlé d'apaisement, de conciliation, Marseille a répondu à notre appel par une manifestation imposante. 11 n'a pas été versé une seule s;oulte de sani;'. On espérait nous diviser en deux camps, Marseille a été unanime à déclarer qu'elle soutiendrait le fçouverncment républicain régulièrement constitué, qui siégerait dans la capitale.

Et par là, nous avons tous ensemble affirmé du même coup notre amour pour la République, notre sympatliie pour l'héroïque lapitale martyre, ([ui à elle seule aurait sauvé noire patrie si notre latrie avait dû être sauvée.

Après avoir échappé au dan2;er à force de patriotisme et de ;agesse, Marseille ne pouvait plus avoir confiance dans l'adminis- .ration préfectorale.

L'opinion publique exigeait une satisfaction. Le Conseil municipal, avec le concours de tous les groupes épublieaius de la cité, a dû instituer une commission départcnentale chargée d'administrer provisoirement le département des îouchcs-du-Rliône et la ville de Marseille.

Les membres de cette commission provisoire se sont mis imméliatemcnt à l'œuvre. Ils comptent sur votre concours et votre on fiance.

Maintenez avec nous l'ordre dans la cité, retournez paisible-

Iienl à vos travaux, tiue le commerce et l'industrie reprennent romptement l'essor pacifique qui doit contribuer au relèvemeiit e notre patrie.

Nous veillons nuit et jour sur la Répuhlique.jusqu'à ce qu'une utorité nouvelle, émanée d'un gouvernement régulier siégeant Paris, vienne nous relever de nos fonctions. Vive Paris !

Vive la République!

■ 46 bistoiAe de la commune

Marseille, 23 mars 1871.

Les Membres de la Commission dcpartemcDtalc provisoire du dcparlement des Bouches-du-Rlione :

Gaston Crémikux, Etiïnne père, Job, Bosc, David, Dessf.ryy, SiDoiiE, conseillers municipaux; Malvikl, Allerini, Guichard, Bahthklet, Emile Bouchet, Caktou.x.

Une seconde proclamation suivit, dans laquelle la Commission départementale exposait qu'à la suite du conflit éclaté entre le gouvernement de Versailles et la Ville de Paris, le gouvernement de Versailles avait cru pouvoir s'appuyer sur les gardes nationales des grandes cités, et que les préfets avaient reçu l'ordre de provoquer des manifestations de la garde nationale en faveur du gouvernement de Versailles, mais que presque partout les gtirdes nationaux s'étaient prononcés énergiquement pour Paris, voulant ne reconnaître un gouvernement qu'autant qu'il siégerait dans la capitale. Les administrations préfectorales et les autorités militaires qui avaient fait battre le rappel dans Marseille avaient troublé la tranquillité publique et ne pouvaient plus se maintenir. Une Commission provisoire avait donc été nommée par tous les groupes républicains réunis dans l'Alliance républicaine, chargée d'administrer les Bouches-du-Rhône, en attendant qu'un gouvernement régulièrement institué siégeât dans la capitale. Le préfet des Bouches-du-Rhône et le général de brigade avaient remis leurs pouvoirs à la Commission,

La proclamation ajoutait., en notifiant cette vacance des pouvoirs réguliers :

Les républicains de Paris cl de Marseille vculcnl que Paris rt It! gouvernement qui y siégera gouvernent poliliqueiiient la Fraui >■ entière, clà Marseille, les citoyens Marseillais prélcnJeul adiiunislrer eux-mêmes dans la sphère des intérêts locaux.

Il serait opportun que le mouvement qui s'est produit à Marseille t'ùt bien compris et qu'il se propageât.

LK GOUVEIINEMENT DI L'n6rEL-DK-VILLE I ^-J

Celte maDifestnlioD républicaioe de la prorince contraindrait alors l'Assenihlée nationale i se dissoudre pour faire place à une Assembler constituiinte, et le i^oiivernement à siéi^erdans la capitale. L'ordre serait ainsi rélalili.

Les membres de la Comuiission.

Ce n'était pas \i une adhésion à la Commune de Paris, formelle et coinplèlo. La Commune n'était pas proclamée officiellement.^ Marseille. L'adhOsion était conditionnelle, la proclamation sous-entcnduc. Les Marseillais se ralliaient au gouvernement parisien, mais n'entendaient faire qu'une u manifestation » destinée à amener la dissolution de l'Assemblée et la nomination d'une Constituante qui établirait, à Paris, le nouveau gouvernement central. L'accord sembla fait sur ces deux points: constitution d'un nouveau gouvernement républicain à Paris, et Marseille s'administrant par sa Commune.

Page 1