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lurent au premier, ce qui mit davantage en lumière sa médiocrité. Il fut de ces hommes qu'un prestige mystérieux accompagne, et qu'un crédit injustifié favorise. Ils s'élèvent, ils montent, ils planent, jusqu'au jour où ils doivent faire leurs preuves. Ce jour-là, leur nullité .se révèle, et le grand homme supposé s'abat flasque et vide, baudruche dégonflée.
Gluseret, comme beaucoup des hommes de la Commune, appartient d'origine et d'éducation à ia bourgeoisie, on pourrait dire à l'aristocratie mditaire. Né à Paris, le i3 juin 1828, il était fils d'un colonel d'infanterie, et il sortit de Saint-Cyr comme sous-lieutenant, en i84i. En 1848, durant les affreuses journées de juin, il se signala comme chef d'un bataillon de la mobile. A la tête de ces intrépides et féroces vauriens, bandits devenus gendarmes, il se distingua dans la tuerie. Le boucher en chef Cavaignac eut en lui l'un de ses aides les plus cruels. Il se montra déjà un mécontent, trouvant que son mérite, par les organisateurs du massacre plébéien, n'était pas apprécié à sa valeur. Il se plaignit, dans une lettre du 3o juin i848, publiée par le Constitalionnel, que son bataillon, et par conséquent le chef, qui était lui-même, n'avaient pas été suffisamment cités dans les journaux. Il protesta contre la réclame faite à un bataillon concurrent, comme un cabotin s'indigne que la presse attribue à un rival son rôle et son succès.
Le 23e bataillon, écrivit le peu modeste commandant, proteste tout entier contre tout récit qui donnerait à d'autres qu'à lui l'honneur d'avoir enlevé le premier les barricades de la rue Saint- Jacques, jusqu'à la rue des Mathurins compris. Jamais nous n'aurions revendi(|ué la publicité de ces faits, si nous n'avions lu ce matin, a\ec un douloureux étounement, qu'on faisait à d'autres un titre d'une gloire que nous avons trop chèrement
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payée. Nous avons pris, dans ce laps de temps, onze barricades et trois drapeaux.
Cette réclamation est incomplète. Elle ne donne pas le chill'redes vaillants citoyens que le futur général en chef de la Commune a fait passer par les armes, entre les rues Saint-Jacques et des Mathurins. Le plaignant reçut toutefois une satisfaction, qu'il jugea probablement incomplète : il fut, un mois après, décoré. Ceux qui le virent, par la suite, dans les bureaux de la Guerre pendant la Commune, remarquaient que le délégué Cluseret, affichant un grand dédain pour les galons, ornait cependant son veston civil d'un ruban rouge, récompense et souvenirs de ses services de guerre de rues.
Cluseret, après le licenciement de la garde mobile, refusa le grade de lieutenant dans l'armée et fut mis à la retraite. Il avait accepté le coup d'état et reprit du service sous l'empire. Il fit la campagne de Crimée, avec le grade de capitaine. Il se distingua dans cette expédition et reçut deux blessures. Envoyé en Afrique, attaché à l'un des bureaux arabes, substitut du commissaire impérial à Blidah, il donna sa démission pour occuper l'emploi de régisseur du domaine d'un riche éleveur du Midi, M. de Carayon-Latour. De là il passa en Amérique, et trouva emploi dans une banque de New-York.
Mais Garibaldi appelait l'Italie à l'indépendance et attirait en Sicile des aventureux compagnons de tous les pays. Cluseret quitta la plume du clerk, reprit son sabre de combat et recruta dans les bas-fonds de l'émigration une troupe de partisans hardis avec laquelle il débarqua en Italie. Il se battit vaillamment, et, après la conquête de Naples, fut versé, en qualité de lieutenant-colonel d'étatmajor, dans l'armée italienne. C'était un grade régulier ;
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il préférait les commandements insurrectionnels. Alors, on se battait en Amérique. Il retourna dans ce pays, en « sécession », qui offrait un champ nouveau à sa fièvre batailleuse, une prime à son ambition. 11 se rang'ea .sagement (lu côté du Nord, fut nommé g-énéral, après avoir été aide de camp de Mac Glellan. La guerre de Sécession terminée, il soutint la candidature à la présidence des Etats- Unis de son ancien chef, le général Frémont. Il s'était fait dans l'intervalle naturaliser américain. Après l'élection de Grant, il revint en Europe, impatient de nouveaux combats, cherchant à soulager sa perpétuelle fringale d'aventures et de dangers. II se joignit au.x chefs fenians,qui terrorisaient l'Irlande ; il participa au.\ tentatives audacieuses de ces farouches conspirateurs et fut condamné à mort, par contumace. II se réfugia en France et écrivit dans plusieurs journaux républicains. Il avait fait la connaissance, en Angleterre, des chefs de l'Internationale. II propagea à Paris les idées de cette association, ce qui le fit poursuivre. Mais réclamé, comme citoyen américain, par le ministre des Etats-Unis, M. Washburne, il fut seulement l'objet d'un arrêté d'expulsion. Il revint à Paris au 4 septembre, écrivit dans la Marseillaise, mais désavoué par son rédacteur en chef, Henri Rochefort, à la suite de violentes attaques contre le gouvernement de la Défense, il quitta Paris et se rendit à Lyon et à Marseille, où il fit de l'agitation révolutionnaire. Il fut l'un des chefs de la Ligue du Midi et contribua à installer à Marseille une éphémère commune révolutionnaire L'invasion et la terrible guerre ne parurent pas intéresser le condottiere : son ardeur belliqueuse connut alors l'apai.sement. II y avait pour, tant à cette époque de beaux coups de sabre à donner et à recevoir. Cluseret demeura, pendant tout le siège, l'arme au repos. Il ne trouvait pas qu'on appréciait suffisamment
ses talents, et ses désirs ambitieux n'entrevoyaient aucune carrière avantageuse dans cette guerre malheuieuse.il crut un instant, il est vrai, gouverner tout le midi. 11 se voyait déjà dictateur dans le sud séparatiste. Il dut rabattre de ses prétentions et renoncer à ses espérances. Il retourna à Paris, mais ne joua qu'un rôle secondaire dans les événements du i8 mars. Il demeura toutefois en rapports suivis avec les chefs de l'Internationale. Il eut soin de rappeler ses relations eu Angleterre, sa propagande en France dès son retour, et inspira une grande confiance au point de vue militaire, à plusieurs membres du Comité Central. On se souvint de lui le 2 avril, à la suite de l'inquiétude éprouvée, quand le désarroi qui s'était produit à Courbevoie fit douter la Commission executive des capacités de ses généraux, braves mais novices. La panique de la matinée du 2 avril décida la Commission à confier immédiatement la direction des opérations militaires à un officier professionnel, ayant fait ses preuves. La grande sortie du lendemain pressait la Commission d'agir. Aussi, le même jour, dans l'après midi , la nomination de Cluseret était-elle sig-née, et le soir môme, le dimanche 2, il prenait possession du ministère de la guerre, mais il ne fut réellement à la tête des ai'mées de la Commune qu'après le t\ avril.
Durant son ministère, ses diverses mesures de réorganisation ne furent pas toutes excellentes ni pratiques. Ainsi il appela au combat les compagnies dites de marche, qui n'existaient pas, et sépara les plus jeunes gardes nationaux des aînés, ce qui était une conception erronée : il privait ainsi les bataillons des vieux républicains, c'est-àdire des éléments les plus solides, les plus sûrs. Il ne connaissait ni les parisiens, ni la garde nationale. Il a reconnu lui-même cette faute.
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Mon premier pas, dit-il dans ses Mémoires, fut un faux pas. Tout le monde m'affirmait qu'il y avait des compas^nies de marche qu'il sulTisail de rappeler pour avoir immédiatement un noyau d'une vingtaine de mille hommes, capables de servir de base à la formation d'une armée active. Je crus tout le monde, et quand mon décret sur le rappel des anciennes compagnies fui lancé, je m'aperçus qu'il n'y avait rien.
(Mémoires, p. 55.)
Convoquer des compagnies qui n'existaient pas, ce fut à peu près toute l'œuvre du nouveau délég-ué à la Guerre. Il aurait pu faire davantag'e, tout en admettant en partie ses affirmations réitérées sur le défaut d'org-anisation de l'armée en général et sur l'insuffisance du plus grand nombre des officiers. Il a toutefois rendu justice à la bravoure, souvent inutile, de ceux-ci, et n'a pu que reconnaître la ténacité et l'entrain des hommes. Malgré une expérience indiscutable et des qualités d'organisateur, et même de tacticien, remarquables, il demeura, durant le temps relativement long où il exerça le commandement, au-dessous de la tâche qu'il avait acceptée avec empressement, après l'avoir ardemment briguée. Il parut s'en désintéresser. Il est difficile de lui reprocher de n'avoir pas obtenu la victoire, on peut l'accuser de ne pas l'avoir cherchée. Pour se disculper, par la suite, il s'est répandu en récriminations, en plaintes et en critiques, presque toujours excessives ou mal fondées, contre ses subordonnés, surtout contre tous les généraux qu'il eut sous ses ordres. Il y en avait pourtant parmi eux, comme Wrobleski, La Cécilia et Dombrowski, qui avaient fait leurs preuves, et dont il ne pouvait nier ni la capacité professionnelle, ni l'intelligence. Obligé de rendre justice au brave Dombrowski, il ne s'y résout qu'avec des réticences et des réserves injustes, souvent injurieuses :
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Dans ma longue pratique d'hommes dont le métier était d'être éncrifiques, dit-il de Dombrowski, j'en ai peu rencontré d'aussi braves que lui. Il avait été nommé par moi au commandement de la place de Paris, mais cette situation convenait peu à ses aptitudes, il s'en affranchit vite pour se consacrer tout entier à la défense de Neuilly, et là il accomplit des merveilles. Avec 1335 hommes, maxinuini de l'effectif que je lui confiai, ayant reconnu que plus il avait d'hommes, moins il savait s'en servir, il tint en échec tout le premier corps d'armée du g-énéral Ladmirault, qui, de l'aveu même de Mac Mahon, constaté dans un rapport officiel, renouvelait tous les quatre jours la division envoyée pour combattre à Neuilly. Or, une division c'est 10.000 hommes au minimum. Au bout de quelques jours, tranquille sur Neuilly, je n'y fis plus attention. Je savais qu'il ne serait jamais pris. . (Cldsebet, Mémoires, p. 170.)
Avec de tels hommes, chefs et soldats, capables d'arrêter, pendant trois semaines, une division de troupes rég'Ulières, bien que se battant un contre dix, sans être relevés, Cluseret aurait certainement pu faire mieux. Il fit montre de plus d'indolence et d'indifférence que son passé n'aurait dû le donner à supposer. Un de ses officiers d'état major a tracé de lui un portrait fort exact. Cet officier, Louis Barron, se présenta à lui, sollicitant d'être attaché à son cabinet. Barron était muni d'une lettre de recommandation d'un membre de la Commune illustre, Gustave Courbet ; il a raconté ainsi sa première entrevue avec le général :
Sur les pas de l'huissier, je pénètre un peu ému dans le cabinet du délégfué à la guerre; le général Cluseret se lève, prend sur son bureau la lettre de Courbet, la lit, et j'observe l'homme sur qui reposent en ce moment les espérances de la Révolution. Il est âgé de quarante-cinq ans environ, de taille moyenne et bien prise, robuste, les épaules carrées, la tête forte, avec îles cheveux touffus, poivre et sel, frisottant sur les tempes. La figure régulière et placide, légèrement empâtée de graisse et colorée,
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indique le sansr-froid, le calme inaltérable du tempérament, mais aussi la lenteur do conception, la mollesse d'action, qu'on lui a tant reprochées de|iuis. Les yeux ont une finesse spirituelle, le sourire est ironi(pie, le geste nonchalant. Le ç^énérnl se croit supérieur à sa mission; il peut être habile, mais doutant de la bonté de la cause qu'il défend, des hommes qui la servent, des troupes qu'il commande ; il manque évidemment de la volonté prompte et ferme, indispensable à un chef révolutionnaire.
Le général est en bourgeois : à sa boutonnière rougeoie le ruban de la Légion d'honneur. D'ailleurs, comme s'il craignait de paraître prendre son grade au sérieux, il ne s'habille jamais en militaire, et, bizarrerie d'un gentleman, il se coiffe ordinairement d'un chapeau mou. Les uns admirent, les autres blâment ce superbe dédain du galon, mais la garde nationale aimant l'uniforme, la tenue de Cluseret nuit à son prestige.
Et Louis Barron complète son portrait par cette dernière touche :
Il parlait en se caressant la barbe, d'un geste un peu fat de vieux beau garçon. Sa voix grasse bredouille, la netteté de la parole lui fait défaut comme la netteté de l'esprit. .
(Loms Barron. — Sous le drapeau roage. Savinc, éd. Paris, 1889.)
Le port affecté du costume civil, le chapeau mou, les allures de bureaucrate, dont Cluseret ne s'est jamais départi, même aux heures où la tenue militaire pouvait paraître de rig'ueur, passaient sans doute pour une orig-inalité, pour une habitude de simplification rapportée de la démocratique république américaine. Aux Etats-Unis cependant les officiers portaient en service leur uniforme et exhibaient, comme c'est logique, les insig-nes de leur grade. Mais ils s'abstenaient de toute décoration. Cluseret dérogeait aux usages yankees en gardant soigneusement sa boutonnière ornée du ruban rouge que lui avaient valu ses exploits en juin 1848. C'était là au moins une bizarrerie, et un défaut de tact aussi pour un chef d'insurgés. Il
y avait un sentiment d'orgueil très vif sous cette modestie cherchée. Il voulait se distinguer de ses collèg-ues, les chefs de la garde nationale toujours fort galonnés. Au fond, le vaniteux général américain singeait Napoléon ; son chapeau mou et son veston étaient des copies de la redingote grise et du petit chapeau, destinés à faire ressortir la simplicité voulue de l'empereur au milieu de ses brillants maréchaux et de son état-major chamarré.
Cluseret, aux prises avec les croissantes difficultés d'une terrible situation, devait avoir la constante préoccupation des assauts extérieurs à repousser et des résolutions intérieures urgentes à prendre, et à tout instant. Il trouva le temps cependant de s'occuper des galons et des aiguillettes de ses officiers. Le 7 avril, au lendemain des sanglants combats dont les graves conséquences auraient dû absorber toute son attention et stimuler toute sa vigilance, il rédigea et lança une longue circulaire, déclamatoire et ridicule, où il disait :
J'ai remarqué avec peine que, oubliant notre origine modeste, la manie ridicule des galons, des broderies, des aiguillettes, commence à se faire voir parmi nous.
11 proscrivait donc les aiguillettes et autres distinctions vaniteuses. Il agrémentait cette réglementation, louable sans doute, mais combien peu importante et déplacée dans la situation terrible, de réflexions moralisantes qui semblaient un ressouvenir de son ancienne fréquentation des clergymens et des quakers, aux Etats-Unis et à Londres.
C'est au nom de la vertu contre le vice, du devoir contre l'abus, de l'austérité contre la corruption, que nous avons triomphé, ne l'oublions pas. Restons vertueux et hommes du devoir avant tout ; nous fonderons la république austère, la seule qui puisse être désirée et ail le droit d'existence...
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Ce langag'e vertueux et prud'hommesque apparaît plutôt ridicule, dans les circonstances. Il justifiait les railleries de la presse réactionnaire. Avant la circulaire Gluseret, les galons et les bottes des officiers fédérés avaient ég'ayé les promeneurs, devant l'hôtel des Réservoirs, et les propos des ùibles d'officiers.
Ce ministre de guerre civile ne comprenait pas, n'a jamais pu comprendre, que des insurgés, môme enrég"imentés et encadrés, ne se conduisaient pas avec les procédés en usag-e quand il s'agit de troupes professionnelles. La pire aberration, l'irrémédiable sottise aussi, du général américain, furent de vouloir considérer des combattants d'insurrection comme des soldats d'armées permanentes. Celte obstination et cette illusion furent une dos causes les plus sérieuses du découragement progressif des défenseurs de la Commune. Mieux valait avoir dans les tranchées et aux batteries des officiers trop galonnés que de constater que les vides n'étaient pas comblés dans les rangs, décimés par le dégoût d'une discipline tatillonne et de rigueurs administratives eucore plus que par les obus.
Avec sa «république austère »,Cluseret s'exprimait en calviniste, et ne pouvait toucher le cœur de ses guerriers volontaires. Le puritanisme qu'il affectait pour la tenue indisposait ses officiers les meilleurs. Beaucoup d'entre eux avaient sans doute un goût excessif pour la passementerie, mais, outre que c'était là une manie traditionnelle dans toutes nos armées, ces dorures et ces aiguillettes ne les empêchaient pas de bien se battre, au contraire. Le panache dans les armées régulières est un frein et un stimulant. Il entraîne et maintient dans le sentier du péril et du devoir. Henri IV avait connu cet adjuvant que voulait ignorer Cluseret. Au lieu de chercher à ralentir le zèle
des braves qu'il avait sous ses ordres, en les taquinant pour quelques bouts de rubans, superflus, sans doute, mais excitateurs du courag'e, Cluseret aurait dil aller faire plus souvent connaissance avec les g-alonnés de la Porte- Maillot (i). Mais le général quaker aimait mieux écrire des circulaires dans son cabinet de délég'ué, que de mêler son correct veston bourg'eois aux vareuses salies et déchiquetées des artilleurs. La guerre était pour lui un spectacle dans un fauteuil. Il l'a avoué avec une naïveté un peu cynique :
A défaut d'autres qualités, j'ai une grande expérience pratique,' Je peu.x suivre à peu près toutes les péripéties d'une action, étant connu l'échiquier, sans y assi.slcr. C'était le cas à Issy. Sans quitter la fenOire du ministère, je suivais e.xactenient les prosfrès de l'action par le bruit, et quand les ordonnances revenaient rapporter les nouvelles, ils ne faisaient que confirmer ce que j'avais dit à ceu.x qui m'entendaient.
Cluseret fut donc, malgré son expérience militaire incontestable, un déplorable général en chef. Comme à Trochu, la foi dans ses troupes lui faisait défaut, il ne crut pas à la possibilité de la résistance, encore moins à la victoire. Il est fâcheux qu'on l'ait laissé plus de quatre semaines chargé de diriger une lutte qu'il jugeait d'avance perdue. Nous pouvons à distance, et avec la connaissance
(i) L'autour, le i6 avril, a eu l'occasion, comme journaliste, de voir de prcs celle lialtcrie dite « L.i Marseillaise ». qui défendait la Porte Maillot. Le capitaine, nommé Monteil, avait pcul-ètre sur sa vareuse brûlée par la poudre, trouée de balles, quelques aiïuillettes qui n'étaient pas d'ordonnance, mais quel brave sous cet uniforme en loques, qui n'était point de parade 1 Cluseret lui-même a rendu un juste hommage à ces vaillants : " lialterie héroïque, a-t-il dit, plus noire, plus bronzée que ses canons, recrutée je ne sais où, et offrant un salmigondis d'enfants, de vieillards, de marins, de civils, le tout uni par uu triple lien : la bravoure, l'amour de lalibertéet celui dr leurs pieces,aveo lesquelles ils couchaient. Pointeurs excellents d'ailleurs. » {.Ifémoires, p. 173.)
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lies faits accomplis, estimer qu'il avait raison. Nous savons que ses prévisions pessimistes devaient se trouver réalisées, mais on peut estimer qu'il a certainement facilité cette triste réalisation. Il céda trop facilement à un décourag-ement, qui fut bien prompt, bien prématuré. Il ne chercha jioinlà réa^'ir, et ne Ht rien pour retarder l'heure de cette défaite, qu'il annonçait en la déclarant inévitable. Il eut en mains les moyens de prolong'er la résistance; son devoir était d'afHrmcr, même si elle lui apparaissait peu chanceuse, la possibilité d'une victoire, ou tout au moins d'une reddition honorable, les armes à la main, en tenant en échec les assaillants, en éparg-nant à Paris les horreurs d'une prise de vive force.
Il avait été élu, aux élections complémentaires d'avril, membre de la Commune, dans deux arrondissements, le I«r,où il obtint 1.968 voix, le XVIII", où il en eut 8.480. Sa vanité avait été satisfaite par la double élection. Il ne parut que dans de rares circonstances à l'Hôtel-de-V'ille. Il affectait un grand dédain pour la Commune. Selon lui, sauf quelques exceptions concernant les membres appartenant à l'Internationale, ses collègues étaient tous des incapables ou des sots. « Il faut, a-t-il dit dans un journal ang'lais, The Frazer's Magasine de décembre 1872, cité par Lissatraray (Appendice, p. 507), que le principe de la Commune soit en lui-même bien fort pour avoir tenu soixante jours contre de pareils imbéciles. » Dans le même libelle, parlant de son arrestation, il déclare modestement « qu'il aurait pu faire appel au peuple, et le convaincre de l'incapacité et de l'imbécillité des chefs de la Commune, et qu'il lui eût été facile d'écraser d'un seul coup tous ses adversaires » mais alors, ajoute-t-il avec suffisance : « il eût fallu accepter la dictature, ce qui ne me convenait pas ». Cependant, ce général, trouvant les raisins du pouvoir
trop verts, a dil aussi que « ce qu'il fallait à la France, qui meurt îles dictateurs du g^enre de Bonaparte et de Gambetta, c'est un homme honnête, juste, simple et dévoué, s'absorbant dans le peuple comme un Lincoln, un Bolivar ». Ne cherchez pas plus loin ce phénix de la dictature. En 1871, on l'avait sous la main et Cluseret le nomme toujours avec sa grande modestie : « Cet homme que mon pays n'a pas connu, je voulais le faire connaître!... » Aussi vaniteux, aussi incapable que LuUier, mais n'allant pas comme lui jusqu'à la trahison, Cluseret fut un des hommes les plus funestes à la cause qu'il prétendait .servir. Arrêté à la suite de l'abandon du fort d'Issy, il fut détenu à Mazas, jusqu'au moment de l'entrée des troupes. On le relâcha alors, sur sa promesse d'aller aux barricades faire le coup de feu, comme un simple fédéré. Grâce à un prêtre, qui le cacha et lui donna des vêtements, il put attendre l'occasion favorable pour passer en Ang'leterre. Cet ecclésiastique secourable payait la dette du clergé, pour lequel Cluseret se montra toujours favorable et respectueux :
Je suis opposé à toute taquinerie mesquine contre le clergé, a-t-il dil, à propos des ecclésiastiques arrêtés. J'essayais d'enrayer le mouvement en interdisant aux gardes nationaux les arrestations arbitraires, et faisant moi-mcnie arrêter, comme à Saint- Roch, les agents de Risjault qui mettaient tout sens dessus dessous par la fermeture des églises et l'arrestation des prêtres. [Mémoires, p. 71 .)
Condamné à mort par contumace par le 3« Conseil de guerre, à Versailles, le 3o août 1872, Cluseret, après divers séjours on Angleterre, en Amérique, en Suisse, revint en France à l'amnistie; il fut élu député par la a° circonscription de Toulon, aux élections de 1888, et réélu en 1891,