LE COMITE CENTRAL SE MAINTIENT
Le Comité Central, à qui est imputable l'initiative de la réunion d'une assemblée parlante remplaçant un pouvoir
20 IllSlOIRE DE LA COMMUNE
insurrectionnel dont toute la tâche devait être la résistance armée, comprit certainement la sottise et le dang'er de sa retraite. Mais il comprit trop tard. Il ne vit le péril que lorsqu'il ne pouvait être évité. Il fallut, pour lui ouvrir les yeux, le spectacle, auquel il ne s'attendait pas, d'une assemblée communale, son œuvre, sa fille, entrant à l'Hôtel -de- Ville, mais sans lui. Il avait ouvert la porte et on le laissait dehors. Aussi, la plupart de ces vainqueurs au i8 mars, vaincus et dépossédés le 26, forts de leurs droits de premiers occupants, s'efforcèrent-ils de rentrer par une voie détournée dans ce palais de la Révolution, où ils n'avaient plus leur place.
Les membres du Comité Central étaient sincères, lorsqu'ils déclaraient, à la veille du scrutin, qu'ils ne pren. draient point part aux luttes électorales, et ne poseraient pas leur candidature. Ils ne sollicitèrent point les suffrag'es, pas plus d'ailleurs que leurs concurrents. Le temps, pour cela, aux uns et aux autres manquait. Il n'y eut pas à proprement parler de période électorale. Quelques membres du Comité Central furent exceptionnellement élus à raison de leur notoriété générale ou d'une situation influente dans leur arrondissement. Leurs collègues, laissés de côté par le suffrage universel, dont l'indifférence leur parut de l'ingratitude, estimèrent que leur présence était toujours nécessaire, à côté des membres de la Commune, pour maintenir l'organisation et assurer le service de la garde nationale. Irrités et fléçus, ils ne voulurent pas cependant paraître s'immiscer trop brutalement dans des fonctions déjà occupées, ni réclamer des attributions qui pouvaient faire double emploi avec celles des membres de la commission militaire, que la Commune venait de désigner.
La publication, dans Paris-Journal, d'une note annonçant que le Comité Central s'était perpétué sous le nom de
LE GOUVERNEMItNT DE l'hÔTBI/-DB-VILLE
(( Sous-Comité (le la f^-arde nationale », attira l'attention sur ses équivoques manœuvres. Paris-Journal avait ensuite donné des comptes rendus de cinq séances, tenues par ce sous-comité, les 27, a8, 29, 3o et 3i mars. On se serait occupé notamment, au cours des trois premières séances, de l'élection des officiers de la garde nationale, et les rapports du Sous-Comité avec la Commune auraientété discutés dans la séance du 29 mars. Ce compte rendu fut attribué depuis à des indiscrétions d'.\ssi, car lorsque celui-ci fut arrêté, par ordre de la Commune, la publication des procès-verbaux dans Paris-Journal fut interrompue. On y avait lu, entre autres, le renseignement suivant : « Le citoyen Maljournal demande si le Comité de la garde nationale aura le droit d'initiative auprès du conseil de la Commune. Le citoyen Assi répond que : le Comité actuel ayant un grand nombre do ses membres au sein du conseil municipal, il sera de plein droit autorisé à exprimer ses désirs. Quant au Comité, que l'élection doit nommer dans quelques jours, il aura le droit, comme étant issu du suffrage universel, d'émettre des avis que le conseil municipal suivra ou ne suivra pas, mais qu'il devra écouter. » C'était prévoir l'établissement d'un pouvoir parallèle à celui de la Commune.
Une protestation fut adressée aux journaux qui avaient reproduit cette note de Paris-Journal. Elle était conçue en termes modérés, mais énergiques. Elle parut ainsi signée : « Pardélégation du Comité Central, Boursier, Prud'homme. » Elle portait cet en-tète : « Conseil municipal. »
Certains journaux, disaient les signataires, ont imaginé une foule d'histoires d'arrestations, de comptes rendus de nos séances ou enfin d'actes arbitraires, le tout d'un fantaisiste qui nous a égayés nous-mêmes.
Mais dès l'instant où quelques feuilles, pouvant être considérées comme ayant uu caractère sérieux, prennent ces plaisanteries
pour autre chose que pour ce qu'elles valent, nous croyons de notre devoir, surtout à l'heure où nous avons remis le pouvoir aux mains de la Commune, de dire aux citoyens trompés par ces clucuhralions, que rien, absolument rien des faits que vous avez jugé à propos de reproduire, n'est vrai ; que votre bonne foi a été entiùremenl surprise, et que les actes du Comité Central, ayant reçu la plus entière publicité, les journaux sérieux devraient bien, s'ils veulent conserver une juste considération, contrôler de pareilles choses avant de s'en faire l'organe.
Nous avons respecté toutes les libertés, nous avons été justes, nous avons fait notre devoir.
L'Opinion nationale du 3i mars, en insérant cette protestation, ajouta le commentaire suivant :
Ainsi, sur l'affirmation des délégués du Comité Central, il est constaté et avéré qu'il n'existe pas un Sous-Comité de la Fédération de la garde nationale; que les séances du Comité, chaque jour racontées dans Paris-Journa/, u'ovl jamais eu lieu; que le Comité Central a remis le pouvoir aux mains de la Commune, et qu'il ne relient plus aucune portion de l'autorité publique. Nous insistons sur cette déclaration des délégués du Comité, parce que, selon nous, l'abdication pleine et entière est le seul parti logique, équitable, auquel le Comité Central doive se résoudre.
Les compliments de l'Opinion nationale s'appliquaient à faux. Le Comité Central ne tarda pas à faire paraître une seconde protestation dans un sens tout différent de la première, et où l'on retrouve la sig'nature par délégation du citoyen Prud'homme, l'un des protestataires.
Des journaux ont publié que le Comité Central, ayant rempli sa mission, s est dissous : celte nouvelle est complètement fausse.
Le Comité, comme la Garde Nationale, dont il est l'émanation, ne peut disparaître qu'avec la liberté.
Le siège du Comité Central est rue de l'Entrepôt, 2, derrière la caserne du Chàteau-d'Eau.
Les arrondissements qui ne sont plus représentés complètement au Comité Central sont invites à envoyer, dans le plus