‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 50 sur 95 · PLAN DES GÉNÉRAUX FÉDÉRÉS · texte numérisé non relu

PLAN DES GÉNÉRAUX FÉDÉRÉS

Donc, premier point établi : la grande sortie du 3 fut combinée, préparée par les généraux, mais brusquée par les événements, commandée par la foule. Elle fut l'œuvre inconsciente de stratèges anonymes. Libres d'agir à leur heure, les trois chefs eussent achevé leurs préparatifs et c hoisi le moment le plus favorable, c'est-à-dire la mise en mouvement au milieu de la nuit, Versailles, où l'on ne s'attendait pas à une attaque, surpris à la faveur des ténèbres, eût été atteint, envahi à l'aube. On évitait ainsi le Mont-Valcrien. Les généraux furent-ils imprudents et trop pressés, quand, depuis quelques jours, ils préparaient cette sortie devant avoir lieu à bref délai ? Non ils ne furent point hâtifs, au contraire. On n'avait que trop attendu pour agir. Les négociations du Comité Central, les élections, l'installation de la Commune, avaient laissé échapper des journées précieuses. AL Thiers les avait mises à profit. Les officiers qui avaient parcouru les avant-postes les jours précédents voyaient s'avancer les éclaireurs, et les

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corps en reconnaissance se rapprocher. Chaque matin on signalait plus proches les gTand'gardes de l'ennemi. Les généraux ne voulaient point temporiser et repoussaient la tactique que devait préconiser et malheureusement ap[)liquer Cluserct : ils ne voulaient pas attendre d'être bloqués dans Paris pour commencer le feu. Avec raison, le moment d'agir leur paraissait venu. Leur position n'était point alors désavantageuse. Ils disposaient de forces, sans doute en partie inexercées, point aguerries, mais suffisamment armées et animées du meilleur esprit. Pleins d'ardeur, les ofHcJers attendaient chaque jour le signal. La bravoure, l'intrépidité même, se manifestaient partout dansles rangs. Cette armée irrégulière avait, dans son ensemble, le désir de bien se comporter au feu. Il convient de faire remarquer qu'au 3 avril elle était encore supérieure en nombre à l'ennemi au devant duquel elle était impatiente de s'élancer. C'étaient là de sérieux éléments de succès.

Comme position topographique, les fédérés avaient derrière eux pour appui, et en cas improbable d'un échec, pourprotéger une retraite, les forts du sud, l'enceinte bastionnée et de gros villages barricadés. Au devant d'eux s'étendait, au sud-ouest, une campagne accidentée, vallonnée où la cavalerie ver.saillaise ne pourrait se déployer; à l'ouest le terrain étaittrès boi.sé,avec les hauteurs de Rueil, de Garches et des pentes, des ravins, d'accès difficile à l'artillerie; enfin au nord-ouest on rencontrait la Seine et des bourgs considérables, Asnières, Clichy, Levallois, Courbevoie. La plaine, entre Courbevoie, Bezons, Nanterre, ofrrait pour déployer des forces considérables, un vaste champ, que Versailles n'occupait pas. On pouvait, avec les troupes du centre-ouest et l'aile droite du nordouest, atteindre le plateau du Bulard dominant le Chesnay et Versailles, sans rencontrer d'autres obstacles que ceux

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des routes aux pentes raides environnées de bois, montant au-dessus de Rtieil, de Boug'ival et de la Celle-Saint- Cloud.

La sortie n'était pas imprudemment décidée. Il n'y avait qu a en fixer l'échéance. La date ne devait pas en être trop éloignée. Plus on différait le choc, plus on le rendait hasardeux. Tout en ne soupçonnant pas la hâte fébrile et la merveilleuse activité, avec lesquelles M. Thiers avait rassemblé des troupes, embrigadé les rapatriés d'Allemagne, et restauré, au physique et au moral, ces hommes délabrés et désorbités,les généraux de la Commune savaient que des renforts survenaient à Versailles tous les jours, et que les Allemands faciliteraient de leur mieux la reconstitution de l'armée impériale. Il ne fallait pas attendre que toutes les forces dont Napoléon III et Bazaine ne s'étaient pas servis fussent reconstituées et prêtes à entrer en lignes. Se hâter de prendre l'offensive était, au point de vue militaire, le meilleur. Quand la Commune aurait battu les troupes rassemblées déjà autour de Versailles, elle se porterait au devant des renforts attendus ou en voie d'organisation, et dans celte série de combats contre des fractions d'armées, au.x éléments désorganisés et démoralisées, elle aurait certainement l'avantage. Ceci n'était ni mal raisonné, ni téméraire; et l'attaque sur Versailles des trois côtés à la fois, devait forcer ses défenseurs à éparpiller leurs forces.

Avec toutes leurs troupes massées, offrant un avantage numérique sur les corps versaillais fractionnés, les fédérés eu.ssent attaqué ceux-ci successivement, sans leur permettre de se rejoindre. Les généraux versaillais, obligés de faire face à Duval au sud, à Eudes au sud-ouest, à Bergeret à l'ouest, et à Flourens au nord-ouest, dans la nécessité alors de découvrir Versailles, quartier général et siège du gouvernement, eussent été probablement culbutés séparément,

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sans pouvoir opposer sur un point quelconque une masse supérieure aux forces assaillantes.

L'inlervention du Mont- Valérien, qui n'aurait pas dû être imprévue, anéantit ces belles dispositions et chang'ea en déroute cette marche en avant qui semblait conduire à la victoire.

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