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" Bien mourir, dit-il alors, est le suprême bonheur pour un républicain! » Déjà il avait fait le don de sa vie à la Révolution. Dans un de ces élans d'intrépidité et de sacrifice, dont il donna tant d'exemples, le soir de l'arrestalion de Rochefort à la salle de la Marseillaise, il mit audacieusement en arrestation le commissaire de police, effaré, puis dégainant la lame d'une canne à épée et la brandissant fièrement, il proclama la République, tout seul ! Il parcourut les rues de Belleville, escorté de quelques fidèles, appelant la population aux armes. Mais les temps n'étaient pas venus et le faubourg ne bougea pas. La petite troupe aventureuse, qui s'était armée dans le magasin aux accessoires du théâtre de Belleville de HoUacher, se dispersa.
Gustave Flourens, revenu d'Angleterre à la première nouvelle de la chute de l'empire, offrit son épée vaillante au nouveau gouvernement. Il fut investi dans la garde nationale d'un commandement dont le nom était nouveau, assez bizarre, et la fonction assez mal définie : major de remparts. 11 fut le héros, tour à tour conciliant eténergique, de la journée et de la nuit du 3i octobre. Le gouvernement, hors de danger, le mit en prison. Le peuple le délivra dans la nuit du 21 janvier. Il occupa la mairie du XX' arrondissement dont il avait été élu adjoint aux élections de novembre. Le 26 mars, il fut nommé membre de la Commune par deux arrondissements, le XIX« et le XX*. Commandant delà 20" légion, faisant fonctions de général, il n'eut pas le temps de siéger à l'assemblée communale. Il avait été consulté lorsque fut préparée la sortie du 3 avril ;ses collègues malheureusement ne suivirent pas son avis, qui était bon. 11 demandait que la sortie eût lieu de nuit, ce qui offrait de grandes chances de réussite et annihilait le Mont-Valérien. Il commanda l'aile droite et fit tous ses efforts, répondant à l'appel de Berg'eret, pour le
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joindre à temps entre Nanterre et Rueil. II ne put que le soutenir et modérer la ruée dans la débandade. Ne voulant pas battre en retraite, bien qu'il ne pdt guère plus compter sur ses troupes démoralisées, il tourna bride, revint comme conduit par la fatalité vers Piueil, où il devait trouver la mort.
Henry Bauer, qui fut son compag-non de détention à Mazas, après le 3i octobre, a tracé de lui ce portrait sympathique et coloré :
C'était un être d'e,xception tlontle souvenir ne m'a janiaisquitlé, une nature charmante et exquise d'illuminé, un tempérament de don Ouichotle assez passionné de gloire, de renommée, pour être la dupe de leurs apparences et les contondre avec le vain bruit. Ses traits vivent dans mon âme, attendrie à sa chère mémoire : encadrée de barbe blonde, sa figure allonu-ée. au front haut, aux yeux bleus, rêveurs et inspirés, à la bouche de sourire naïf, puérile et douce de Christ d'un tableau primitif, surmontant le grand buste mince, au.x longues jambes de jeune homme de trente-trois ans, un corps de nerfs, sans cesse en éveil, agité . . .
11 était le soldat désigné de la guerre des rues, l'audacieux constructeur de toutes les barricades. S'il parut un compromettant auxiliaire aux républicains parlementaires, si les révolutionnaires de journal et de club hlàmaienl ses échaullourées et atïectaient de dédaigner le casse-cou, il gagua la faveur du peuple et des jeunes hommes indifférents aux combinaisons de la politique, étrangers aux atermoiements des partis. La foule généreuse aime le courage tumultueux et sourit au roman des coups de main inconsidérés. 11 conquit parmi elle une popularité retentissante ; il fut le héros dont tous les hommes d'action répétaient le nom avec enthousiasme, comme celui de Bayaid, comme la signification de bravoure, de dévouement à toute épreuve.
Sou ambition était exempte de calculs et de complication. L'action, l'aventure l'enivraient et la renommée, la popularité bruyaute étaient pour lui inséparables de cette ivresse. Il vivait dans un rêve, hors de sa passion, il ne comprenait rien à la vie pratique. Je n'ai pas connu d'homme qui restât aussi indifférent
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aux conditions matérielles de l>.\istence,au bien-être, au !ïîte,aux vêtements, à la nourriture. Issu d'une l'amille riche, il n'usait point de sa fortune, dont il laissait la possession à sa mcrc, se coa- Ipnlant de quelques francs en poche...
Telle était la douceur, la nature enfantine de l'idole des Belleviilois, de ce risque-tout, de cet épouvantail à bourgeois, qu'il avait peur de sa maman, et tremblait de la mécontenter. Mme Flourens, vieille dame de la meilleure et de la plus sage bouri;eoisie, n'était pas encore remise de l'étonnement d'avoir donné le jour à ce révolté...
(Henhy Bauer. — Mémoires d'an jeune homme, pp. 172 cl suivantes. — Fasquelle, éd., Paris, 1890.)
M"' Flourens adorait son écervelé de fils, comme elle le nommait en soupirant; elle fit montre de la plus çrande fermeté et d'une dignité douloureuse, lorsqu'elle disputa la dépouille du cher mort à la plèbe versaillaise féroce et aux autorités haineuses, pour lui rendre les honneurs funèbres, après le meurtre que nous allons raconter.