PRISE DU PLA TE A U DE CHA TILLON
La colonne de gauche, commandée par Emile Duval, s'était avancée jusqu'au Petit-Bicêtre, sans rencontrer d'obstacles sérieux. Là, en avant de Villacoublay, le terrain est découvert. La brigade Derroja parut et le combat s'engagea très vif. Cette brigade se composait de l'égiments éprouvés durant le siège, le 109° et le iio^ de ligne, qui avaient gardé les redoutes des Hautes-Bru vères et du Moulin-Saquet. Bientôt la division Pelle, ig* chasseurs, Sg', 4i°, 70^ et 71' de marche, vint renforcer ces troupes solides. Duval, avec le peu de monde qu'il avait, 2. 000 hommes au maximum et pas d'artillerie, ne pouvait tenir contre douze mille adversaires. Il battit en retraite, en assez bon ordre toutefois, soutenu par le feu du fort de Vanves. II put regagner le plateau de Ghâtillon, dont il occupa la redoute, qui n'était pas armée, étant abandonnée depuis le départ des prussiens. Il passa la nuit sur le plateau, couchant sur ses positions, ce qui pouvait être considéré, vu l'infériorité de ses forces, comme un succès, mais sans pouvoir se mettre à l'abri d'une attaque, qui était certaine. Le lendemain matin, mardi 4 avril, le combat recommença autour de la redoute et sur le plateau de Chàtillon. L'ordre était venu de Versailles aux généraux Derroja et Pelle de ne pas s'attarder et d'enlever la position à tout prix.
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« A sept lieui-es, dit le rapport officiel, le plateau fut attaqué par unrég'iment de ligne et plusieurs détachements de gendarmes et de marins. Après une courte fusillade, les troupes se sont emparées du plateau. »
Ce fut grâce à ce mouvement tournant, promptement et habilement exécuté, que le plateau fut pris et les i.5oo hommes qui l'occupaient, cernés, mis dans l'impossibilité de résister aux forces cinq ou six fois supérieures qui les enveloppaient. Ils furent obligés de déposer les armes, de livrer les neuf canons qu'ils possédaient. Les assaillants leur avaient promis la vie sauve s'ils se rendaient. Cette promesse décida les fédérés à jeter leurs fusils.
Le général Derroja avait attaqué le plateau par Fontenay-aux-Roses, tandis que la brigade Pelle le gravissait de front. La résistance était difficile, mais non impossible, et il eût fallu plus d'un assaut pour enlever ce plateau ardu, s'il avait été défendu. Les gardes nationaux cernés, en faisant une défense désespérée, se seraient ouvert un passage, et auraient pu battre en retraite à temps vers Bagneux, la distance étant courte, et se trouver sous l'abri des forts de Montrouge, de Vanves et d'Issy. Le général Duval a plutôt été abandonné, et n'a pu, avec sa vigueur habituelle, se dégager en entraînant ses hommes, énervés, fatigués et démoralisés. A la vue des soldats surgissant inopinément, ils ne pensèrent qu'à la fuite, et comme elle leur paraissait impossible, ils se rendirent. Les fédérés avaient en eli'et été surpris par le mouvement tournant, et déconcertés par la vive attaque de front du plateau. La pente du coteau avait favorisé la surprise. Ils se virent entourés, presque sans avoir aperçu l'ennemi. Ils n'avaient pas de grand'gardes au pied du mamelon, et les assaillants parvinrent devant la redoute sans avoir tiré un coup de fusil.
A cinq heures du matin, dit le lieutenant-colonel Hennebert,
la brigade Derroja était avec la division Pelle au pied de cet ouvrage — la redoute de Châtillon, — et deux batteries de 12 cherchaient à éteindre le l'eu. Nos braves soldats ne laissèrent pas le temps à l'artillerie d'achever son œuvre. Ils gravirent au pas de course les pentes du plateau et chargèrent à l'arme blanche les défenseurs du plateau, atterrés d'un élan dont ils n'avaient pas soupçonné la puissance.
(Un Officier supérieur. — Guerre des Commune», p. i3o.)
Duval avait vu le danger. Il ne put convaincre ses hommes de la nécessité de tenir jusqu'à la dernière cartouche, jusqu'au dernier combattant. Il avait pressenti la veille le danger grave. Sombre et résolu, il avait dit très haut : « Je no reculerai pas ! Nous nous ferons tous tuer ici jusqu'au dernier ! » Il savait que la redoute n'était pas suffisamment défendue, mais la résistance était possible. Il ne put obtenir un nouvel effort de troupes ayant passé deux nuits sans sommeil, à peu près à jeun, exténuées, et découragées aussi par la journée de la veille, où l'on s'était battu contre des forces vingt fois supérieures, où il avait fallu opérer, sous le feu de l'ennemi, une retraite difficile depuis Villacoublay. Il ne put faire ouvrir des tranchées en avant de la redoute, ni réparer celles restant du siège, ni établir des postes avancés. Il comptait toutefois, ses hommes reposés, employer la matinée à mettre en état de défense sa position. La hâte avec laquelle le mouvement tournant avait été opéré, et la brusquerie de l'attaque ne lui en laissèrent pas le temps. Sa résolution de ne pas reculer était héroïque, mais il était à peu près seul à l'avoir. Il pouvait aussi espérer que, de Paris, ou enverrait des renforts, qu'on le dégagerait. De leur côté les forts d'Issy et de Vanves, en tirant avec violence sur les colonnes versaillaises, dont on avait dû découvrir le mouvement versBagneux etFontenay, les arrêteraient et permettraient aux fédérés, près d'être
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enveloppés sur le plateau, de résister, d'attentlre les secours. Les forts d'Issy et Vanves, faute d'ordres, et leurs commandants manquant d'initiative, ne tirèrent que plus tard, quand le plateau était déjà au pouvoir de l'ennemi.
A Paris, on parut avoir oublié la situation critique où se trouvaieut Duval et sa poig'née d'hommes. Cluseret était installé au ministère et ne se souciait pas de venir dégager Duval, ni de participer davantage à une action qu'il désapprouvait. Quant à la Commune, elle écoutait les récriminations de Lefrançais, qui, protestant toujours énergiquement contre toute sortie, donnait sa démission de membre de la Commission executive. La Commune discutait aussi, et approuvait une note dont le délégué aux relations ex.iérieures lui donnait lecture, et qu'il se proposait d'adresser à l'Europe, pour notifier diplomatiquement aux souverains la constitution du gouvernement communaliste. Toujours l'apologue du maître d'école débitant sa harangue, au bord de la rivière où l'enfant imprudent se débat en passe de se noyer.
La capitulation de ses hommes surprit Duval autant que l'attaque soudaine avait déconcerté ceux-ci. Ce qui précipita la reddition, ce fut la parole du général Pelle, envoyant un officier d'ordonnance dire aux défenseurs de la redoute : « l\endez-vous et vous aurez la vie sauve. » Des officiers de Duval prirent cette promesse au mot, et aussitôt ils tendirent leurs sabres. Les gardes les imitèrent, jetèrent les fusils. En un instant les versaillais rassurés sont sur le plateau : ils entourent les fédérés, les désarment tous, les encadrent dans des haies de chasseurs et de lignards, qui les tiennent en joue.