LA SORTIE AU SUD-OUEST
La sortie avait donc complètement échoué à l'ouest comme au nord-ouest. On s'étadt approché de Versailles, sans doute, à une dislance de 7 kilomètres au nord, mais on n'avait pas pu rester même à quinze kilomètres de cette ville. Le point extrême atteint avait été l'église de Bougival.dans ia grande rue conduisant du pont à Versailles, par la Celle- Saint-Cloud et le Cbesnay. Le drapeau roug-e avait bien été hissé un instant au clocher de Bougival par un fédéré, ancien gabier ; mais ce n'étaient là que des pointes hardies, poussées spontanément et sans en avoir reçu l'ordre des chefs, par des hommes d'avant-garde, partis au hasard en éclaireurs.Ces positions ne pouvaient être ni maintenues ni défendues, étant occupées par quelques escouades dépourvues de soutiens. Elles furent évacuées rapidement.
Après la panique, les troupes débandées s'étaient reformées à peu près, mais pour battre en retraite. Bergeretavait
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pu reg'ag'ner Asnières et rentrer ilans Paris avec les débris de son armée et les troupes de Flourens, disparu, mis à mort. C'était partout la défaite complète. La lutte à l'ouest avait duré une journée. Elle n'eut, depuis l'arrivée sous le Mont-Valérien, que le caractère tlune retraite, avec quelques mouvements offensifs, vite arrêtés et peu importants.
Au sud-ouest et au sud, le combat fut plu". soutenu. 11 n'eut pas, dans la matinée du lundi, l'allure d'une déroute, comme à Rueil, et se prolongea deux jours, entre Clamart et C'bâtillon. Ainsi qu'à l'ouest, l'armée avait été divisée en deux colonnes, sous deux généraux : Duval à g-auche, et Eudes sur la droite. Le second de ces deux corps, celui d'Eudes, formait avec le corps de Bergeret le centre de l'armée entière, par rapport à la colonne de Duval, tenant l'aile gauche et à celle de Flourens occupant la droite. Toutes avaient le même objectif : Versailles. Eudes et Duval devaient chercher à atteindre Versailles par deux itinéraires à peu près parallèles : Duval par Châtillon, Bagneux, Villacoublay, Eudes par Issy, Bellevue et Meudon. Entre Chaville et Viroflay on eût fait la jonction et débouché, en traversant le faubourg de Montreuil, sur les avenues de Sceaux et de Paris. {Voir la carte n" 3.)
Eudes débuta, le lundi 3 avril, par un petit succès : il avait mis ses troupes en mouvement dès l'aube. Il prit la route d'Issy, que le fort protégeait, et atteignit les Moulineaux, puis le Bas-Meudon. Aux Moulineaux, des gendarmes venus de Sèvres et quelques compagnies détachées de Versailles sont repoussés, se retirent en désordre. Eudes occupe alors le Bas-iMeudon, marche sur Bellevue et le Val-Fleury. Le fort d'Issy appuie son mouvement. Deux batteries versaillaises sont établies à la hâte sur la terrasse du château de Meudon, pendant que des bataillons fédérés s'engagent sur la route de Val-Fleurv. Les obus tombent à la çare de
LE OOUVEnNEHENT DE l'hÔTEL-DE TILLE 2-j3
Clamart.aux environs du Moulin de pierre. La fusillade crépite dans le bois de Clamart.
Le gS' fédérés, pendant l'attaque du Bas-Meudon, s'était porté vers le bois de Clamart. Il tomba dans une embuscade et plusieurs g-ardes furent faits prisonniers. Plus heureux, le loi" s'emparait d'une mitrailleuse, qu'il ramena triomphalement. Le 121*, qui s'était eng'ag'é le premier dans le bois de Clamart, avait beaucoup souflert. Il dut se replier, ayant perdu deux cents hommes. Gluseret.qui assistait au combat, mais en amateur, en critique plutôt mal- Ycillant, voulant laisser toute la responsabilité de l'échec à ceux qu'il allait remplacer, a blâmé dans cette action le commandement, mais il a dû rendre hommag^e aux g-ardes nationaux :
Le premier élan fut bon, a-t-il écrit, et la garde nationale arriva à iMeudon sans perles appréciables. Le château fut même occupé par Eudes, qui se comporta vaillamment ,. Au Bas-Meudon, les hommes, sans chefs, massés comme un troupeau de moutons, dans l'entonnoir formé par le pont du chemin de fer et les routes qui y convergent, n'avançaient ni ne reculaient. Ils étaient pelotonnés. Une pièce d'artillerie, attelée de deux chevaux et pointée par un jeune marin, s'était avancée jusqu'à la hauteur du cimetière, et à soixante mètres lirait sur une maison sans produire aucun elîel. Inutile d'ajouler que chevaux et servants, saut le marin, furent vile tués. Ne voulant pas en croire mes yeu.x, je pointais moi-même sur celle maison fantastique, sans plus d'effet... j'appris par la suite qu'elle avait été blindée par les prussiens avec des traverses et était occupée par les gendarmes, qui, tirant à 60 mètres par des meurtrières ménagées dans le blindage, nous abattaient comme des alouettes... Les hommes étaient en général bons, il y en avait même d'excellents, mais les officiers ne faisaient pas leur devoir et l'ignoraient...
(Cldseret. — Mémoires, l. 1, p. 45. 1
Eudes s'était maintenu au Bas-Meudon, au Val-Fleury et avait même occupé des maisons dans Bellevue, mais surni 18
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vint la brig'ade La IMarioiise, de la divisiou Faron, qui comptait les meilleures troupes dont pouvait disposer Versailles. La brigade La Marieuse était composée des 35» et /ja" de lig-ne, qui avaient participé à tous les combats du sud pendant le sièg-e. Son intervention fut décisive. Les bataillons engag'és depuis le matin durent se réfugier sous le canon des forts d'Issy et de Vanves, qui tirèrent continuellement.