LA COMMUNE DEVAIT-ELLE LÉGIFÉRER POUR TOUTE LA FRANCE
Pour qui se représente l'équivoque suggérée par le terme même de Commune, rendre des décrets généraux, susceptibles d'être exécutés dans toute la France, cela peut passer pour un acte de haute politique, d'une prévision clairvoyante et louable. La Commune allait au devant de l'objection qu'on lui fit, qu'on a reproduite après sa chute, quelle voulait rompre l'unité de la France, qu'elle renonçait au principe qui avait sauvé la Révolution française et fondé l'Etat moderne : la République Une et Indivisible.
Trois groupes, trois forces principales, constituaient l'assemblée communale. Il y avait le groupe le plus faible, le moins agissant, tout hanté de chimères cosmopolites et pacifiques, ne poursuivant guère que des réformes alors prématurées, c'était le groupe socialiste, celui des internationaux, dont les tètes étaient Malon, Frankel, Lefrançais. A leurs yeux la république communaliste devait laisser à chaque commune son autonomie complète, le lien vague d'une fédération générale relierait seulement toutes ces républiques locales et indépendantes.
11 y avait ensuite le groupe des anciens républicains de 48 comme Félix Pjat, Miot, renforçant celui des révolution-
Sî/j UISTOIRK DE LA COMMUNI
naires jacobins comme Delescluze, pour lesquels les réformes sociales étaient un but, mais éloigné, subséquent, qu'on ne devait poursuivre qu'au moyen de l'emploi des formes politiques déjà éprouvées. Ceux-là voulaient maintenir l'unité française telle que la Révolution l'avait fortement établie. Ils conservaient le vieux moule de la monarchie centralisatrice, imposé, accepté peu à peu à travers les siècles, mais rajeuni et démocratisé par les institutions révolutionnaires. Ce groupe était le plus nombreux ; il avait l'autorité et gouverna jusqu'à la fin.
Enfin, le troisième groupe, composé d'éléments jeunes sing-ulièrement actifs, audacieux, le groupe blanquisfe. Fort peu préoccupé des conceptions cosmopolites et humanitaires des socialistes internationaux, il ne tenait compte que de l'action, ne visait que la victoire présente, et était hostile à un morcellement de l'état politique. Il cherchait, en brisant l'obstacle versaillais, à faire de la Commune de Paris le centre et le pouvoir de toutes les forces révolutionnaires de la nation. Ce groupe, qui comptait Tridon, Rigault, Eudes, Ferré, Vaillant parmi ses membres principaux, se rattachait aux Hébertistes et à la Commune de 1792. II se souvenait de la façon rigoureuse dont les hommes de la Révolution avaient poursuivi le fédéralisme et châtié les villes séparatistes. Il légiférait provisoirement pour Paris seulement, parce qu'il fallait se soumettre aux circonstances et qu'on était bloqué dans Paris, mais son dessein était bien de donner des lois à toute la France, quand la force le permettrait. Les blanquistes voulaient l'unité et l'indivision de la république, avec la suprématie de Paris.
Ces trois groupes .se fondirent en deux lors du fameux vote sur le Comité de salut public, qui divisa la Commune en majorité eten minorité, au commencement demai.
En votant la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et les