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MAC-MAHON GENERAL EN CHEF

Le "l'énéral Vinoy, commandant en chef de l'armée de Versailles, dut coder son commandement le vendredi 1 4 avril. D'où provenait cette disg^ràce?Il n'avait sans doute pas réussi dans l'affaire de la Butte-Montmartre, mais l'échec et la reprise des canons par les insurg'és ne tenaient pas à son incapacité : M. Thiers avait tout commande, même la retraite. Depuis. Vinoy avait protégé Versailles, rassemblé les troupes débandées, g'ardé les fuyards de Paris. Il venait de sauver et de rassurer l'Assemblée par les trois derniers combats qui avaient eu lieu sous son commandement. Il avait repoussé les fédérés sur tous les points, et il n'avait pas hésité à imiter Galliffet, en faisant fusiller sous ses yeux Duval et avec lui deux officiers de la g-arde nationale, qui s'étaieut rendus sous la promesse de la vie sauve. Ces exploits ne l'empêchèrent pourtant pas d'être remplacé, brusquement, sans motif militaire ou politique avoué. Mais des compensations lui étaient dues. Son successeur d'ailleurs les exiurea pour lui. Vinoy fut nommé çrand-chancelier de la Lég'ion d'honneur, et on lui confia le comman-

dément de la réserve. Ce successeur fut Mac-Mahon, duc de Magenta, maréchal de France.

Le maréchal de Mac-Mahon (Marie-Edme-Maurice-Patrice) descendait d'une ancienne famille irlandaise, catholique. Son père, royaliste ardent, avait été des amis de Charles X, comme tel avait reçu la pairie. Né à Sullj (Saône-et-Loire), le i3 juillet 1808, le futur maréchal entra à Saint-Cyr, fit l'expédition d'Alg'er comme officier d'état-major, assista au siège d'Anvers, retourna en Afrique, où il participa à toutes les campagnes. Il était capitaine, lors du siège de Constantine. Nommé lieutenant-colonel dans la légion étrangère, il devint ensuite colonel au 4'* de ligne. Général de brigade en i848,il fut nommé divisionnaire en i852. Il fit la campagne de Crimée sous les ordres de Bosquet, puis de Pélissier. Il fut promu grand-croix de la Légion d'honneur, le 23 septembre i855. L'année suivante. Napoléon III le faisait sénateur. Il fit l'expédition de Kabylie en 1867, et fut nommé commandant en chef des troupes de terre et de mer en Algérie, Lors de la guerre d'Italie, il reçut le commandement du 2" corps. Son intervention heureuse sur le champ de bataille de Magenta lui valut une grande renommée (4 juin iSSg). Il fut nommé maréchal de France et duc de Magenta. En i864, il fut envoyé en Algérie comme gouverneur général. Son administration fut déplorable. Pénétré de l'idée que l'Algérie devait rester un territoire uniquement militaire, il molesta, découragea les colons. Sous son proconsulat, la conquête fut remise en question, beaucoup de colons désespérés émigrèrent, et ce fut le beau temps pour les exactions, les razzias et les violences des bureau.x arabes, dont l'un des chefs, le capitaine Doineau, venait d'être poursuivi comme pillard et assassin, arrêtant les diligences et tuant les voyageurs riches, pour s'emparer de leurs valises.

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Bien que catholique fervent, le g-ouverneur général fut blâmé même par le cardinal Lavigerie, et son renvoi réclamé. Mac-Mahon fut cependant maintenu, mais Emile Ollivier lui imposa un changement de système. Pour conserver son gouvernement, Mac-Mahon accepta platement l'établissement d'un régime civil qui le remettait au second plan. Quand la guerre de 70 éclata, il fut nommé commandant du I"' corps d'armée et la défense de l'Alsace reposa malheureusement sur lui.

Il fut malchanceux dans toutes ses opérations, battu successivement à Woerth, Reischoffen, Frescheviller. Ajant reçu l'ordre de rejoindre Bazaine, il accomplit les divers mouvements nécessaires pour celte jonction, mais avec tant de lenteur et de mollesse qu'il ne réussit qu'à enfermer son armée, déjà décimée, dans le cercle de fer de Sedan. Il avait eu la chance d'être blessé à la fesse, le i" septembre, et ce fut le général de Wimpffen qui signa, à sa place, la désastreuse capitulation. Prisonnier en Allemagne, il revint à Paris le 18 mars.

Ses défaites n'étaient point des titres suffisants pour engager M. Thiers à lui confier la direction suprême de la difficile guerre civile. Vinoy avait à son actif sa belle retraite de Mézières, ayant ramené à Paris le i3« corps. Ces troupes, les seules régulières et exercées, sauvées du désastre, soutinrent le siège de Paris; elles formaient au 18 mars la division Faron,la seule comprenant des anciens régiments, et qui, pour cette raison, conserva ses armes dans Paris, à l'armistice. Vinoy avait sans doute mal réussi l'opération des canons, et la déroute de Montmartre, pour ceux qui n'étaient pas initiés aux arrière- pensées de M. Thiers, pouvait constituer une note fâcheuse dans ses états de service, mais les soldats dont il disposait, ce jour-là, n'avaient pas voulu marcher, et il eût été injuste de le rendre res-

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ponsable d'une débandade qui tenait à des causes morales et physiques, échappant à son autorité militaire. Il parut mC'ine s'être douté que M. Thiers ne tenait que médiocrement à la réussite du coup de main sur Montmartre, d'où son manque de décision, sa mollesse. Des dissentiments d'ordre stratég'ique s'étaient élevés ensuite entre lo général en chef et le généralissime que voulait être l'historien des guerres de Napoléon. Vinoy était partisan d'une attaque vive, de la prise d'assaut, en premier, du fort d'Issy. La possession de ce fort eût permis, selon lui, d'écraser les défenseurs du sud-ouest, de faire taire leurs batteries, de rendre leurs positions intenables; elle devait enfin favoriser la pénétration prompte dans Paris par Montrouge, Vanves et Vaugirard. M. Thiers avait un plan tout autre. II voulait cheminer lentement vers l'enceinte fortifiée, bombarder progressivement tous les ouvrages avancés, le saillant du Point-du-Jour, la Porte Maillot, occuper successivement Asnières, Gourbevoie, Levalloi-s-Perret, Clichy, Neuilly et le bois de Boulogne ; en somme prolonger le combat .sur toute la ligne d'investissement à l'ouest, avant de livrer l'assaut final, si la trahison ne lui ouvrait auparavant les portes de la ville.

Cette tactique exaspérerait la résistance, donc épouvanterait la bourgeoisie, indignerait la province. Elle rendrait en même temps la victoire sur les révolutionnaires plus complète, plus profitable. Plus la prise de Paris serait difficile, plus elle apparaîtrait sanglante et retardée, et plus l'e.xtermination des républicains, qui en serait la conséquence, paraîtrait nécessaire, et môme légitime. M. Thiers triompherait dans son rôle de vainqueur comme il l'avait souhaité, et la victoire .serait reconnue comme étant son œuvre. Vinoy ne lui semblait pas l'homme de son plan, le fameux plan du 17 mars, jusque-là habilement suivi et

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merveilleusement réussi. Hn voulant vaincre tout de suite, ce souilartl compromettait les fruits attendus de la lente compression de l'iasurrection. Donc il convenait de débarquer Vinoy.

Et puis, Vinoy lui tenait tête dans les conseils militaires et ne paraissait pas disposé toujours à s'incliner devant sa science stratêg'icjue. M. Thiors voulait avoir sous la main un »énéral en chef passif et soumis, qui exécuterait ses dispositions, sans les contredire, sans môme les discuter. Il se passait déjà du concours du minisire de la çuerre. C'était avec le chef d'état-major, son ami et docile serviteur le général Valazé, qu'il examinait et décidait les opérations que le ministre Le Flô, comparse muet, n'avait qu'à approuver. Parfois le terrible dictateur consentait à soumettre ses combinaisons tactiques aux divers généraux, mais c'était plutôt à sa table que dans des conseils de guerre, que les généraux Ladmirault, Cissey, Douai, Borel, et l'amiral Pothuau étaient tenus au courant. Le conseil, quand il était réuni, n'avait pour tâche que de couvrir de son autorité professionnelle les idées, les mouvements, les attaques, les préparations et les mesures, générales ou partielles, arrêtées dans la cervelle obstinée du petit homme, grandi par l'infatuation, enivré par les capiteuses fumées des batailles, au milieu desquelles il se voyait avancer cl vaincre, général des généraux. Du fond de son cabinet, plongé dans son fauteuil, la carte sous les yeu.x et distribuant ses ordres aux hommes de guerre respectueux, M. Thiers savourait l'ivresse de la bataille, irrité seulement contre ce Vinoy, ([ui, par ses objections, ses combinaisons personnelles, et son intention de tout précipiter, venait le troubler dans ses rêves de conquérant et lui gâter son plaisir.

Pour se débarrasser de ce contradicteur tenace et de cet

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importun critique, M. Thiers se souvint à propos que ce même Vinoy passait pour bonapartiste , qu'il était un général du Deux-Décembre, et qu'il avait siçaé la capitulation de Paris. Sa disgrâce fut décidée. Mais par qui le remplacer ? M. Thiers songea un moment à Ducrot. Ce (juerrier était écrasé sous le poids de sa jactance passée. Il ne s'était pas relevé de sa chute à Champig'ny. Pourquoi était-il revenu, malgré son fier serment, bien portant et vaincu ? L'opinion lui eût pardonné d'être rentré battu, s'il n'avait promis, à défaut de la victoire, de trouver la mort. Et puis, il passait pour très autoritaire, très cassant, il voudrait sans doute, lui aussi, se mêler des opérations militaires et oserait contrecarrer le Napoléon en redinijote noisette. Ducrot serait un autre Vinov, plus gênant peutêtre. II fallait chercher ailleurs.

Mac-Mahon, après six mois de captivité douce à Wicsbaden, ancienne station thermale renommée, éXaii rentré à Paris, dans son hôtel de la rue de Bellechasse. Il passa la journée du 17 mars, chez lui, les pieds dans ses pantoufles, ne se doutant nullement des événements qui se préparaient, se demandant seulement ce qu'il devait faire. Le 18 mars, entendant battre le rappel, il ne boug'ea point. Il envoya discrètement un mot au çénéral LeFlô, ministre de la guerre, pour l'informer qu'il était à Paris, et qu'il se mettait à la disposition du gouvernement. Puis, ne soupçonnant pas la gravité des événements qui se succédaient, estimant qu'il n'avait pour le moment aucun rôle à jouer, il se disposa à se mettre au lit. La duchesse de Magenta était déjà couchée, quand un message surprit le maréchal en toilette de nuit. C'était la réponse du ministre de la guerre. Le général Le Flô l'engageait à venir sans retard à Versailles le retrouver. Il lui annonçait que le gouvernement avait quitté Paris, et il lui faisait part de l'e.xécution des généraux

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ClL-ment Thomas et Lecomlc. Ce dernier renseignement décida le maréchal à ne pas attendre au lendemain ])our gag'ner Versailles : « Ma place est là où est le gouvernement, dit-il, ajoutant sans doute, à part soi : et loin de la rue des Rosiers ! » Il alla réveiller la duchesse. Toute la maisonnée se vêtit en hâte. Avec une petite valise, dans laquelle on avait entassé les objets indispensables, le maréchal, sa femme et un domcsliiiue.se dirigèrent vers la çare Montparnasse. Le maréchal était en habits civils. La maréchale emportait cependant l'épéede son mari dans un étui à parapluies. On arriva à une heure du matin au chemin de fer. Il n'y avait plus de trains en partance. La gare était emplie de gardes nationaux, sommeillant dans les salles d'attente, sur les quais. Leur surveillance n'était pas bien vigilante, car le maréchal et ceux qui l'accompagnaient, après avoir attendu dans le cabinet du chef de gare, jusqu'à cinq heures du matin, le premier train, purent monter en wagon sans avoir été inquiétés, ou même remarqués. Arrivés à Versailles, ils trouvèrent des chambres et un petit restaurant, au coin de l'avenue de Sceaux. Là le maréchal attendit l'heure où il lui serait possible de se présenter chez le ministre de la guerre. Pour passer le temps, ou pour rendre grâces à Dieu de son salut, le pieux guerrier alla entendre la première messe à l'église Saint-Louis.

Après une brève visite au ministre de la guerre, qui avait été son camarade en Afrique, le maréchal alla s'installer, avec sa famille, à Saint-Germain-en-Lavc. au pavillon Henri IV. Là, il fit venir ses malles de Paris, et se tint à la disposition du gouvernement. Il eut la précaution de se faire envoyer son uniforme. Le général le Flô avait informé de la venue du maréchal M. Thiers, et celui-ci en avait pris bonne note. Quand il fut résolu à se débarrasser de Vinoy, la candidature de Ducrot étant écartée, il écrivit à Mac-

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Mahon, qui vint aussitôt. M. Thiers lui offrit le commandement. Le maréchal refusa d'abord, protestant qu'il ne voulait pas froisser le jfénéral Vinoy. M. Thiers insista. Il s'agissait seulement de trouver une compensation pour Vinoy. Alors fut imag'inée la création d'une division de réserve, indépendante du commandement en chef, ce qui ôtait àVinoy le désappointement d'être placé en sous-ordre. Leschoses|ainsi aplanies, le maréchal Mac-Mahon fut nomme commandant en chef de l'armée de Versailles et présenté en cette qualité aux troupes, qui lui firent bon accueil. Comme sa l)lessure au derrière le gênait un peu pour monter à cheval, on fit venir à son intention un poney excessivement dou.x, sur lequel il s'installa sans trop de gêne, et ilpas.sa ainsi ses troupes en revue, dans l'allée de Trianon.

Le choixde .'\I. Thiers avait été guidé par deuxmotifs: (l'abord le caractère du maréchal : il savait qu'avec lui il n'aurait pas h craindre'; d'être g-êné ou primé dans ses combinaisons stratégiques. 11 connaissait, au point de vue militaire, le défaut d'initiative, la crainte des responsabilités de son prudent général, qui avait profité d'une blessure fort insignifiante pour passer à un autre le commandement, lorsque tout lui parut perdu à Sedan. M. Thiers était heureux d'avoir sous lui, tenant de lui le commandement, un chef longtemps renommé, qui avait servi l'empire sans être impérialiste, et qui était considéré par tous les partis de réaction comme le représentant le plus autorisé des forces, non pas dynastiques, mais eon.servatrices. Evidemment cette nomination serait agréable à l'Assemblée nationale. Le maréchal lui parut donc d'un heureux choix, pour sa tranquillité, pour le maintien de .son autorité, et aussi le meilleur garant qu'il pût avoir auprès de l'impatiente et ingouvernable droite.

INL Tiiiers ne voyait pas alors plus loin, malgré toute sa

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iinesse. C'est que Mac-Malion, élève des Jésuites, était encore plus dissimulé que lui, et personne ne pouvait deviner à cette époque ses calculs secrets, ses arrière-pensées, ses amliitions sournoises. On se méprenait sur son complt-- Tout le monde, et la presse aida à propajçer la létrende, considérait le maréchal comme un sot : on le donnait pour un soudard brutal et ig;norant, incapable de conduire une intrigue politique. Ou assurait mî'me qu'il buvait. On le savait très réactionnaire, ennemi intransic^eant de la démocratie, mais on ne supposait pas qu'il pilt jouer, dans un parti, dans une conspiration, un autre rôle que celui de personnage décoratif. Quelques esprits plus clairvoyants parurent seuls, mais beaucoup plus lard, avoir soup<;onné que ce massacreur des parisiens n'était pas tout à fait un gendarme alourdi, désinlércb.sé de la politique, ni si i|:;norant des cho.ses parlementaires qu'on l'avait supposé. Beaucoup cependant persistèrent long-temps à le croire indifférent au.x passions et aux intrigues des partis, et continuèrent à le dédaigner pour son incompétence politique. .\ux séances de l'Assemblée de 1872-73, pourtant, son assiduité inexplicable aurait diî mettre en éveil. Dépulés,journalistes, diplomates, ne se sont pas méfiés, quand ils virent ce soldat qualiBu d'obtus, tel qu'un sous-olï parvenu, négliger toute affaire pour venir, chaque jour, [lonctuellement au théâtre parlementaire, s'enfermer dans une loge étroite du second itagc, d'où il suivait, debout, siTré dans sa redingote, avec une attentive froideur, lus débats, même ceu.x d'un médiocre intérêt d'atfaires pour tous, et qui auraient dil être pour lui mortellement ennuyeux ou môme incompréhensibles. Jamais député ne fut plus assidu. M. Thiers, qui fut longtemps sa dupe, a pris par la main ce guerrier, pour lui inoffeasif, et dont la |>rétcndue nullité le rassurait, et il l'a conduit jusqu'à co fauteuil, auquel il tenait tant, qu'il ne

comptait bien quitter qu'avec la vie. Le dissimulé candidat s'assit sournoisement à la place de son introducteur berné) le 24 mai 1878.

Mac-Mahon fut un conspirateur aussi ambitieux, aussi tenace, aussi fourbe que Louis-Napoléon, et, s'il ne s'était pas appelé d'un nom irlandais, si, comme le prince président de la République, il avait eu pour oncle le vainqueur de Brumaire et d'Austerlitz, il l'eiil imité jusqu'au bout. Mais Mac-Mahon l"" n'était pas possible. Sans l'énerg-ie des chefs républicains, Gambetta eu tôle, sans peut-être la rébellion opportune d'un officier, le major Labordère, etaussi sans l'obstination d'Henrj V et de ses légitimistes, heureusement absurdes, à vouloir arborer leur impossible drapeau blanc, on aurait probablement subi au Seize-Mai, ne pouvant recommencer le Deux-Décembre, une restauration quelconque, ainsi que celle qu'un Monk put entreprendre. Mac-Mahon, après son coup d'Etat parlementaire, était pourtant entouré d'hommes de main comme Fûurtou et Rochebouët, bonapartistes énergiques. La République a été sauvée et fondée malgré ce dangereux conspirateur et ses peu scrupuleux collaborateurs. Il s'est aperçu trop tard, quand il lui fallut non seulement se soumettre, mais se démettre, qu'il n'avait pas assez massacré de républicains durant les journées de mai 71.

Thiers fut son jouet et sa victime, car l'ambitieux petit homme ne survécut guère à la perte du pouvoir. Il eut le temps de voir son maître, son vainqueur, sur le point de réussir, et de se maintenir. Ce fut là son seul châtiment. On oublie trop souvent que Mac-Mahon doit partager avec lui la réprobation populaire et la flétrissure de l'Histoire.

Le maréchal ne fut pas un simple instrument docile dans la main de Thiers, et s'il reçut l'ordre de massacrer le plus de parisiens qu'il pourrait, il l'exécuta avec tant de

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zèle et d'ardeur qu'on aurait dil se douter qu'il besog-nail pour son compte. Lui aussi avait à cœur de purger Paris de ses révolutionnaires. Il voulait ramener le Roi, à son rléfaut l'Rmpereur, pevil-<^lre même s'étahlir lui-même sous le litre de Lieutenant çrénéral, de Protecteur du penre d'un stathouder, dans unecapilale assas^ic et, par la saig-née copieuse, désormais à l'aliri des fièvres rebelles. Il fit montre, dans l'œuvre d'extermination qu'on lui avait confiée, d'une exagération qui drpassa les prévisions sanguinaires de M. Thiers, qui dut même surprendre le vainqueur de la Commune. M. Thiers ne s'attendait pas à être si bien compris, si admirablement servi.

L'ARMÉE DE VEnSA/LLES ET L'ALLEMAGNE

La nomination du maréchal Mac-Mahon eut lieu au moment où les naïfs entrepreneurs de conciliation envoyaient à M. Thiers des dépulations animées des meilleures intentions, enflammées des plus chimériques désirs. On trou, vera plus loin l'exposé de ces démarches, sincères peut-êtremais vaines assurément. En écoutant distraitement les ambassadeurs de la paix, M. Thiers ne songeait qu'à ses préparatifs de guerre. Il repassait dans sa tête, avec satisfaction, les totaux des contingents dont il disposerait désormais. Il ne se préoccupait que de l'emploi qu'il devait faire de ses effectifs renforcés.

Il faut d'abord constater un fait important : si M. Thiers a résisté énergiqucment à toutes les démarches, à toutes les tentatives qui furent faites, non seulement par des groupes, par des comités et des personnalités notoires de Paris, mais aussi par d'importantes délétrations de corps élus de la proviiue, c'est qu'il pouvait mettre en ligne une armée très forte, avec laquelle il devait ini'vitablement prendre

Paris et châtier les parisiens : tout son plan, tout son rôve.

S'il avait pu constituer celte armée nombreuse, accrue par des renforts successifs « l'une des plus belles armées que laFraiii-.e ait possédées », comme il l'a déclaré cyniquement à la tribune, oubliant Sedan et le traité désastreux qui allait être signé à Francfort, et dont on arrêtait les clauses pendant qu'il parlait, cette belle armée il la devaità l'Allemagne. Sans les complaisances, sans la complicicité des prussiens, M. Thiers n'eût pas pris Paris, n'eût même pas essayé de le prendre. Réduit aux forces insuffisantes qu'il possédait au lendemain du Dix-Huit mars, il eût accepté avec joie une transaction quelconque, qui le laissait à la tête delà République, avec la g-loire légitime d'avoir arrêté l'etTusiondu san"^ et pacifié le pays.

C'est donc l'Allemag'nc qui a fourni à M. Thiers la force suffisante pour écraser la Commune. EHd'a fait bénévolement. Elle n'y était pas obligée par traité. Bien au contraire, elle avait limité l'effectif qu'elIeautorisaitàSo.ooo hommes. Elle permit de l'augmenter de loo.ooo hommes. Ceux qui, en dehors de toute question d'humanité, déplorent la défaite de l'insurrection de 1871, qu'ils considèrent comme celle du prolétariat, mais ne craignent pas, en invoquant de dangereux et naïfs .sentiments de fraternité et d'internationalisme, de souhaiter l'oubli de la guerre de 71, et qui rêvent d'un rapprochement avec les allemands, devraient se souvenir que Thiers et Mac-Mahon n'ont pas .seuls noyé dans le sang la République communaliste et la révolution sociale. Ils n'eussent pas réussi s'ils n'avaient eu derrière eux, leur donnant la force qui leur manquait, le Kaiser et Bismarck. La Commune a été vaincue pardes troupes françaises, sans doute, mais sous le protectorat de l'Allemagne. Il s'&st trouvé, non seulement des libellistcs s; ns scrupules comme .sans talent, pour prétendre que l'Allemag'ne avait

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favorisé la Commune, mais aussi des écrivains réputés sérieux, if^noraiits cepeiidanl ou prévenus, qui ont paru admettre une certaine liienveillance des prussiens à l'égard des insura^és parisiens. Ouelques-uns, ne pouvant nieria résislancc opposée par les avant-postes allemamls au passag'e des fédérés vaincus. Fuyant dans les derniers jours, ni la remise auxautorités versailLiisesdecerlains fujj-ilifs, comme Henri Rochefort, ont cru être exacts en limitant cette attitude bienveillante des prussiens aux dernières semaines de l'insurrection. .Mais dès la fin de mars, et dans la première quinzaine d'avril, r.Vllematrne autorisa et facilita les renforts que quémandaient .MM. Thiers et Jules Favre. On ne saura probablement jamais au prix de quelles bassesses, de i|uolIes com[)laisances, de quelles renonciations antipatriotiques, au moment où s'élaborait le traité de paix et la délimitation de nos frontières, ces deux hommes d'état purent acquérir la sjmpalhie et les faveurs de l'ennemi.

iM. Thiers, a dit Léonce Dupont, se hâta de passer sous les fourches caudines de M. de Hisniarck. Il obtient en cinq jours i Fran-fort la pai.x qu'il a marchandée un mois à Bruxelles : il l'ohlient en accédant à toutes les conditions que nos roinislres plénipotentiaires ont eu mandat de refuser. GrAce à cette soudaine soumission aux exii;enccs du vainqueur, l'.MIemasrne nous rend les prisonniers de guerre, sans lesquels peut-être le maréchal .Mac-.Mahon eût tardé longtemps encore à pénétrer dans Paris.

(Lifonci- Dci>o.'<T. — SoaL'enirs df Vertaillft pendant la Commun*. p. iiJ.)

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