FAIBLESSE DE VERSAILLES A VANT LE 3 A VRIL
M. Thiers, dans sa déposition à l'Enquête parlementaire, a ofHiiellemcnt reconnu ce qu'il devait à l'Allemapne, et dans quelles proportions elle l'avait aidée.
Z'jCl UISTOIRI DE LA COMUlNi:
Au momcnl dont je viens de parler, n-t-il dit, faisant alluf.ion à la première semaine qui suivit sa fuite à \ ersailles, nou^ ne comptions (|iie2^.CiK) hommes. Je fis occuperle Mont-Valoricu... Quant aux autres forts, nous nous serions alVaiblis.si nous avions voulu les garder, car il nous aurait fallu au moins 8.000 hommes pour les occuper. Nous aurions perdu là une partie noiatile de nos forces. Je ne gardai donc que le Monl-\'alérien, et je ramenai tout le reste; j'eus ainsi 22.000 hommes hien liés et bien commandés. Nous passâmes quinze jours à Versailles sans rien faire. Ce sont les plus mauvais jours de nia vie. 11 v avait celte opinion répandue dar.s Paris : ^>rsaillescst fini ; dès que nous nous présenterons, les soldats lèveront la crosse en l'air. J'étais bien certain (|uc non, clcepcndant si nous avions été attaqués |)ar 70. ou jSO.OOO hommes, je n'aurais pas voulu répondre de la solidité de l'armée, ébranlée surtout par le sentiment d'une trop grande infériorité numérique.. .
(Déposition de M. Thiers. — Enquête Parlementaire, t. II, p. i4.)
Avant de suivre dans l'intéressante déclaration de M. Thiers l'e.xposé de la fbrinalion et deraugmentatioii progressive de l'armée destinée à triompher de la Commune, insistons sur les points suivants, déjà indiqués dans les deux précédents volumes de celle Histoire :
i" — Le g-ouvernement et l'Assemblée n'avaient, pour les défendre, dans la semaine qui suivit leur fuite, que des troupes peu solides et surtout insuffisantes. S'il y avait eu alors contact et combat, l'armée tle Paris se trouvait dans la proportion de 20 contre un : aoo.ooo parisiens ardents contre 20.000 soldats en déroute.
2° — Si, dès le 20 mars, Versailles eût été attaqué par celte force supérieure, M. Thiers reconnaît, et l'aveu dut lui coûter, « qu'il n'eût pas répondu de la solidité de l'armée t>, c'est-à-dire que la débandade du 1 8 mars sur la Butte Montmartre se continuait sur la butte de Picardie et sur les avenues de Versailles.
3° — La faute impardonabledu Comité Central de n';i voir
Lc gouvcunkmikt nt l'bAtbl-db- ville 357
pas continué, achevé la déroule du i8 mars, en se portant dès le lendemain, ou au plus tard le surlendemain, surVersailles, a permis à l'armée d'être reconstituée, augmentée. Grâce à cette inaction do Paris, au répit accordé à Versailles, çrâce aussi à la bonne volonté ile l'Allemagne, l'armée a pu acquérir une sujiériorité numérique et une confiance qui lui faisaient défaut. .Vinsi les deux semaines perdues en nég'ociations avec les maires et en diversions électorales ont permis la formation de l'arméede i3o.ooo hommes.
4" — ï^a victoire do la Commune, ou du moins de l'idée communalisle représenté par le Comité Central, était diftiiile après les journées d'avril ; elle devint impossible quand l'armée fut renforcée et dès que les combats eurent lieu sous les murs mêmesde Paris. Klle était, au contraire, dans la première semaine do l'insurrection, facile et certaine,quand .M. Thiers ne disposait que de 23.000 hommes peu silrs, sauf la division Faron, et quelques çendarmes.
5" — La défaite de la Commune, mala^ré toutes les fautes commises et toutes les causes accessoires et contingentes, malgré des incapacités et des divisions intestines, mal" gré des incapacités évidentes dans le commandement, dans l'administration, malgré même l'abstention de la province et l'isolement du Paris, est donc due à l'infériorité numérique consiilérable des fédérés. Par conséquent, la déroute successive et l'écrasement Knal eurent pour cause directe et absolue l'inertie des chefs parisiens ayant laissé passer l'heure favorable île l'attaque et permis le rassemblement d une armée. M. Thiers ne pouvait opérer s'il avait été attaqué plus tôt. L'Allemag-ne n'eilt même pas songé à faciliter ces renforts, ii'eAt pas eu le temps de les expédier, et, dès le 30 mars, Versailles eût été cerné et l'Assemblée dispersée.
Ainsi le Comité Central par son inaction, .M. Thiers par
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son activité, l'Allemagne par son intervention complaisante, voilà, avant toutes choses, les principaux et décisifs facteurs de la défaite de la Commune.
Complétant son explication sur les renforts qu'il obtint successivement, M. Thiers dit à la Commission d'Enquête qu'après avoir donné le total de son effectif disponible au lendemain de son arrivée à Versailles, il fit venir des troupes de toutes parts, si bien qu'en pou de jours il fut non pas rassuré sur la possibilité d'emporter Paris, mais sur le dans;'er d'être assailli à Versailles par une masse de « forcenés ».
L'opinion générale, ajouta-t-il, était qu'il ne fiillait pas perdre de temps : mais on comprenait aussi qu'il y aurait danger à faire une tentative prématurée, car si un malheur était arrivé sous les murs de Paris, il était impossible de compter sur rien.
L'Assemblée crut qu'il fallait demander des volontaires, tout le monde était de cet avis. Je reconnus bientôt que le pays était tellement abattu par les désastres de toute nature qui avaient fondu sur lui, qu'il ne fallait pas compter sur une mesure semblable. Les mobiles ne valaient pas çrand'chosc. Ils étaient découragés ; une fois la paix signée, ils étaient rentrés chez eux. 11 ne vint pas un seul bataillon de volonlaires, mais il restait les débiis de nos armées, je me hâtai de les réunir, de les réorganiser, et c'est avec ces débrislà que Je comi)osai l'armée qui est parvenue à arracher Paris à la révolte. Dès que je fus parvenu à réunir 50.000 hommes, je me dis que le moment était venu de donner une leçon au.x insurgés...
M. Thiers lit alors à la Commission le récit des combats des 2, 3 et 4 avril à Neuillr, à Courbevoie, dans les plaines de Rueil et de Nanterre, et du côté de Vanves, Meudon et Châtillon. Il déclara qu'il n'avait pas mis en ligne 5o.ooo hommes, mais seulement So.ooo. les autres étant restés à Versailles et vers les forts du sud. Il s'abstint cependant d'agir immédiatement sur Paris, après ces premiers suc-
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cè» dus surtout à l'ialëriorito iiuiuùrique des l'eilùré». On le pressait d'en iinir. Il n'-pooduit aux impatients: i< Je ne fer.ti une tcutiilivi: sur une place aussi forte que Paris que lorsque j'aurai tous leé moyens nécessaires pour réussir. » Et M. Thicrs roncluMit, pour essayer de convaincre et du calmer l'Assemblée réclamant l'assaut :
Ln pinre de Paris est tellement formidable qu'il ne serait pas raisonnnl)lc de l'iitlaquor avee 50.000 hommes. J'étais convaincu que c'était par la puissance dos feux ipie nous triomplierlons, et nous étions loin alors d'avoir une artillerie suffisante.
Continuant l'expo-sé do ses efforts pour parvenir à avoir en main la force qu'il estimait nécessaire pour prendre Paris, il dit eucore :
L'Assemblée a bien voulu me laisser faire. Je dis à la commission des Ouinre mes raisons d'attendre et de temporiser jusqu'à ce que le moment (Cil propice, et clic finit par m'approuver.
Aloi-s, il faut le rappeler, les prussiens étaient de très mauvai.se humeur. 11 n'est pa^ vrai, comme on l'a prétendu, que j'eusse beuucuup de difficultés avec le irouvcrncmcut prussien à pro|)os de la Commune, et (/u'il eilt pour elle la moindre prédilection. Il veut seulement quelques dépêches désagréables échangées  ce sujet avec M. de Hismarck...
M. de Bismarck offruil publiquement ses secours contre la Commune, secours qu'évidemnieiit nous ue pouvions point accepter. Il nous prcss;tit même d'en finir, et à cet é){ard joignait ses impatiences h celles d'un certain nombre de députés, (jui auraient voulu substituer leurs idées aux nùtres sans connaître la situation et ses difficultés.
Opeoilant, malgré ces démêlés, malgré le traité qui limitait i iO.OtiO hommes l'armée de Paris, M. de Uismarck consentit à une augmentation, qui fut d'abord do lÛ.ÛIX) lionmie», puis de 130.00<). Il nous en fournit même les moyens en nims renvoy.mt un nombre assez considérable de nos prisonniers, dont il avait suspendu le retour par suite des coaleslatioos survenues...
(D'posilioQ (le M. Thibbs. — Enquête Parlementaire, t. Il, p. i^.)
IlSTOlnS DE LA COMMUNE
Donc les Prussiens ont voulu aider M. Thiers à vaincre Paris. Leurs services directs, l'intervention militaire, ayant été déclinés, ils ont fait tout ce qu'on acceptait d'eux pour écraser Paris. Dans la guerre civile de 1871, Versailles eut donc pour alliée r.\llemag'ne.