DEUXIEME PARTIE
Avant de nous arrêter à la paroisse de Montérollier, il n'est pas inutile de parcourir quelque temps la vallée qui y prend sa naissance, et de connaître les villages environnants avec lesquels nous nous trouverons en rapport dans le cours de ce récit. La Varenne, comme la plupart de nos rivières normandes, revendique de curieux souvenirs; et, tout d'abord, il nous paraît non ïïloins instructif qu'intéressant de considérer
cette vallée au point de vue religieux , c'est-àdire du côté de la propagation de l'Évangile : nous remontons à l'invasion franque dans la contrée gallo-romaine. Toutes nos campagnes, au vi e et même assez avant dans le vn e siècle de notre ère, étaient loin d'avoir embrassé le christianisme; tant s'en fallait: d'anciennes idoles subsistaient encore; on se livrait sans doute à de ridicules superstitions, et la lumière de cet astre qui s'était levé sur le pays n'était pas encore descendue dans toutes ses profondeurs. S'il y eut trois principaux évangélistes pour la vallée de la Varenne, saint Ribert, saint Saens, saint Hellier, des eaux vénérées des pèlerins sur trois points de cette vallée rappellent, dit-on, suivant une opinion plausible , les baptistères de chacun d'eux. Les sources fréquentées aujourd'hui par la dévotion populaire l'auraient été jadis par les païens, et le christianisme, n'ayant pu réussir à détruire leur renom, aurait fini parles admettre et par planter une croix à la place d'une idole. En souscrivant à cette hypothèse, on pourrait même penser que, dans la vallée de Varenne, saint Ribert, saint Saens (1) et saint Hellier auraient précisément choisi, pour convertir les païens, les lieux où ceux-ci se rendaient habituellement et qu'ils auraient plongé les convertis dans ces
(1) Saint Saens.
Pays de Caux. — Saint Saens (Sidonius), (Sidoine), abbé , 689 environ , patron de Jablines. — U novembre , 18 kal. decemb.
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eaux qui se trouvaient à leurs pieds; une semblable opinion ne serait nullement dénuée de vraisemblance* Saint Ribert (1), moine et chorévêque, sorti du Ponthieu, hérita parmi nous du bâton de pèlerin apostolique de saint Valéry. Il évangélisa les trois vallées de la Scie, de la Béthune et de la Yarenne; dans cette dernière, il trouva son tombeau. On célébrait autrefois sa fête le 17 des kalendes d'octobre, aujourd'hui 15 septembre. Il nous a laissé, encore ouverts et livrés à la vénération des peuples, les saints baptistères où il lava, dans les eaux de la régénération, les paysans infidèles. La vie de ce saint Ribert est fort peu connue; l'emplacement du monastère où de pieuses filles veillaient à la garde de ses cendres ne l'est pas davantage ; il y a là du mystère; mais pour les personnes aussi bien que pour les lieux, le mystère ne messied pas. L'ignorance où l'on est de cet emplacement doit paraître surprenante, en présence de la célébrité qu'a dû avoir autrefois cette maison, après que tant de pèlerins s'y sont acheminés pour rendre hommage à la mémoire d'un des apôtres de la contrée (2). L'opinion qui la place à Montérollier n'est, à vrai dire, qu'une conjecture, mais qui cependant a toutes les apparences de la réalité. Le nom seul
(1) Saint Ribert.
Ponthieu. — Saint Ribert (Rilhbertus), chorévêque. — 15 septembre, 17 kal. oct.
(2) Revue de Rouen , 1850. Article de M. de Duranville.
de cet antique village, qu'on retrouve dès le xi e siècle , apporte avec lui une certaine probabilité; d'un autre côté, les maisons religieuses élevées à Saint-Saens, Toussaints, Mesnil-sous- Bellencombre, ne peuvent être confondues avec le monastère de Varenne, et il ne reste plus d'autre village auquel on puisse l'assigner, que celui de Montérollier. Il faut donc accorder à la paroisse de Montérollier, avec Duplessis, Guilmeth et autres historiens, cet antique monastère qui existait dès le vn e siècle, puisque, en 686, nous voyons saint Leufroy (1), fondateur d'un monastère dans le diocèse d'Évreux, se retirer quelque temps dans l'abbaye de Saint-Saens, après avoir abandonné celui de Varenne, dont le séjour ne lui convenait pas, se trouvant trop exposé à la fréquentation des femmes, dit la chronique.
Non-seulement la rivière de Varenne ou d'Arqués avait donné son nom, Guarenna % Warinna, Visrona, à cette vieille abbaye de dames, mais encore il l'avait communiqué à un puissant comté assis à Saint-Aubin-le-Cauf, d'où sortirent une foule de célèbres guerriers et d'hommes illustres.
Dès 734, nous voyons que le monastère de Varenne appartenait à la grande abbaye de Saint-
(1) Saint Leufroy.
Diocèse d'Évreux. — Saint Leufroy (Leulfridus), abbé , 738 environ. — 21 juin, 11 kal. jul.
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Wandrille, sous l'abbé Teutsuid, mort en 738.
Au ix e siècle , il figure parmi les dépendances de la cathédrale de Rouen.
Il fut complètement ruiné par les Normands à l'invasion de Rollon et ne se releva pas de la destruction dont il avait été victime.
Il n'est pas douteux que les bonnes religieuses de Varenne, ainsi qu'on faisait dans tous nos monastères normands, ne cultivassent la vigne et ne fissent usage de sa liqueur. La culture de ce précieux arbuste était, en effet, fort répandue dans notre province dès les premiers siècles du moyen âge. € Ainsi, dès l'origine des temps historiques, dit M. l'abbé Cochet, nous voyons apparaître la vigne enfonçant ses racines dans le sol galloromain; et, dfe<fAt[s loin que nous l'apercevons, elle couvre déjà de ses rameaux flexibles la cellule de nos solitaires, ou tapisse de ses branches souples la grotte de nos ermites. On peut l'appeler à juste titre la fille des saints; car les trois premiers vignerons connus dans nos contrées furent saint Ansbert, de Rouen; saint Philbert, de Jumiéges; et saint Wandrille, de Fontenelle. Lorsque ces fondateurs d'ordre voulurent rassembler autour d'eux les débris de la société firanque, lorsqu'ils tentèrent de réunir ces flots de barbares qui erraient comme des brigands, au milieu de nos forêts poussées sur des ruines, ce fut à l'agriculture qu'ils demandèrent les premiers éléments de civilisation. Saint Leufroy, saint Ouen, saint Saens, saint Ansbert, saint Wan-
drille, saint Valéry, et tous ces puissants thaumaturges qui changèrent la face dès Gaules, étaient des hommes qui partageaient leur temps entre la prière et le travail des mains. Saint Wandrille et saint Ansbert plantèrent la vigne de leurs propres mains et la cultivèrent dans le vallon de Fontenelle, à cinq cents pas de leur monastère. Un chroniqueur contemporain nous montre la chapelle de Saint-Saturnin tout ornée de pampres et de rameaux fertiles. On le voit, les patriarches avaient planté l'Orient; les moines plantèrent l'Occident. »
Les premiers chroniqueurs de Jumiéges se plaisent à nous peindre la terre gémétique toute couverte de grappes empourprées. Dans la distribution de la maison, ils n er^feient pas les caves souterraines où Ton resserre et pressure les vins. Le vin de Jumiéges et celui de Conihout, qui est voisin , conservèrent longtemps leur réputation. Il en est fait mention dans un état des revenus et des dépenses de Philippe-Auguste. En 1410, une queue de vin de Conihout se payait encore 70 sous par les châtelains de Tancarville. Ainsi donc, au xv e siècle, le vin indigène n'était pas dédaigné par les caves féodales. • Les vignobles de Rouen sont mentionnés dès le temps de Charles le Chauve, dans cette charte carlovingienne dont l'abbaye était si fière. Le petit-fils de Charlemagne confirma au monastère, dans la ville et aux alentours, des maisons d'où relevaient des champs cultivés, des prés,
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des moulins, des pêcheries et des vignobles.
Pommeraye assure qu'en 1254 ces vignes formaient encore une des principales richesses de la royale abbaye. Les vignobles de la côte Sainte- Catherine sont mentionnés jusque sur d'anciens plans de la ville.
Vers 1020, Adèle donna aux moines de Saint- Ouen la vigne de Saint-Vivien, que nous supposons avoir été dans le faubourg de Rouen. Il n'y a là rien qui doive surprendre. Nous voyons, en effet, le duc Robert le Magnifique abandonner aux moines de Cerisy trente arpents de ses vignes de Rouen; Gosselin, donner à Saint- Amand une vigne près Rouen, appelée Poceron; et Ansfroi, fils d'Osbern, vicomte d'Eu, promettre aux moines de Sainte-Catherine une vigne dans le faubourg de Rouen, pour en jouir après sa mort.
En 1266, à Déville, il est question de rentes de vin. Le duc Richard II donna aux religieux de Saint-Ouen, à Sahurs, une manse avec un pré et une vigne «au-dessus de son vivier. Au siècle suivant, Galeran, comte de Meulan, assura aux lépreux de Saint-Gilles de Pont-Audemer la dîme de sa vigne de Sahurs et de son clos de la Croix, dîme qui leur fut quelque temps plus tard confirmée, avec les autres biens de la Maladrerie, par le roi Henri II.
Le prieuré du Mont-aux-Malades possédait aussi des vignobles autour de Rouen, et ses archives des derniers siècles disent qu'on en voyait encore des traces sur les flancs du Mont-Fortin.
Le duc Robert, au temps de l'archevêque Hugues, donna à l'abbaye de Cerisy trente arpents de terre situés à Rouen et plantés de vignes. Enfin, c'était chose si commune dans ce pays aux temps anciens, que Gautier de Coutances établit des dîmes ecclésiastiques sur le via comme sur le lin, le chanvre, la laine, le foin, les pommes et autres productions indigènes.
En retour, l'Église accordait à ce produit du sol ses puissantes bénédictions , et , dans notre cathédrale, à partir du 14 septembre, on faisait la bénédiction du vin nouveau. Nos anciens rituels contiennent en outre des prières et des exorcismes que l'on pratiquait, dans le diocèse, sur les arbres, les moissons et les vignobles. Cette formule se retrouve jusque dans l'édition de 1771 , donnée par le cardinal de la Rochefoucauld.
On le voit, les bords de la Seine étaient riches en vignobles; et si nous remontons un moment le fleuve, nous verrons les vins d'Oissel et de Freaeuse mentionnés dans les anciens tarifs des droits d'entrée de la ville de Rouen. Noël de la Morinière, qui a bu du vin d'Oissel, en 1751, assure qu'il était encore potable. Mais celui de Freneuse était regardé comme le meilleur; il est question de ce vin dans un ancien cahier de remontrances faites, vers la fin du dernier siècle, «ur la liberté des foires de Rouen.
Mais descendons plutôt le fleuve; car c'est ici que les vestiges de l'ancienne culture deviennent
plus rares et que les preuves en sont plus contestables.
Vatteville, cette vieille métairie mérovingienne, ce rendez-vous de chasse de nos rois francs, a conservé, dans sa forêt de Brotonne, le souvenir de ses anciens vignobles, et, en 1183, nous voyons Henri II confirmer à l'abbaye de Jumiéges un arpent de vignes que lui avait donné Robert de Vatteville. A Saint-Jean-de-Folleville, M. Emmanuel Gaillard a connu la terre de la Vigne, et nous savons que dans le plan cadastral du vassal figure toujours le clos de la Vigne dans le parc de l'ancien monastère. La tradition et d'anciens titres parlent de ce vignoble , depuis longtemps disparu.
Mais arrivons jusqu'à Oudalles, au pied de ce fameux camp de Sandouville, qui pourrait bien être le Castra Constantia de Constance Chlore. Dans plusieurs chartes et papiers du xv e siècle, il est fait mention de la ville d'Oudalles , sur laquelle les moines de F écamp tirèrent des dîmes et des revenus. La place en est encore visible sur les cartes géographiques. J'ai lu quelque part que la donation leur en avait été faite par Guillaume le Conquérant.
Toujours est-il que la tradition appelait ce vin le Suresne de la Normandie.
« Les rivages de la mer, quoique exposés à un froid plus vif, n'étaient point dépourvus de ce genre de plantation. Il dut y avoir des vignes sur le territoire de l'ancienne exemption de Montivil-
liers. Cette opinion repose sur les traditions et sur une bulle du pape Alexandre, donnée à Anagnie, la sixième année de son pontificat, par laquelle il confirme à l'abbaye de Montivilliers et prend sous sa protection toutes ses possessions, telles que bois, terres, vignobles, moulins et autres biens. .
« Je regarde également comme une preuve de ce fait les sculptures du xvi e ou xvu e siècle qui couvrent les grandes portes de bois de l'église abbatiale. On y voit des claies et des échalas soutenant des vignes ; ce qui paraît une réminiscence de l'ancienne industrie du pays.
« Je connais au fond du Petit- Val, à Étretat, le coteau de la Vieille-Vigne ou de la Vévigne, comme le peuple l'appelle, et j'ai toujours entendu dire qu'à Mont-Rôty, commune des Loges, on faisait autrefois du vin que l'on appelait en riant le vin de la Côte-Rôtie. »
Dans les délibérations capitulaires de l'abbaye de Fécamp, nous trouvons mentionnées, en 1700, les dîmes de la côte de la Vigne ,. sur la paroisse de Saint- Valéry de Fécamp; et, en 1706, celle de la côte de la Vigne, sur la paroisse de Saint- Nicolas, de la même ville. La tradition a conservé le nom de côte des Vignes à un coteau du Valaux-Clercs, près le bois de Boclon, sur la paroisse Saint-Léonard.
« Mais c'est aux environs de Dieppe que les vignes étaient abondantes. Je tiens d'un propriétaire du Petit- Arques , qu'il y avait un vignoble
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au lieu appelé la terre de la Vigne , et M. le chevalier de la Lance assure en avoir encore connu dans le château de Miromesnil, cette belle propriété du garde des sceaux de Louis XVI. Chose certaine, c'est qu'à la bataille d'Arqués, livrée à la Maladrerie de Saint-Étienne, le 21 septembre de l'année 1589, la cavalerie ne put manœuvrer que difficilement, arrêtée qu'elle était parles vignobles, alors en pleine vigueur. C'est le duc d'Angouléme, témoin oculaire du combat, qui a consigné ce fait dans ses Mémoires. »
Bouteilles, si célèbre par ses salines, produisait aussi du vin au xui e siècle; car, à cette époque, l'abbaye de Beaubec y possédait des vignes, dont la propriété lui fut confirmée par Jean sans Terre.
Une charte de Guillaume Malet parle des vignes du prieuré de Graville.
Un aveu de M me Anne d'Alençon, marquise de Montferrat, dame de Cany-Caniel, rendu le 1 er octobre 1542, indique, dans le dénombrement de cette dernière terre, les « afféraiges de vins venduz par les détenteurs d'icelle chastelenye, avec le gallon naige qui est pour chacun muid ou poinçon de vin ung gallon de vin. »
A son tour, le pays de Bray n'était pas dépourvu de vignobles : depuis Foucarmont jusqu'à Gournay, il semble qu'il n'y en avait qu'un long réseau. L'histoire raconte que la vigne était cultivée aux environs d'Aumale au temps d'Henri IV. La tradition nous parle de celle de Pierrecourt-
sous-Foucarmont. Il y en avait, en 1163, à Gravai, à Portmort, et, sans doute, dans la vallée de Test de Neufchâtel. Dans la fondation de l'abbaye de Sigy, en 1052, nous voyons Hugues de la Ferté donner au prieuré naissant quarante arpents de terre, à Calvaincourt, pour y planter des vignes.
Au xju e siècle, Eudes Rigaud, archevêque de Roue», faisant la visite de son diocèse, vit au prieuré de Saint- Aubin, près Gournay, le 9 septembre 1267, treize religieux, dont trois étaient pour l'heure aux vendanges.
On voit ici à quel moment se faisait la récolte. En 1842, année très-chaude, nous avons vu publier le ban des vendanges , à Orléans, le 19 septembre seulement, tandis que chez nous, il y a six cents ans, on le publiait dix jours plus tôt. Il s'ensuit qu'au xm e siècle, sur les bords de l'Epie et de la Rresle, le raisin mûrissait plus vite qu'il ne mûrit au xix e sur les bords de la Loire.
Il y a plus, il est probable môme qu'au mois de septembre la vendange était très-avancée parmi nous ; car nous trouvons dans le Rituel de Beleth, monument du xin e siècle , que , dans ce temps-là, on se servait de vin nouveau pour célébrer la messe de la Transfiguration et qu'on donnait avec lui la communion au peuple. Dans certaines années, lorsqu'on ne pouvait obtenir de vin fermenté, on se contentait de prendre les grappes de raisin, de les bénir et d'en exprimer le jus dans le calice pour la communion générale. Il
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s'ensuit, dès lors, qu'on obtenait en France, au 6 août, des fruits et du jus de la vigne; ce que l'on aurait quelquefois peine à obtenir aujourd'hui au 6 octobre.
En 1118, Guillaume à la Hache, comte de Flandre, ayant été blessé près d'Aumale, par Hugues Boterel, se retira dans cette ville, où le comte Etienne et Avoise, son épouse, le reçurent de leur mieux; mais s'étant livré à la bonne chère et ayant bu du vin nouveau à l'excès, il finit bientôt après sa vie avec ses desseins.
Nicolas Cordier, dans son Histoire manuscrite de Gournay, dit qu'autrefois il y avait des vignobles près de la ville et jusque dans ses fossés. Nous avons, dit l'historien de Gournay, un canton appelé le Champ et Clos de la Vigne; et nous avons vu des contrats portant fief de quelquesuns de ces héritages, avec condition de pressurer le vin dans le pressoir du propriétaire. Presque toujours la piété des princes faisait hommage aux abbayes des vignobles du pays. Au xi e siècle, nous voyons Roger de Mortemer donner à l'abbaye de Saint- Victor la terre de la Vigne : Terram de Vinea. En 1259, les moines de Sausseuse, près Vernon , se plaignent à Odon Rigaud de n'avoir pas d'argent pour faire travailler à leurs vignes.
Guillaume le Conquérant confirme, dans une charte, à l'abbaye de Montivilliers, cinq arpents de vignes à Longueville, qu'Ubasta, fille de Rimer, avait apportés avec elle, en se faisant religieuse dans ce monastère. Dans le Nécrologe du
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Wallasse, on lit ceci : « En 1165, mourut Valeran de Meulan, qui donna à l'abbaye du Vœu beaucoup de biens en forêts, en vignobles, en terres et en revenus. C'était une des plus glorieuses inscriptions que les moines pussent accorder à leurs bienfaiteurs (i). »
« Il est probable, dit le savant Léopold Delisle, qu'on cultivait des vignes, en 1195, aux environs de Saint-Saens. » Pour nous, nous n'en voulons pour preuve que le bois de la Vignette, situé sur le territoire de Saint-Martin«le-Blanc, à une faible distance du monastère de Saint-Saens.
Toutes ces raisons, tous ces faits sont de nature à donner lieu de croire que les nombreux coteaux de Montérollier, si bien exposés à la lumière et à la chaleur du soleil , chimiquement composés du calcaire le plus pur, et s'élevant en pente favorable à la culture de la vigne, furent jadis couverts de précieux et fertiles vignobles qui formèrent une des richesses agricoles des religieuses de Varenne, du vu e au ix e siècle; et, dans les siècles suivants, des Le Porc et des Pevrel, ou peut-être de l'abbaye de Saint- Wandrille.
En 1024, l'emplacement où s'était élevé ce monastère ou moutier de Varenne appartenait à un certain seigneur normand, appelé Olier. C'é-
(1) Voir Mémoire de M. l'abbé Cochet sur la culture de la vigne en Normandie. — Revue de Rouen.
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tait pour lors un simple hameau connu sous le nom de fief du moustier. Olier le dota d'une église paroissiale, et cette nouvelle paroisse prit naturellement le nom de Moustier-Olier, d'où est venu Montérollier. D'autres personnages possédaient dans cette paroisse, en même temps qu'Olier, plusieurs propriétés qui leur avaient sans doute été octroyées par les ducs de Normandie : c'étaient Osbern et Ansfroi, tous deux frères de Pavie ou Papie, qui devint femme de Richard IL Ces deux jeunes seigneurs embrassèrent ensemble l'état religieux dans l'abbaye de Saint- Wandrille. Ils donnèrent en même temps à ce monastère tout le bien qu'ils possédaient à Montérollier, du vivant même d'Olier, qui, en sa qualité de seigneur suzerain, approuva la donation (1). Elle consistait en un fief libre, qu'ils tenaient du duc, avec l'église , les terres et les bois.
Depuis cette époque, les anciennes chartes et les titres de l'abbaye de Saint- Wandrille ne parlent que de monaslerimn Olcare, monasterium Hooleri, monasîerium Odclerii, monstier Holer, monstier Aullier, etc. Comme on le voit, ce nom est visiblement formé des deux mots moutier, église ou monastère, et Olier, nom propre d'homme, qui
(1) Et alodum, quem de me tenebât Osbernus et Ansfre-
dus , fréter eius , in mon aster io Odilerii , cum ecclesia , terris, ac sylvis; et capella S. Desiderii, quando facti fuerunt monachi, quorum sororem^Papiam duxi in uxorem
(Signû Richardi principii fqui hanc cartam fieri jussit; signû Papiaefcomitissae, etc.)*— Neu stria pia, p. 166.
ne peut être autre que celui du seigneur du lieu.
L'église fondée par ce même seigneur existait encore en 1141 et 1329. Nous trouvons qu'en 1142, l'abbaye de Saint-Wandrille nommait à la cure ; mais, en 1289, le seigneur du lieu présentait un sujet à l'abbé, qui, lui-même, le présen* tait à son tour à l'archevêque de Rouen; et, au temps de Duplessis, la même chose se pratiquait encore, selon le pouillé de Rouen de 1738, conformément à un aveu de 1392. Suivant un aveu de l'année 1531, le fief de Montérollier a droit d'y présenter; mais on n'ajoute pas si c'est à l'abbé de Saint-Wandrille immédiatement qu'il doit présenter ou directement à l'archevêque de Rouen (1).
Dans le pouillé de 1704, le seigneur présente à la cure.
Nous trouvons dans le Journal des Visite* d'Eudes Rigaud , que le grand archevêque passa à Montérollier le 8 des kalendes d'août 1260.
Au xn e siècle, dans une charte de confirmation de l'archevêque Hugues, « il laissa à Montérollier, dans les bois et la plaine, avec la dîme, sept hôtes, et une quatrième chapelle, celle de Saint- Désiré (2). »
Le mot hôtes est ici trop curieux pour que
(1) Duplessis , Guilmeth et autres.
(2) Archives départementales. F. S. W. In monaslerio Oelier vu hospites ei quarlam in bosco et piano et ecclesiam cum decimis capellanis Desiderii, etc...
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nous n'en donnions pas une explication détaillée. Il désignait quelquefois, au moyen âge, une classe d'hommes qui ne jouissaient pas d'une liberté complète. Les hôtes étaient, dit M. Guérard dans les Prolégomènes du Cartulaire de Saint-Père de Chartres, des espèces de fermiers ou de locataires occupant une petite habitation, ordinairement entourée de quelques pièces de terpain. Ils n'avaient que l'usufruit du terrain de l'habitation, pour lequel ils devaient des rentes et des services; et le propriétaire, à moins de stipulation contraire ♦ avait le droit de les congédier à sa volonté. C'étaient, d'après Galland, les tenanciers d'un seigneur, qui demeuraient, couchaient, levaient dans sa censive, de sorte qu'un homme possédant des terres dans une seigneurie ne serait pas dit hôte , s'il logeait ailleurs. Mais cette définition ne parait pas exacte, puisque le Cartulaire de Saint-Père de Chartres présente plusieurs aliénations, dont les unes comprennent des hôtes dans la seigneurie ou plutôt des portions de terres seigneuriales sans les hôtes. Les hôtes étaient soumis à la taille, soit pour la rançon de leur seigneur, soit pour autre cas où il fallait le secourir. Ils étaient donnés, vendus ou aliénés de toute autre manière sur les fonds qu'ils occupaient* Ainsi, dans le Cartulaire de Saint-Père de Chartres , des hôtes sont cédés avec leurs salines; t*ois hôtes de Laincourt sont donnés avec l'arpent possédé par chacun des deux premiers, etc. Mais on se tromperait beaucoup, si
Ton s'imaginait que ces donations ou ventes comprenaient la personne même des hôtes et emportaient avec elles le droit de disposer d'eux arbitrairement, comme c'était le cas au sujet des esclaves dans l'antiquité. Ces actes ne comprenaient réellement que les tenures des hôtes avec les droits et les services dus par eux en raison de leurs tenures. Ainsi, dans le même Cartulaire, Etienne de Poix , tenant par moitié avec le roi, à Liancourt, un arpent occupé par quatre hôtes, qui payaient 3 sous 6 deniers de cens, ayant donné sa moitié, c'est-à-dire 21 deniers, aux moines de Saint-Père, est dit, dans un diplôme de Louis VI, avoir donné la moitié des quatre hôtes.
Les hôtes, en tant que hôtes, ne devaient jouir que d'un ténement assez restreint, une petite cabane, une cour et un jardin. Ainsi, chaque hôte de Gourcelles avait une masure de quatrevingts pieds carrés , avec un jardin et huit journaux de terre. Dans le fief de Pissy, chaque hôte des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem possédait une masure de la même contenance, une acre de terre pour faire un courtil, et une acre de terre labourable.
Les donations des hôtes ne sont pas, dans nos anciennes chartes, plus rares que celles des vavasseurs. Vers 1025, l'archevêque Robert confirme à la cathédrale de Rouen sept hôtes à Londinières et à Clais. Vers 1050, Robert, fils d'Onfroi, donne à Saint-Wandrille l'église de
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Foucarville avec neuf hôtes. Le duc Guillaume assigne à l'abbaye de Fécamp un hôte à Étretat pour prendre du poisson, un autre au Vaudreuil, et six pour la pêcherie de Pont-Audemer. La charte d'Adsor, pour la même abbaye, parle aussi de douze hôtes. Le duc Guillaume donne aux moines de Cerisy un hôte à Yalognes et un hôte à Quettehou. Le même prince concéda à ceux de Saint-Florent de Saumur douze hôtes à Flottemanville. La notice d'une donation faite au même monastère par le clerc Onfroi mentionne cinq acres de terre habitées par deux hôtes. Vers 1070, le chevalier Geroud donna aux religieuses de Saint- Amand quatre hôtes à Gonneville, et Guillaume le Conquérant, à Saint-Étienne de Caen, la terre d'un hôte sur le territoire de Léri. Au siècle suivant, nous voyons céder à l'abbaye de Saint-Victor-en-Caux, par Hugues de Mortemer, l'église de Saint-Riquier avec six hôtes; à celle de Montebourg, par Guillaume de Vernon, la chapelle de Saint-Magloire de Serc, avec l'enclos et les hôtes qui y demeurent; à celle de Saint- Amand, un hôte, par Pétronille, fille d'Osbert de Cailly, femme de Geoffroy du Bois. A la même époque, Henri II confirme aux religieux d'Aumale un courtil avec trois hôtes , ceux qui sont hors la porte, et un autre avec son courtil et 'sa masure.
A partir du xm e siècle , les mentions d'hôtes deviennent plus rares. Cependant, en 1207, l'abbaye de Noé acquit un hôte à la Bretonnière,
et celle de l'Estrée, en 1215, un antre à Bresolles. Dans une confirmation des biens de Saint- Georges, en 1297, par Robert de Tancarville, figure encore l'île Rabel avec les hôtes et le pêcheur; et en 1308, dans l'estimation du domaine d'Écouis , on n'oublia pas la basse justice de huit hôtes. Les textes précédents n'instruisent guère de la condition des hôtes. En voici quelquesuns qui sont plus satisfaisants sous ce rapport : Un acte de 1114 oppose les hôtes qui paient le cens aux bordiers qui sont soumis aux corvées. En 1145, Hugues, archevêque de Rouen, confirme aux moines de Saint-Ouen deux hôtes de Carville, dont l'un paie 2 sous 6 deniers, et l'autre doit 6 sous avec deux services de cheval par an. En janvier 1205 (N. S.), les moines de Saint-Taurin reçurent un hôte qui rendait annuellement 10 sous, deux oies , quatre chapons et quarante œufs. En 1211 , Jérôme de Vernai céda aux religieux de la Noë deux hôtes et les ténements qui leur avaient été donnés avec leurs femmes, et pour lesquels ils payaient 5 sous à Saint-Remi, deux chapons à Noël et trente œufs à Pâques. Les hôtes de l'hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem à Gourcelles et à Pissy étaient soumis à des redevances analogues ; ceux de Gourcelles payaient le terrage (1) et étaient exempts de corvées.
(1) Droit féodal qui consistait en blé et légumes que prélevait le seigneur de la terre.
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Ainsi, dans certains cas, l'état des hôtes se rapprochait un peu de celui des vavasseurs , avec lesquels cependant ils ne peuvent être confondus, puisqu'on tes oppose aux hommes libres.
Ce qui les en distinguait, c'était surtout la moindre étendue de leur ténement. Us avaient aussi à remplir des devoirs tout particuliers. Nous en avons indiqué qui péchaient pour leurs maîtres. Des barons et des dignitaires ecclésiastiques avaient dans les villes un ou plusieurs hôtes, pour les héberger et pour leur servir de correspondants ou de commissionnaires : ce qui prouve que le mot hôte ne réveillait point une idée de servitude.
Certains colons étaient dans la classe des hommes francs. D'autres colons sont considérés comme hôtes dans une charte du duc Richard pour l'abbaye de Fécamp, de l'année 1006.
Nous pensons que, dans les textes normands, le terme mentionalis est synonyme de hôte. Nous confondons aussi avec les hôtes les censives du Cartulaire de l'abbaye aux Dames.
c 11 se rencontre quelquefois les épithètes de plenus y plenarius et dùmdius, jointes au mot hospes : elles sont, continue M. Léopold Délisle, assez embarrassantes. Le duc Guillaume donna à l'abbaye de Fécamp un hôte plein. Henri II en confirma plusieurs à celle de Préaux. Dans une charte du duc Robert le Magnifique , hospice d?midarius est opposé à hospes capitalis. Ces expressions nous semblent susceptibles de deux inter-
prétations entre lesquelles nous n'osons nous prononcer. Nous savons que les hôtes de Gourcelles et de Pissy payaient une partie de leur redevance aux hospitaliers, une autre partie au seigneur primitif du lieu. Serait-ce dans le partage de la redevance des hôtes qu'il faudrait chercher l'explication des mots dimidius et plenun ? D'un autre côté, le ténement d'un hôte pouvait être partagé en deux héritiers ou ayants cause, et il eût été assez naturel d'appeler dimidiw hospcx l'hôte qui ne possédait que la moitié du ténement du plenus hotpes, ou n'acquittait que la moitié des charges imposées à ce dernier (1). »
Telles sont les explications que nous tenions à donner par rapport aux hôtes que l'archevêque Hugues trouva à Montérollier dans le xi e siècle. Nous sommes heureux de les devoir à deux savants historiens normands.
Nous avons vu qu'outre la cure et l'église, il y avait sur cette paroisse , à cette époque reculée, plusieurs chapelles, parmi lesquelles: 1° celle de Saint-Désiré, donnée à l'abbaye de Saint- Wandrille par les pieux frères de la duchesse Pavie. Cette chapelle existait encore en 1143, et même jusqu'au commencement du siècle présent. Selon le pouillé de Rouen de 1738, le seigneur y présentait.
(1) L. Delisle , Études sur la classe agricole en Normandie au moyen dge. — Ciiéruel, Dictionnaire des Institutions, Mœurs et Coutumes de ta France.
DE MONTÉROLLÏER. 65
2° Chapelle de Saint-Gorgon ( i ). Sur les registres de l'archevêché de Tan 1673, on donne à cette chapelle le nom de Sainte-Anne-et-Saint-Gorgon. Le seigneur y a présenté plusieurs fois depuis le xvii e siècle, et, suivant le pouillé de 1738, il a droit d'y présenter.
3o Saïnt-Roeh. Celle-ci était en titre en 1623. Peut-être, dit Duplessis, ne la faut-il point distinguer de celle de Saint-Gorgon ; nous n'en savons pas davantage (2).
Après avoir appartenu au seigneur Olier, le fief de Montérollier devint , au xiu e et au xrv e siècle, la propriété d'une certaine famille Le Porc ou Le Port, dont les archives de l'abbaye de Saint- Wandrille font plusieurs fois mention.
Selon un aveu du 27 mai 1392, le fief de Montérollier relève de la baronnie de Fontaineen-Bray, laquelle appartient à l'abbaye de Saint- Wandrille. Le registre des fiefs et arrière-fiefs du bailliage de Caux, pour Tanné 1503, montre que de la sergenterie de Neufchâtel dépend « la baronnie de Fontaine-en-Bray, appartenant aux religieux, abbé et couvent de Saint- Wandrille, dont
(1) Saint Gorgon.
1 . Sébaste. — Quarante soldats cappadociens parmi lesquels Gorgone (saint Gorgon), martyrs , 320. — Leur natalice, 9 mars, 7 id. mar. — Leur fête, le 10.
2. Nicée (Bithynie). Saints Gorgon et Firme. — 11 mars , 5 id. mar.
(2) Duplessis , Description de ta haute Normandie.
ils disent devoir prières et oraisons sans aucun service d'ost. *
Nous verrons en son lieu l'importance et la valeur de ce fief.
Dès 1221, nous trouvons une quittance de Henri Le Port envers le monastère, « de la somme de 20 livres et de 30, que nous lui devions, dit Fabbaye, pour dîners et hospitalités. »
D'autres actes se rapportent à ce même personnage : il existe de lui une lettre qui donne au monastère 3 sous d'Angers; une autre qui lui fait présent de deux gerbes; une autre qui abandonne aux religieux tous les droits qu'il avait sur leurs demeures.
En 1266, Henri, dit Le Porc, chevalier, fait une lettre par laquelle il laisse au monastère de Saint-Wirôdrille tout ce qu'il pouvait réclamer sur la dîme de Montérollier.
En 1289, nous découvrons une autre lettre de Henri, dit Le Porc, chevalier, sur la présentation à l'église de la bienheureuse Marie de Montérollier^).
Enfin l'inventaire des titres de l'abbaye com-
(1) F<> inrouin. Littera Henrici dicti Le Porc , militis, de praesentatione ad ecclesiam B. M. de monasterio Olier, 1289.
F° inp*ii. Littera Henrici dicti Le Porc , armigeri , de monasterio Olier, qui dimisit nobis quicquid reclamare poterat in decimis de monasterio Olier, 1266.
F° un**. Littera Henrici Le Port , qui dimisit nobis quicquid juris habebatin domo nostrâ, 1221.
F<> ccc. Littera Henrici Le Port , qui dédit nobis duas garbas
DE MONTÉROLLÏER. G 7
posé en 1634 indique la présence au chartrier, à cette époque, de plusieurs pièces perdues depuis, parmi lesquelles une donation en 131 8 des grosses dîmes et novales par un seigneur de la famille Le Porc.
Le célèbre manuscrit de Rosny, qui fait si bien connaître l'état, la possession et la propriété des fiefs normands au moment de la conquête de notre province par le roi de France Philippe-Auguste, nous apprend qu'au commencement du xm e siècle, Henri le Port tient, dans le bailliage de Rouen , à Montérollier, un fief de chevalier, de duc, duquel il doit pour sa part la garde de quarante jours à Lyons; en dédommagement de quoi il aura sur sa terre un secours tel que le seigneur roi en donnera à ses autres vassaux (1).
A chaque conquête qui s'est succédé sur le sol
(sans date; probablement du commencement du xm e siècle).
Littera ejusdem qui dédit nobis 3 solidos andegavenses (sans date ; même remarque).
Quittantia ejusdem de 20 libris, de 30 qua? ei debebamus pro conviviis et hospitiis , 1221. *
Quittantia de 30 libris , 1221.
(Archives départementales , CarluL de Saint-WandrUle.)
(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. T. XV, p. 171.
« Feodà de Bàllia. Rothomàgensi.
« Henricus Portus tenet unum feodum militis de ducatu apud Mostereolum de quo débet custodiam de xl diebus apud Lyons ad custum suum et hoc peracto débet habere auxilium de terra snâ* taie m qualem dominus rex dabit aliis. »
(Hic incipit Regestrum domini illustrissimi régis Philippi de feodis.)
de notre vieille France , les vainqueurs ont prisp la place des vaincus. Les fiefs ou terres, en passant ainsi d'une main dans l'autre , reçurent les noms de3 vainqueurs. Les Francs abolirent les partages faits par les Romains ; les Normands firent de même avec leurs prédécesseurs, et Philippe-Auguste n'eut que peu ou point d'égard aux mutations faites par les Normands. Or, il n'est pas douteux que cette famille Le Porc, qui nous apparaît dès les premières années du xm e siècle, n'ait remplacé violemment celle des Olier au moment de la conquête française en 1203.
D'après un accord conclu entre les moines de Saint-Wandrille et les frères Osbern et Ansfroy, les moines et leurs hommes avaient franchement le droit de commune dans les forêts et les pâturages de ces deux seigneurs (1).
En 1157, Hugues de Gournay donnait aux tenanciers de Saint-Wandrille, sur la baronnie de Fontaihe-en-Bray , dont Montérollier faisait partie, droit d'herbage sur les pâturages communs de son fief (2); en retour, les hommes de Fontaine
(1) «Tarn ipsi quam homines ipsarum in silvis in pascuis sine uîla cousluma communionem pcr omnia haberent. * (Cart. de Saint-Wandrille, f° cccxvm— v— ). Léop. Demsle ,' toc. cit., p. 161.
(2) a: Hac de causa habebunt homines Sancti-Wandregisili adjutorium et consilium et advocationcm domini Hugonis ubique, et herbagium in communi pastura de terra sua. » Cartul. S. Wand., p. 163. — Léop. Delisle, loc. cit., p. 162.
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DE MONTÉROLLIER. 09
s'engagèrent à lui payer annuellement une certaine rente en avoine. Ces redevances en avoine, dites avenages, se payaient plus particulièrement, au moyen âge, pour l'exercice de certains droits dans les forêts, dans les landes et les marais (1).
En 1223, un accord fut conclu entre Nicolas de Montigny et les hommes de Fontaine-en-Bray. D'après les conventions faites antérieurement avec Hugues de Gournay, ils devaient deux mines d'avoine et trois corvées par an; pour n'être plus tenus qu'à faire une corvée et payer une mine d'avoine, ils versèrent à leur seigneur une somme de 120 livres parisis (2).
De ces documents, nous pouvons conclure l'importance, dans ce pays, des forêts et pâturages, de la culture de l'avoine, de sa valeur et de celle des corvées , dans les xi e , xn e et xm e siècles.
A la famille Le Porc, nous voyons succéder, à Montérollier, celles de Grouchy (3) et de Pevrel, dès la fin du xiv e siècle. La première s'allia à la seconde par des mariages. (Voir la Généalogie cicontre.)
(1) « Herbagium in communi pastura de terra sua. » Cartul. S. Wand., p. 163. — L. Delisle , loc. cit., p. 66.
(2) Cartul. S. Wand., E. h, 44. — L. Delisle, loc. cit., p. 129.
(3) Les armes de la maison de Grouchy se composent d'or fretté de six pièces d'azur; sur le tout un écusson d'argent chargé de trois trèfles de sinople , deux et un.
Le premier document qui nous fasse connaître les Grouchy comme seigneurs de Montérollier, c'est un aveu et. dénombrement fourni au roi, le 9 septembre 1394, par noble homme Jehan de Grouchy, escuier, fils de noble homme monseigneur Jehan de Grouchy , chevalier, seigneur du Moustieraullier , ledit escuier héritier de feu Jehan Duredenc, escuier; lequel avoua et avoue tenir en fief et hommage-lige du roi, notre seigneur, un siège et place de moulin à eau auquel ressortissent deux baniers, assis en la ville de Cany, sur la rivière, tenu de notre dit seigneur par hommage. De plus, une pièce de terre à Camp Cotentin, de neuf acres ou environ, assise en la paroisse du Mesnil-Duredenc : le tout au bailliage de Caux, en la vicomte de Gaudebec (i).
Le 27 octobre 1449, Louis de Grouchy, héritier des précédents, prête foy et hommage au roy Charles septième, pour raison de relief de la terre et fief de haubert de Moustieraullier en la vicomte de Rouen (2).
À la date du G mai 1455, nous possédons un fort curieux dénombrement de cette terre fourni au roi par le même seigneur Louis de Grouchy , duquel acte nous croyons devoir donner ici copie:
« Du roi notre souverain seigneur, je, Loys de Grouchy, escuier, seigneur de Moustieraullier, tiens et avoue tenir à foi et hommage un plein
(1) Archives impériales. Trésor des chartes.
(2) A. I. —P. 264. Cote im xx xv. —Cote ancienne vi c uii.
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fief noble de haubert nommé le Moustieraullier, dont le chef ou principal manoir est assis en Ja ville et paroisse dudit lieu et aux environs, en la yicomté de Rouen.
c Auquel noble fief j'ai droit de moyenne et basse justice, cour, usage, etc., ainsi qu'il appartient à semblable seigneurie et plein fief noble.
c Et à cause de ce fief, j'ai droit de présenter comme patron à l'église dudit lieu de Moustieraullier toutes les fois que le cas s'offre et que la cure devient vacante.
« Je possède en ce fief noble un manoir près duquel, au temps passé, se trouvaient deux colombiers, mais qui sont à présent tombés et abattus à la suite des guerres; de ce manoir dépendaient en outre cent acres de terre ou environ, en terres labourables, domaines, jardins et clos : chaque acre de ces terres pouvait bien, au temps passé, valoir, l'un portant l'autre, cinq sols tournois ou environ; mais à présent, il n'y en a environ que soixante acres en valeur qui soient en bois ou en épines et qui peuvent être estimées, l'un dans l'autre, quatre sols ou environ,
c II existait sur ledit fief un moulin à vent, qui, lorsqu'il était en état , pouvait bien valoir vingt livres tournois par an; mais, pour le moment, il est tombé et ne vaut aucune chose.
c Au .même fief, il existait jadis quarantequatre masures ou environ , où demeuraient les hommes et tenants dudit fief; mais pour le présent il n'en subsiste qu'une vingtaine.
« Les hommes de ce fief tenaient , au temps passé, cinq cents acres de terres labourables qui valaient bien alors, l'un dans l'autre, par acre, cinq sols tournois de rente par an, tant en argent grains ou oiseaux, qu'en autres choses; mais pour le présent, il n'y en a que trois cents acres en valeur ou environ , tant en masures et en jardins, qu'alentour desdites masures. Aujourd'hui chaque acre peut bien valoir, l'un portant l'autre, trois sols de rente, tant en argent, oiseaux , pain cire, poivre, œufs, corvées, qu'en autres choses.
« Ledit fief contient de plus trois cents acres de bois environ, dont quatre acres sont tenues à tiers et à danger du roi, notre dit seigneur, bornées d'un côté et d'un bout par moi, dit seigneur de Moustieraullier, et d'un bout par le chemin qui mène dudit lieu de Moustieraullier au Neufbosc, et d'autre côté par le Val-Constant. De ces trois cents acres de bois, il y en avait, du temps passé, deux cents acres baillées à rente au prix de dix sols l'acre par chaque année , tant en argent, grains, oiseaux, cire, qu'en autres choses; et les autres quatre-vingt-seize acres sont restées en la main du seigneur dudit fief, parce qu'il ne trouve pas à les donner à rente.
« Pour lesdites masures , terres , bois, jardinages et clos , les hommes qui les tenaient au temps passé payaient audit seigneur quatre-vingtseize mines d'avoine de rente par chaque an environ, ou cinq sols tournois pour chaque mine au terme de Saint-Remi; mais à présent ils n'en
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paient que trente mines environ au rnéme terme par an ou cinq sols pour mine.
« Lesdits hommes avaient coutume de payer douze mines d'orge de rente à la Toussaint par chaque année, ou cinq sols pour mine; mais actuellement ils n'en paient que cinq mines environ audit terme ou cinq sols par mine. Les mêmes hommes avaient coutume de payer pour chaque vache qui pâturait sur les terres et herbages dudit fief, une mine d'avoine de rente par an, acquittée au même terme de Saint-Remi : ce qui pouvait bien rapporter cinquante mines d'avoine par an ou environ; mais, pour le présent» lesdits hommes n'en paient pour chaque vache qu'un boisseau ; ce qui peut valoir chaque année douze mines ou environ, à raison de six boisseaux par mine.
« À Noël, lesdits hommes, qui avaient coutume de payer sept vingts (140) chapons de rente par an, ou deux sols six deniers tournois pour chaque chapon, n'en paient, au temps présent , au plus que soixante-dix, ou deux sols tournois pour chaque chapon.
« Au même terme de Noël , ils devaient payer vingt poules de rente environ ou douze deniers tournois pour chaque poule; et, de présent, il n'en est payé que huit poules ou environ, ou douze deniers pour poule : elles sont diminuées à l'occasion des guerres.
« Lesdits hommes avaient coutume de payer, au temps passé, au terme de Noël, vingt pains de
« Et à cause de mon noble fief, je dois et suis tenu faire foi et hommage et service au roi , mon souverain seigneur, à cause de sa duché de Normandie et de sa châtellenie de Rouen, et lui payer les droits et devoirs qu'il appartient pour un noble fief de haubert, toutes les fois que le cas échoit, sauf à moi faire encore davantage, si besoin était, et qu'il vînt à ma connaissance que, par protestation, quelque seigneur voulait dire et soutenir que ledit fief et seigneurie de Moustieraullier fût tenu de lui, et qu'il vînt à avancer que le présent aveu et dénombrement ne me portât ou fit aucun préjudice.
< En témoin de quoi j'ai scellé ce présent aveu du sceau de mes armes et signé de mon signe manuel.
c Ce fut fait le sixième jour de mai de l'an mil quatre cent cinquante-cinq.
* LOYS DE MOUSTIERAULLIER (1). »
Voilà un acte d'une importance majeure que nous devons commenter et expliquer dans ses moindres détails.
D'abord nous y voyons que la terre de Montérollier était un plein fief noble de haubert, relevant immédiatement du roi. C'était le plus noble domaine, dans la hiérarchie féodale, après les terres qui conféraient un titre, comme les duchés, les comtés, marquisats, baronnies. Selon
(1) A. I. — P. 277. Cote ii^'XL. — Ancienne cote iiu^x.
DE MONTÉROLLÏER. 77
quelques auteurs, haubert était, dans ce cas, synonyme de haut ber ou haut baron. La plupart des auteurs font dériver ce nom de l'armure avec laquelle le chevalier devait servir son seigneur. Cette armure consistait en une cotte de mailles de fer entrelacées, dont les chevaliers se servaient du xi e au xiv e siècle. Le plein fief de haubert s'appelait aussi plein fief de chevalier. Le possesseur de ce fief était tenu de fournir un homme d'armes. En Normandie, le plein fief de haubert pouvait être divisé en huit portions, entre filles seulement, et non entre mâles; l'aînée rendait foi et hommage pour toutes les autres. Nous avons vu qu'une partie de fief semblable dépendait du fief noble de Montérollier. La plupart des fiefs de haubert relevaient immédiatement du roi. Le fief noble avait justice, château, motte, fossés et autres signes d'ancienne noblesse (1).
Le fief de Montérollier avait droit de moyenne et basse justice.
La basse justice était un droit seigneurial qui, établi à l'époque de la féodalité, s'était maintenu malgré les attaques perpétuelles des officiers royaux. La basse justice , d'après le Dictionnaire de Droit de Claude de Ferrière , donnait le droit de connaître de la police, des dégâts causés par les animaux, des injures légères, et d'autres délits qui ne pouvaient être punis d'une amende de plus de dix sous parisis. Les seigneurs bas jus-
(1) Chéruel , Diclionnaire des Institutions , etc.
ticiers jugeaient les procès de leurs vassaux jusqu'à la somme de soixante sous parisis, ainsi que les questions relatives aux cens, rentes et exhibitions de contrats pour raison des héritages situés sur leur territoire; le bas justicier pouvait faire arrêter sur ses domaines tous les délinquants, et avoir à cet' effet maires, sergents et prison ; il fixait les bornes des propriétés entre ses vassaux, de leur consentement. C'était une sorte de justice de paix exercée au nom des seigneurs (1). La moyenne justice ne différait pas d'une manière très-sensible de la basse justice. Elle donnait le droit de connaître des délits qui ne pouvaient être punis de plus de soixante-quinze sous d'amende et de toutes les obligations féodales des vassaux. Le seigneur qui avait la moyenne justice devait avoir, pour l'exercer, un juge, un procureur fiscal ou procureur d'office, un greffier, un sergent (huissier) et une prison. Le moyen justicier pouvait nommer des tuteurs ou curateurs pour les mineurs, faire apposer les scellés, procéder aux inventaires, etc. Il fixait les limites entre les voies publiques et les propriétés de ses vassaux. Il avait l'inspection des mesures dans toute l'étendue de sa justice. Les appels des moyens justiciers comme ceux des bas justiciers se portaient devant les seigneurs qui avaient droit de haute justice (2).
(1) Chéruel , Dictionnaire des Institutions , etc.
(2) Chéruel , Dictionnaire de* Institutions , etc.
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Montérollier dépendait, sous ce rapport, de la baronnie de Fontaine-en-Bray.
Quant au droit d'usage, dont jouissait le seigneur de Montérollier, il consistait surtout à prendre du bois dans les forêts ou à y mener paître des troupeaux.
Le droit de présentation à l'église de Montérollier, en sa qualité de seigneur-patron, accordait au sire de Montérollier le privilège de présenter à l'archevêque de Rouen ou à l'abbé de Saint- Wandrille comme collateur, un ecclésiastique qui Rêvait en recevoir les provisions de ce bénéfice.
Généralement le patron était celui qui avait donné le fonds pour y bâtir l'église, qui la faisait bâtir ou la dotait. En reconnaissance , le patron jouissait dans l'église de certains droits honorifiques, qu'il est bon de faire connaître :
1° Le patron avait droit d'avoir un banc dans le chœur et le premier dans la nef. Dans le chœur, la place honorable est le côté de l'Évangile; et dans la nef, c'est le côté de l'Épître.
2° Droit de préséance , tant aux processions qu'à l'offrande. Cependant les femmes ne précédaient point les hommes, quoique les hommes fussent leurs vassaux et qu'ils fussent roturiers. Entre gentilshommes, celui qui possédait le fief dominant précédait les autres; et quant aux gentilshommes simples, l'âge décide la préséance. Le fils de l'aîné et le fils du second frère préfèrent leur oncle puîné de leur père.
3° Droit du pain bénit, qui doit être présenté au patron; mais après le patron, le pain bénit se distribue sans distinction , ainsi que chacun se trouve. Le patron peut présenter le pain bénit à tel jour de l'année qu'il veut.
4° Droit d'eau bénite, qui doit être présentée au seigneur par distinction, soit par aspersion ou avec le goupillon, suivant l'usage.
5° Droit d'avoir l'encens par le prêtre qui officie.
6° Droit d'être recommandé aux prières nominales.
7° Droit de sépulture dans le chœur.
8° Droit d'avoir litres, armoiries et ceintures funèbres.
Le droit de litre dont jouissaient les seigneurs haut-justiciers et les patrons des églises consistait à placer, aux obsèques de ces seigneurs, leurs armoiries dans l'église sur une bande de velours noir, dont la largeur variait suivant la dignité du personnage. Le fondateur d'une chapelle dans une église dont un autre était patron n'avait droit de litre que dans sa chapelle. On doublait les litres pour les ducs, maréchaux et princes. On en mettait trois pour les souverains.
Outre ces droits honorifiques, le seigneur-patron avait droit à l'honneur et fidélité de son présenté, sans toutefois qu'il en pût exiger foi et hommage. Si le patron était tombé dans l'indigence, il devait être nourri par le présenté, sui-
DE MONTÉROLLIER. 81
vant les forces du bénéfice : c'est la décision des docteurs (i).
Le seigneur de Montérollier possédait sur son fief un manoir ou habitation rurale avec une certaine étendue de terrain. Le manoir principal était le château ou maison principale d'un fief , destiné à l'habitation d'un seigneur. C'était là que les vassaux rendaient foi et hommage. Ce manoir appartenait à l'aîné avec une certaine portion du domaine environnant.
Les châteaux forts dont la France se hérissa à l'époque de la féodalité étaient presque toujours construits à mi-côte. On avajt ainsi l'avantage de l'élévation et la proximité de l'eau. Quelquefois ils étaient bâtis au sommet d'un rocher ou en rase campagne, pour dominer une vallée ou le passage d'une rivière. Alors on élevait d'ordinaire pour la tour principale ou donjon une butte factice qu'on appelait motte. Ces châteaux , dont les ruines couvrent encore une grande partie de la France, avaient un caractère sombre et menaçant, auquel l'imagination moderne a quelquefois substitué des images gracieuses et pittoresques. Elle a placé sur ces murs en ruines des châtelaines accueillant un chevalier égaré qui faisait résonner son cor à la porte du château; elle les a montrées soignant les blesses ou dé-
(1) Le Royer de la Tournerie, Nouveau Commentaire de la Coutume de Normandie.
fegdant avec un courage viril le manoir seigneurial. Sans nous arrêter à ces fictions poétiques, nous nous bornerons à parler des fortifications élevées par les seigneurs du moyen âge.
Le château fort se composait du» certain nombre de parties essentielles, telles que tes fossés, ponts, barrières ou retranehemeQts estérieurs, portes, tours, créneaux, plates-formes, donjon et souterrains. Les fossés qui couvraient les murs du château étaient souvent rempli* d'eau, afin de rendre l'obstacle plus redoutable; quelquefois on se bornait à inonder la cunette ou canal pratiqué au milieu du fossé» Les fossés étaient quelquefois à parois verticales , ou, comme on disait alors, à fond de cuve. Un pont porté su* des piles était jeté sur le fossé et donnait accès dans le château. Le tablier se composait ordinal rement de deux pièces : l'une immobile, l'autre pouvant se relever et fermer le passage.. On nomma cette seconde partie pont-levis. On voit encore aujourd'hui , au-dessus des portes d'anciens châteaux , de longues ouvertures percées dans le mur et dans lesquelles se mouvaient, sur un axe, les poutres ou flèches formant le levier auquel le tablier mobile était suspendu. Dans la suite on perfectionna cette invention. Le pont* levis fut manœuvré par un système de contrepoids en sorte qu'un effort même assez faible suffît pour le lever ou l'abaisser.
Le fossé était quelquefois protégé par des fortifications extérieures; tantôt c'étaient de simples
DE MONTÉROLLIER. 83
palissades, tantôt une ou plusieurs tours qui couvraient le pont. On donnait souvent à ces fortifications avancées le nom de barbacane. Lorsqu'on voulait pénétrer dans un de ces châteaux , on sonnait du cor, et un écuyer venait reconnaître par une étroite fenêtre ménagée au-dessus de la porte, quel hôte se présentait à l'entrée du château. %
La perte du château ne laissait ordinairement qu'un passage étroit resserré entre deux tours. Le pont-levis, en se relevant, couvrait la porte contre les attaques de l'ennemi. On ajouta à cette défense une lourde grille en fer ou un système de pieux qui glissaient dans les rainures pratiquées aux parois des murailles. C'était ce qu'on appelait herse. Onl'élevait à l'aide d'une maehine; et, en cas de danger, on la laissait retomber. On ne pouvait pénétrer dans le château qu'après avoir brisé le pont-levis, la herse et quelquefois de lourdes portes hérissées de clous ou revêtues de lames de fer. Lorsque leS armes à feu furent en usage, on ménagea des meurtrières dans les murs latéraux et môme des embrasures pour les canons.
L'enceinte du château fort était flanquée de tours qui protégeaient les angles de la place, défendaient les fossés, soutenaient les murs, servaient de magasins et donnaient le moyen de prendre en flanc les assaillants. Tantôt elles étaient verticales, tantôt elles affectaient la forme d'un cône tronqué, tantôt elles présentaient une
combinaison de ces diverses figures, quelquefois elles avaient la forme d'une pyramide. Elles étaient ordinairement couronnées d'espèces de boucliers en maçonnerie qu'on appelait créneaux; ils étaient espacés de manière à couvrir les défenseurs du rempart, tout en leur permettant de faire usage de leurs armes dans les intervalles qui les séparaient. En général, les créneaux étaient rectangulaires, et l'espace qu'ils laissaient entre eux moindre que la largeur de l'un d'eux. Cependant on trouve des créneaux de formes trèsdiverses.
Les portes et fenêtres , placées à une hauteur où l'escalade était possible, étaient défendues par des balcons munis d'un parapet élevé et à jour dans la partie inférieure. On appelait moucharabys ces balcons qui paraissent empruntés à l'Orient. Dans la suite on les multiplia et on en garnit tout le haut des murailles. On les appelait mâchicoulis ou machecoulis, lorsqu'ils formaient un système de défense continu. Les espaces laissés vides permettaient de lancer des projectiles sur les assaillants. Dans le même but, on ajoutait quelquefois aux murailles des échafauds en bois sur lesquels se tenaient les hommes d'armes, pour faire pleuvoir sur l'ennemi des pierres, des poutres, et tous les projectiles alors en usage. On appelait ces échafauds hourds ou hourdels.
Au sommet des tours étaient des plates-formes où l'on plaçait les munitions et les machines de guerre. Quelquefois une galerie circulaire tenait
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lieu de plate-forme , et la tour était surmontée d'un toit conique. Telles étaient les tours du palais de justice de Paris. Dans l'espace qui séparait les tours, et aux angles saillants de l'enceinte, on élevait souvent de petites guérites en pierre, qu'on appelait échauguettes; elles étaient destinées à abriter les sentinelles chargées d'observer les mouvements de l'ennemi. Enfin , sur la plateforme de la tour la plus élevée, qu'on nommait guette, il y avait une cloche, que l'on sonnait en cas d'alarme. Souvent la cloche était remplacée par un cornet ou olifant, quelquefois aussi par un porte- voix, qui annonçait la présence de l'ennemi.
La partie du rempart comprise entre deux tours s'appelait courtine. On ménageait au sommet un passage étroit qui Servait de chemin de ronde, permettait de circuler à couvert le long des remparts et communiquait à des escaliers ou même à des plans inclinés qui conduisaient dans la cour intérieure du château. On avait percé dans les murailles des ouvertures appelées meurtrières. C'étaient tantôt des trous carrés, tantôt de longues fentes verticales , très-étroites à l'extérieur, s'élargissant à l'intérieur, et présentant quelquefois un trou circulaire à la partie inférieure. Elles servirent surtout depuis l'invention des armes à feu.
Lorsqu'on avait franchi l'enceinte fortifiée, on entrait dans un terrain appelé basse-cour; c'était là qu'étaient les écuries, les magasins, quelques logements, et souvent la chapelle. La
basse-cour renfermait quelquefois une mare, des citernes et des puits.
Le donjon était construit ordinairement dans le lieu le plus élevé et de l'accès le plus difficile; mais il n'avait pas de place déterminée. Tantôt il touchait aux remparts, tantôt il était complètement isolé. Il consistait quelquefois en plusieurs tours qu'on appelait bastilles, mais le plus souvent en une seule tour très-élevée, nommée la maîtresse tour du château; elle était protégée par un fossé sur lequel on avait jeté un pontlevis. Quelquefois elle était élevée sur une butte artificielle, de manière à dominer tout le château. C'était un second château renfermé dans le premier et n'en différant que par les dimensions. Le donjon servait d'asile à la garnison, lorsque la première enceinte était forcée. L'entrée en était escarpée et ne pouvait être emportée que par une escalade périlleuse. On y avait accumulé tous les moyens de défense. Le passage des escaliers conduisant aux salles intérieures était barricadé par des grilles ou des portes, défendu par des mâchicoulis et des meurtrières, interrompu quelquefois par des lacunes dans les marches, lacunes qu'on ne pouvait franchir que sur une espèce de pont mobile. Des boules de pierre d'un diamètre considérable, placées en réserve dans lespaljers supérieurs, pouvaient être roulées dans les escaliers, de manière à obstruer le passage et à renverser même un ennemi victorieux. Enfin , les défenseurs du château s'étaient souvent me-
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nagé dans le donjon même un dernier asile dans la tour appelée beffroi, parce que la cloche d'alarme y était placée. On ne trouvait cette disposition que dans les donjons formés d'un ensemble de tours. Les donjons servaient souvent de prison, et jusqu'aux derniers temps le donjon de Vincennes a reçu les prisonniers d'État.
D'après Lacurne de Sainte-Pal aye, qui cite des extraits d'anciens romans de chevalerie, on plaçait quelquefois un heaume ou casque au sommet du château, comme symbole d'hospitalité pour tes chevaliers errants.
Les souterrains que l'on avait creusés sous la plupart des anciens châteaux servaient de magasins, de caves, de prisons, ou d'asile en ea& de prise de la forteresse. Ils avaient souvent des issues secrètes par lesquelles la garnison pouvait s'échapper. Les oubliettes étaient des puits pro^fonds où l'on précipitait les victimes. Quelques souterrains présentent de longues galeries voûtées, avec des salles assez vastes, dont il n'est pas facile de déterminer l'usage. D'après quelques traditions, ces salles souterraines étaient le lieu où l'on donnait la question. Des fers scelles dans la muraille, des bancs de pierre, des ceps où l'on engageait, dit-on, les jambes des prisonniers, se rencontrent parfois dans ces souterrains. Mais il faut convenir en tout ceci que des esprits intéressés ou prévenus ont, depuis le xvm e siècle, beaucoup exagéré l'importance et le caractère de ces lieux mystérieux.
Le château féodal, dont nous venons d'indiquer les fortifications, était, comme nous l'avons dit, souvent situé sur une hauteur ou à mi-côte. Au pied de la colline, s'étendaient les huttes des serfs et des colons, qui, en s affranchissant progressivement, ont formé les hommes de pooste, poeste ou pôté, les hommes sous la puissance du seigneur, plus tard les bourgeois. Au x e siècle, le village féodal n'était peuplé que de laboureurs attachés à la glèbe ou d'ouvriers qui exerçaient les métiers les plus indispensables, tels que cçux de boulanger, forgeron, sellier, etc. La principale industrie consistait à polir la cuirasse du seigneur et de ses hommes d'armes et à entrelacer les mailles de fer de son armure. Au premier signal donné par le guetteur, qui veillait au haut d'une des tours du château, les serfs et colons abandonnaient leurs pauvres masures et cherchaient un abri derrière les murs du château. Tous ne servaient pas le seigneur aux mêmes conditions. Les uns étaient hommes d'armes; d'autres , attachés à sa personne (comme ministérielles), faisaient les fonctions de sommeliers, d'échansons, etc. Le seigneur, dans son fief, avait une véritable cour : un sénéchal, qui le remplaçait à la guerre ou sur son tribunal ; un chancelier, qui apposait son sceau sur ses actes; un bailli, qui jugeait en son nom et administrait ses domaines; des écuyers et varlets, jeunes nobles qui venaient, sous les auspices d'un chevalier renommé, se préparer à la chevalerie. La châte-
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laine avait elle-même un rôle élevé. Défendre le château en l'absence du seigneur, commander aux hommes d'armes, présider aux jeux chevaleresques, accompagner son mari dans les longues chasses d'automne, l'émerillon sur le poing; puis, à la veillée , entendre les récits de quelque trouvère ; décider parfois les ajustions délicates proposées aux cours d'any^ïr, encourager partout la loyauté, la braypstfé, l'honneur chevaleresque, tel était le rôle de la châtelaine : il élevait les . âmes et fortifiait les cœurs.
Le manoir habité par cette troupe féodale se composait, autant qu'on en peut juger par les ruines de quelques châteaux, d'une grande salle et de petits réduits. La salle baronniale était ornée de sculptures et éclairée par de vastes fenêtres ogivales. Des armures suspendues aux murailles et les armoiries du seigneur en faisaient la principale décoration. Les armoiries sculptées surmontaient ordinairement une cheminée colossale. Une estrade que recouvrait un dais était le siège du châtelain et de la châtelaine ; des bancs en bois ou des sièges grossièrement sculptés étaient destinés aux hôtes ordinaires. C'était dans cette salle que le seigneur, représenté souventpar le sénéchal ou bailli, rendait justice, recevait les redevances, et faisait dresser, aux jours de fête, la table des festins. Cette salle du baron était la pièce essentielle du manoir. On y avait déployé toute la magnificence féodale. Quant aux détails de l'habitation, on s'en souciait médiocrement; le
confortable ne se trouvait guère dans les manoirs du moyen âge. Si nous sortons de la demeure féodale, nous trouvons autour du fief les vassaux qui en relevaient (1).
Dans l'aveu de Louis de Grouchy , nous voyons qu'il tient le fief de Montérolliér, directement du roi, à foi et hommage-lige. Les serments de foi et hommage prêtés au roi par ses vassaux directs ne pouvaient être reçus qu'en la chambre des comptes. L'hommage était de deux espèces. L'hommage-lige se prêtait à genoux, les mains dans les mains du seigneur suzerain, sans éperons, sans baudrier, sans épée. En voici la formule : « Sire, je viens à votre hommage et en votre foi, et déviais votre homme de bouche et de mains. Je vous jure et promets foi et loyauté envers tous ot contre tous, et garder votre droit en mon pouvoir.» Dans l'hommage simple, le vassal se tenait debout, gardait son épée et ses éperons, pendant que le chancelier lisait la formule d'hommage. Il se bornait à répondre affirmativement. L'hommage rendu par un noble était souvent terminé par un baiser. Si le vassal ne trouvait pas son seigneur en sa maison, il devait heurter trois fois à la porte et appeler trois fois. Si l'on n'ouvrait pas, il baisait l'huis (la porte) ou le verrou de la porte, et récitait la formule de l'hommage , comme si le seigneur eût été présent (2).
(1) Chéruel , Dictionnaire des Institutions , etc.
(2) Chéruel, Dictionnaire des Institutions, ttc.
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Sur le fief de Montérollier s'élevaient deux colombiers. Le droit de colombier n'était accordé, d'après la plupart des coutumes, qu'aux seigneurs qui avaient la haute justice. Il consistait à élever une tour où Ton entretenait des pigeons qui se nourrissaient aux dépens des champs voisins (1).
L'aveu et dénombrement de Louis de Grouchy nous apprend qu'en 1455, le moulin à vent de son fief était ruiné et ne valait plus aucune chose. On sait que les moulins à vent furent importés en Europe à la suite des croisades. Ils sont mentionnés dès l'année 1105 dans une charte de Guillaume, comte de Mortain, petit-fils de Guillaume le Conquérant.
Ce moulin n'était pas banal, c'est-à-dire que tous les vassaux du fief de Montérollier n'étaient pas tenus d'y porter leur blé pour le faire moudre, en vertu du droit seigneurial appelé banalité. Les moulins à eau jouissaient seuls de ce droit (2).
Nous avons vu que plusieurs acres de bois dépendant du fief de Montérollier étaient tenues à tiers et à danger : c'était un droit qui, d'après les anciennes coutumes, appartenait au roi, dans certaines provinces, sur la vente des bois. Le tiers tirait son nom de ce qu'il s'élevait au tiers du prix de vente. Dans les contrées où ce droit existait, on ne pouvait faire de vente de bois sans autorisation royale; et, pour l'obtenir, on don-
(1) Chéruel , l/)C. cit.
(2) L. Delisle, Luc. cit. — Chérijel, Loc. cit.
nait encore le dixième du prix total de la vente : ce dixième était ce qu'on appelait spécialement danger. Il y avait des bois soumis au tiers sans danger, et d'autres au danger sans tiers (1).
Pour ce qui est de la commune pâture dont parle le dénombrement de Louis de Grouchy, nous devons observer que nous avons déjà eu occasion d'en parler à l'article des frères Ansfroi et Osbern. Le titre de Louis de Grouchy, et quantité d'autres encore plus concluants, prouvent que cette servitude n'était pas une simple tolérance de la part du seigneur, mais bien un droit reconnu et sanctionné ; on vit même des usagers réclamer en justice leurs droits de pâture, et les seigneurs demander leur consentement, avant de modifier les anciennes coutumes. Du reste, la multiplicité des terrains auxquels le nom de commune est donné dans nos anciens titres, est une excellente preuve que l'usage de la pâture en commun était généralement reçu dans toute la province. Mais ce serait une grave erreur de prendre tous ces terrains pour des biens communaux proprement dits. Ces derniers, en effet,: sont excessivement rares au moyen âge. Le plus souvent le roi ou le seigneur était le véritable propriétaire des fonds affectés à la pâture commune. Les hommes qui y mettaient leurs bestiaux ne doivent être généralement considérés que comme usagers. A ce titre , il est rare qu'ils
(1) L. Delisle , Loc. cit. — Chéruel , Loc. cit.
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ne soient point assujettis à des redevances ou à des corvées. Philippe de Beaumanoir prétend même que l'usage n'est pas valable, si l'usager ne rend cens, rente ou redevance, et il est très-remarquable que cette doctrine était conforme à l'ancienne jurisprudence de notre échiquier (i).
Le dénombrement qui nous occupe dit que Louis de Grouchy a, sur son fief de Montérollier, hommes, hommages, reliefs, treizièmes, et autres droits seigneuriaux dus à plein fief noble de haubert. Nous devons nous expliquer sur chacun de ces mots. 1° Hommes. De l'emploi du mot homme, dit M. Léopold Delisle, certains historiens concluent à l'existence du servage. Mais ce mot est synonyme de vassal, et non de serf. Les mêmes auteurs invoquent à l'appui de leur opinion ces chartes par lesquelles le seigneur donne ou vend un de ses tenanciers. Mais il n'y a là qu'un abus de mots. Ainsi que l'a remarqué M. Guerard, on se tromperait beaucoup, si l'on s'imaginait que ces donations ou ventes comprenaient la personne même des hôtes, et emportaient avec elles le droit de disposer d'eux arbitrairement.... Ces . actes ne comprenaient réellement que les tenures des hôtes avec les droits et les services dus par eux en raison de leurs tenures. A l'appui de l'opinion de notre savant professeur, nous pouvons citer de nombreuses chartes où le nom de l'homme vendu ou donné est suivi
(1) Léop. Delisle, Loc. cit. — Chéruel, Loc. cit.
de ces correctifs : « Avec son fief, sa masure, son tellement. » Si ce n'était pas assez, nous alléguerions de semblables donations ayant pour objet des prêtres, des écuyers et même dés chevaliers. Pourrait-on soutenir que c'était la personne, et non les rentes ou services de ces prêtres, éeuyers ou chevaliers, qu'on donnait aux monastères? Dans tous les cas, il faudrait convenir que ces dons ou ces ventes n'entraînaient pas, pour les personnes données ou vendues , la perte âe la liberté. Toutes ces considérations tendent à établir que le servage était éteint en Normandie au xn e et au xm e siècle.
2° Hommages. On devenait l'homme du seigneur dont on recevait un fief, et dès lors soumis envers lui à l'hommage. Nous avons vu en quoi consistait l'hommage et nous en avons défini les deux espèces. Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur.
3° Treizièmes. La vente du ténement donnait lieu à l'ouverture d'un droit pour le seigneur, que, dès le xni e siècle, les Normands appelaient treizième, parce qu'il consistait dans la treizième partie du prix de vente, dû par le vendeur du fief ou ténement.
4 e Reliefs. Le droit de relief ou rachat se payait à chaque mutation, parce qu'il fallait relever le fief ou le racheter; c'était une reconnaissance do droit de propriété que conservait le suzerain, quoique le vassal eût un usufruit indéfini, tant qu'il remplissait les conditions de la concession.
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Ce droit n'était dû, en cas de vente, que pour les fiefs , et non pour les rotures, qui ne devaient, en cas de vente, que le treizième.
Le plein fief de haubert devait de relief 5 écus, et les membres de ce fief jusqu'au huitième de l'équipollent, s'il n'y a titre, possession ou conve^ nant> par lequel il soit dû plus grand ou moindre relief.
Les terres roturières et autres ténements audessous du huitième de fief de haubert doivent de relief 12 deniers par acre, avec la même restriction que pour le fief précédent.
Le manoir, maison, masure, avec la cour et jardin, doit de relief 3 sols, pourvu qu'il ne contienne plus d'une acre. S'il contient moins , il doit pareillement 3 sols, et, en ce cas, il acquitte la première acre, s'il n'y a titre, possession ou convenant, par lequel soit dû plus grand ou moindre relief (1).
Le titre curieux qui nous occupe nous fait connaître que les vassaux du fief de Montérollier ne payaient aucun droit de coutume dans les marchés de Cailly, Buchy et Saint-Saens, pour tous les produits de leurs terres et pour les bes-* tiajux nourris en leurs maisons pendant un an et un jour.
De plus, ils étaient exempts du droit de travers? à Cailly et à Bradiancourt : c'était un droit féodal perçu par les seigneurs sur les marchan-
(1) L. Deusle, Loc. cit. — Chérusl, Loc. cit.
dises transportées à travers leurs terres d'un lieu dans un autre. Ce droit se percevait principalement au passage des rivières.
Le huitième de fief des héritiers de Colart de Cantereine, tenu et mouvant du fief de Montérollier, pour lequel il était dû à Louis de Grouchy foi et hommage, et un chapeau de roses au terme de Saint-Jean-Baptiste, par chaque année, avec reliefs, treizièmes, aides et services coutumiers au cas offrant, demande quelques nécessaires observations.
Le chapeau de roses était une redevance féodale dont les mentions, aux xrv e et xv e siècles, sont très-communes. Elle s'acquittait le plus souvent à la Saint-Jean. Au xv e siècle, nous voyons des chapeaux de roses estimés à 6 deniers, d'autres à 2 sous tournois (1).
Les aides se payaient quelquefois en argent, le plus souvent en nature : blé, fourrages, fers de cheval, socs de charrue, voitures, etc. Tout était fourni de cette manière au seigneur. Les aides se payaient à époques fixes ou dans des circonstances extraordinaires. Ordinairement à Pâques et à la Saint-Michel , les vassaux se rendaient dans la salle du château pour payer les redevances (2).
Outre les rentes et les prestations auxquelles ils étaient annuellement soumis, ils se trouvaient,
(1) L. Delisle, Loc. cit. — Chéruel, Loc. cit.
(2) L. Delisle, Loc. cit. — Chéruel, Loc. cit.
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dit M. Léopold Delisle, dans diverses circonstances, obligés de lui payer des droits extraordinaires, appelés aides, parce qu'on ne les payait que pour subvenir à des besoins extraordinaires des seigneurs. En Normandie, ces aides étaient particulièrement dus dans trois circonstances, à savoir : quand le fils aîné du seigneur était promu au grade de chevalier, quand sa fille aînée s'établissait, quand il lui fallait payer une rançon pour sortir de prison. Tels étaient, dans notre province, les trois principaux aides seigneuriaux. Il convient d'y en ajouter deux autres : l'aide du relief et l'aide de l'ost. Le premier avait pour but d'aider le seigneur à payer le relief qu'il devait à son suzerain pour son fief; le second l'aidait à s'équiper quand il était requis d'accomplir le service militaire dû par son fief, soit à payer au duc la somme moyennant laquelle il était exempt de ce service.
Habituellement le montant des aides seigneuriaux se calculait sur la somme que le tenancier payait pour le relief de son ténement. Dans des fiefs, il était égal à celui du relief; dans d'autres, il n'en atteignait que le tiers ou la moitié (1).
Une chose à laquelle nous devons maintenant nous arrêter, c'est la valeur et le prix des terres, des bestiaux et des denrées au xv e siècle, d'après
(1) L. Delisle, Loc. cit. — Chéruel, Loc. cit.
l'aveu et dénombrement de Louis de Grouchy, seigneur de Montérollier,
Et d'abord, nous voyons que lest terres labourables, domaines, jardinages et dosages qui, $vant les guerres, valaient de- rente par, an 5 sols tpuxnois par acre, étaient estimés, en 1455, à 4 sous seulement.
Le moulin à vent:, ayant les guerres, valait de rente aanuelle 20 livres tournois.
Les terres labourables, dépendantes des : masures et jardins, valaient d'abord 5 sols tournois, et 3 seulement depuis les guerreç, tant ep argent, oiseaux, pain, cire, poivre, oeufs, corvées, qu'autres choses.
Les bois étaient baillés à rente moyennant 10 sols l'acre.
Outre ces rentes, les terres et bois ci-dessus payaient, avant les guerres comme en 1455, des rentes en avoine estimées 5 sols tournois par mine. La mine de Rouen valait 6 boisseaux.
L'orge coûtait le même prix que l'avoine.
Avant les guerres, le chapon était estimé à 2 sous 6 deniers tournois ; en 1455, 2 sous seulement.
Les poules furent cotées , avant comme après les guerres, à 12 deniers tournois.
Les pains, estimés à 6 deniers,
La cire, 5 sols la livre.
A Louis de Grouchy succéda, dans la possession de la terre de Montérollier, son héritière Raoulette de Caux, pour lors damoiselle, et de-
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puis mariée à Guillaume d'Abancourt (1), à la-» quelle le roi Louis XI accorda, le 12 mars 1466, une souffrance ou sursis d'aveu, à raison du relief dès seigneuries de MoustieraullieretMesnil-Segot. Lorsqu'une mutation faisait' passer un fief en d'autres mains, le nouveau propriétaire devait à son suzerain un acte par lequel il énumerait les terres et droits qu'il tenait de son seigneur : cet acte, appelé aveu, parce que le vassal s'avouait l'homme de son seigneur, devait être remis dans les quarante jours qui suivaient la cérémonie de l'hommage. Passé ce délai , les officiers du suzerain prenaient, en son nom, possession de la terre dont le vassal avait négligé de remplir cette formalité. Quelquefois le suzerain accordait à son nouveau vassal, pour quelque cause juste, comme minorité ou absence nécessaire, une: souffrance ou surséance ou délai , pour faire foi et hommage ou pour présenter son aveu et; dénombrement.
Tel est le titre que Louis XI accoiria- à Raoulette de Gaux. Il y est dit : c. Reçue par nous l'humble supplication de notre bien-aimée Raoulette de Caux, damoiselle, contenant que naguère elle nous a fait les foi et hommage qu'elle nous devait et était tenue faire pour raison des fiefs, terre» et seigneuries de Moustieraullier et du Mesnil- Segot* assis aux bailliages de Rouen et de Caux , tenus de nous à cause de notre duché de Nor-
(1) La maisoa d'Ahancourt portait : d'argent à l'aigle de gueule*;
mandie ; mais elle n'en pourrait encore bonnement bailler ses dénombrements par écrit au vrai, ainsi qu'elle est tenue de faire, étant que lesdits fiefs, terres et seigneuries lui sont de nouveau échus par le trépas du feu sire de Moustieraullier, duquel elle est seule héritière. Requérant humblement que, eu égard à ces choses et à ses viduité et ancienneté, il nous plaise sur ce lui impartir notre grâce.
c Pour considération de ce, nous lui avons
donné et donnons, par ces présentes, de grâce spéciale, délai et souffrance de bailler son dit dénombrement jusques à Noël prochain venant.
« Par le conseil étant en la chambre des
comptes (1). »
Trois ans plus tard, Raoulette de Caux était la femme d'un certain Guillaume d'Abancourt, écuyer, seigneur d'Abancourt. Nous voyons, en effet, que, le 28 juin 1469, ce seigneur délivre au roi, à cause de Raoulette de Caux, sa femme, aveu et dénombrement pour le fief de Montérollier. Cet aveu est en tout conforme à celui que rendit Louis de Grouchy, le 6 mai 1455 (2).
Le même Guillaume d'Abancourt fournit un nouveau titre semblable, le 17 septembre 1484. Celui-ci est fait à Montérollier, et signé, ainsi que le précédent, du signe manuel de G. d'Abancourt (3).
(1) A. I. — P. 264. Cote lvi. — Cote ancienne vi c xiiii.
(2) A. I. — P. 278. Cote lxiiii. — Ancienne cote iiraii".
<3) A. I. — P. 278. Cote iiflxxvii. — Cote ancienne viqiii".
D'après les pièces que nous venons d'examiner, il reste évident que les guerres avaient laissé sur notre sol normand de cruelles marques de leur passage. Si les villes étaient ruinées, les campagnes étaient désolées , les villages détruits, les châteaux abattus, les plaines dévastées, les terres incultes ou réduites à la moitié de leur valeur. La désolation régnait de tous côtés. Il faut penser que la seigneurie de Montérollier avait surtout excité la colère et la vengeance de l'Anglais ; car les Grouchy n'étaient pas moins patriotes que braves; et les ennemis de la France avaient maintes fois éprouvé la pesanteur de leurs bras , la force de leur courage , les ressources de leur génie. Ils eurent dans les Pevrel de dignes auxiliaires et de dignes successeurs. La famille Pevrel , originaire d'Angleterre , avait été contrainte de venir chercher en France un asile, pour se soustraire aux persécutions dont elle était menacée dans son pays natal. Elle s'allia avec la famille de Grouchy, et posséda le fief de Montérollier jusqu'à la fin du xvu e siècle.
Lorsque, sous les règnes malheureux des premiers Valois, les Anglais vinrent faire la conquête du royaume de France , et que les princes d'outre-mer s'intitulaient fièrement rois de France et d'Angleterre, jamais les seigneurs de Montérollier n'acceptèrent de bonne grâce la loi des vainqueurs; toujours ils restèrent fidèles au drapeau des Philippe, des Jean le Bon et des trois Charles. Honneur à eux! Aussi furent-ils dé-
pouillés de leurs biens et traités comme rebelles par les monarques anglais.
Nous avons , à la date du 26 avril 4419, la relation d'une première pièce curieuse, déposée aux archives de Londres, et dont nous devons la communication à l'illustre Bréquigny. Nousiroyons dans cette charte , délivrée par le roi d'Angleterre Henri Y, que ce prince, à cause des bons services que lui a rendus son cher Thomas Maisterson, écuyer, lui concède les fiefs, terres et domaines de Monsteraulier et du Mesnil-Duredent, avec toutes leurs dépendances et appendances, et toutes les possessions que Jehan de Grouchy, chevalier, seigneur de Monsteraulier, rebelle, comme il est dit, avait coutume de tenir, avec « la réversion du fief et terre de Neuville, que la dame veuve de Jehan de Saint-Moris , chevalier, dont ledit Jehan de Grouchy est le neveu (ou petit-fils) et vrai héritier, tient pour le présent : lesquels fiefs, terres et domaines, situés dans les bailliages de Rouen et de Gaux, seront à l'avenir tenus et possédés par le prédit Thomas Maisterson, jusqu'à la valeur de 500 fr. par an, et car hommage qui nous sera rendu en notre château de Rouen, avec une haste de lance, à la fête de la Nativité.
« Réservée toujours à nous (continue la charte) et à nos héritiers la haute et suprême justice, et tout autre droit qui pourra nous appartenir.
* A condition que le même Thomas et ses héritiers soient disposés à se rendre, toutes les
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fois que besoin sera, dans notre château ou ville de Rouen , avec leurs t/ehs et serviteurs , bien et convenablement armés pour la guerre, et munis à leurs propres frais ; et, de plus , pourvu qu'ils aient été avertis raisonnablement de noire part ou de nos héritiers (1). »
Bientôt nous saurons quelle terrible et noble vengeance Jehan de Grouchy et ses parents ou successeurs réservaient aux conquérants anglais.
La Normandie, plutôt contenue que soumise, subissait le joug de la domination anglaise et brûlait de s'en affranchir. Une année à peine s'était écoulée depuis que Rouen avait vu, dans son enceinte, s'allumer le bûcher de Jeanne d'Arc, et
(1) Collect. Bréquigny, Norm., vol. iv. — xliv* de la collect. gén. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1858, p. 80, no 458.
1419, 26 avril.
Rex omnibus, etc. Sciatis quod pro, etc. , quod dilectus nobis Thomas Maîstërsôn, armiger, nobis impendit, etc., coticessîmtis ei feoda, terras et dominica de Monsteraulier, et du Mesniï-Duredent, cum omnibus, etc.; possessionibus quibuscumque, que Johannes de Grouchy, chivaler, dominus de Monsteraulier, rebeîlis, ùt dicitûr, tenere isélebât uha tutfi revèrsione feodi et terre de Neuville, que domina que Fuit uxor Johannis de Saint- Moris, chivaler, cui predictus Johannes de Grouchy, nepos et vents hères existit, de presenti tenet ut dicitur, que quidem feoda, terre et dominica infra balliàgia de Rouen et de Gaux situata sunt, habend et tenend omnia predicta feoda, terras, etc. \ prefato Thome, etc., usque ad valorem quingentorum francorum per annum, etc., apud castrum nostrum Rothomagi unam hastam unius lancée ad festum Natalis, etc.
Reservata, etc. Proviso, etc. In cujus, etc. Teste Rege, ut supra.
des tentatives sans cesse renaissantes, des complots imparfaitement étouffés dans le sang, témoignaient que le vieux patriotisme français n'était point éteint dans les cœurs, et qu'il se ranimerait avec énergie lorsque sonnerait l'heure de la délivrance. Entre toutes ces tentatives de partisans isolés, qui tenaient l'occupation étrangère dans de continuelles alarmes, et qui malheureusement prenaient trop souvent les formes du brigandage , il en est une que l'étonnante audace dé l'entreprise, le succès momentané qu'elle sut conquérir et que suivit trop tôt une catastrophe déplorable , ont rendue particulièrement célèbre. C'est la surprise du château de Rouen par une centaine d'aventuriers, sous la conduite d'un gentilhomme normand, nommé Ricarville.
Entreprise téméraire s'il en fut, que celle d'enlever nuitamment, par escalade et avec une poignée de soldats, une formidable forteresse remparée de fossés profonds et défendue par une nombreuse garnison ! Si pourtant cette tentative eût pleinement réussi; si, maîtres un instant du château, ces intrépides champions eussent suffi à le défendre, la ville de Rouen ouvrait ses portes aux défenseurs du droit national, et la Normandie était peut-être reconquise vingt ans plus tôt.
On connaît la funeste issue de cet imprudent et sublime dévouement; les courageux assaillants furent abandonnés lâchement par ceux qui s'étaient avancés à leur suite pour les sou-
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tenir. Ricarville lui-même, si l'on en croit l'historien le mieux informé, après avoir conduit l'escalade et avoir regagné la campagne pour presser l'arrivée des renforts, ne put rejoindre ses compagnons, et ceux-ci, bientôt assiégés de toutes parts, durent cesser toute résistance et se mettre à la discrétion du vainqueur. Mais le vainqueur fut impitoyable, tant l'épouvante qu'il avait ressentie imposait silence à sa pitié. Cent cinq têtes tombèrent sous la hache du bourreau; c'était le nombre des héroïques aventuriers, auteurs et victimes de cette audacieuse entreprise (1).
Le compte de dépenses et de recettes de la vicomte de Rouen pour l'année 1431 finissant à Pâques 1432, si savamment analysé par Fé minent archiviste de la préfecture de la Seine-Inférieure, peut servir à éclairer d'une lueur funèbre ce tragique dénoûment. Il contient la mention du salaire que réclame, pour son terrible office, l'exécuteur de cette justice sans merci : cxilivres mi sols pour avoir traîné sur une clayeau bout d'une
charette, .avoir décapité, escartellé et pendu le$
quatre membres aux quatre portes , le corps au gibet , et assis la teste sur une lance (c'est le traitement que subit un des principaux fauteurs de l'entreprise), et aussi avoir semblablement décapité les personnes dont les noms ensuivent Puis vient la
(1) Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, 1856, p. 247.
désignation par noms, prénoms et lieu d'origine des cent cinq victimes, au nombre desquelles nous trouvons Philippot de Grouchy, bastar, de Montéraullier (1).
Tel est le premier nom glorieux que fournit à l'histoire de Normandie ce simple et pauvre village de Montérollier, aujourd'hui si obscur et si complètement oublié. Vaillant Philippot de Grouchy ! que votre mémoire soit à jamais chère aux Normands! Qu'ils bénissent à jamais votre dévouement suprême, et que le nom de Grouchy soit gravé en caractères indélébiles dans le cœur de tous les Français !
« Deux sires de Montérollier, dit M. de Durànville, des familles de Grouchy et de Pevrel, se rattachent glorieusement à l'histoire de la viBe d'Harfleur, et l'on peut signaler dès maintenant qu'il ressortira , de la suite de ce récit , une connexité remarquable entre la ville d'Harfleur et la vallée de Varenne. Les illustrations de Tune viennent se refléter sur l'autre. Cet échange et ce croisement d'événements sont, du reste, chose qui se rencontre assez fréquemment; les lieux, comme les hommes, ont des parentés; de même qu'en écrivant les fastes généalogiques d'une famille, on arrive naturellement à parier d'autres familles qui ont contracté avec elle des alliances, on rapproche ainsi les lieux les uns des autres.
(1) Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, 1856, p. 325.
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C'est pour cette raison qu'il est utile de placer les faits locaux sur le grand fond de l'histoire générale. On peut imiter les constructeurs et disposer quelques pierres d'attente contre lesquelles viendront se cimenter les existences historiques d'autres lieux. Une jonction intime doit s'établir entre les fastes de l'humble village et ceux de la cité puissante du moyen âge, dont Henri Y ne se rendit maître qu'avec une armée considérable et après un siège bien rude. En parlant de Montérdllier, il faut «écessairement parier d'Harfleur. Quand Jean 4e Grouchy, sire de Montérollier, trouvait une mort des plus glorieuses sous les murs de cette ville, toute la Normandie souffrait du joug des Anglais et soupirait après une prompte délivrance. Le duc de Bedfort, régent du royaume de France, pour les insulaires, venait de mourir, et son successeur, le duc d'York, apprenait chaque jour de nouveaux désastres. La misère était grande dans les campagnes, et leurs habitants ressentaient, aussi bien que ceux des villes , ce qu'avait de pénible et d'humiliant l'asservissement à un sceptre étranger.
c En 1436, les paysans du pays de Caux se soulevèrent, ayant à leur tête un nommé Le Carnier, et Jean de Grouchy, sire de Montérollier, que sa valeur et son zèle à délivrer le peuple ont fait surnommer le Père des Cauchois. Deux ans auparavant, un soulèvement semblable avait eu lieu en basse Normandie , où l'on comptait jusqu'à cinquante mille insurgés. Le
sentiment national vivait au fond de leurs âmes, et, quoique habitant sous le chaume, ils tenaient à honneur de n'être gouvernés que par des souverains français, qui eussent dans leurs veines le sang glorieux de Louis IX et de Charles le Sage. Le soulèvement s'opéra très-rapidement et peutêtre en premier lieu dans cette vallée de Varenne où Jean de Grouchy devait avoir de l'influence.
* L'an 1436 principalement, lisons-nous dans la Chronique de Normandie, c ce fut la grand'rebellion du pays de Caux, et estoit leur chef le nommé Le Carnier, qui estoit vaillant homme.
La commotion du peuple fut grande, et vindrent courir jusques devant Rouen. D'autre part, les Anglois firent grand'guerre, et y eut plusieurs meurtres de costé et d'autre. Des Cauchois s'allièrent des François, et vindrent à leur aide La Hire, Floquet, le sire de Montéraulier, dont ce fut dommaige. »
« Nous trouvons de précieux détails, sur ce soulèvement des campagnes, dans le texte d'un moine de Saint-Denis , investi bien probablement des fonctions d'annaliste officiel. Il les remplissait ponctuellement, il accompagnait le monarque dans ses campagnes, et toutes les nouvelles adressées à la cour lui étaient parfaitement connues.
c On quitte le labour pour les combats et Ton transforme en glaive homicide le soc paisible de la charrue. Ces hommes accoutumés à tracer des sillons, à confier à la terre leur avenir et
celui de leurs familles, placent sur leurs épaules, en signe de ralliement, une croix blanche, avec une fleur de lis au milieu; ils inscrivent sur leurs bannières ces mots : Vive le roi , et se déclarent les plus fidèles amis de Charles VIL
c Ces guerres avaient probablement le caractère qu'ont eu toutes les insurrections de ce genre. On a vu, dans d'autres siècles, de ces soulèvements en masse ; sauf quelques nuances, amenées parles circonstances et par les siècles, ils avaient des traits communs, c Les paysans, dit l'auteur de la Chronique de Charles VI, se réunirent contre les ennemis du royaume, sous le nom de brigands. Comme ils portaient, pour la plupart, des bâtons ferrés à pointes très-aiguës, qu'on appelle piques en français, on les désigna sous le nom de Piquiers ou de Porte-Piques. Plusieurs d'entre eux n'avaient d'autres armes que des arcs de bois ou de vieilles épées couvertes de rouille. Aussi furent-ils d'abord un objet de mépris et de risée pour les ennemis; mais ils avaient à leur tête de robustes paysans, sous la conduite desquels ils sortaient des bois où ils s'étaient embusqués, et massacraient un grand nombre de leurs adversaires, surtout quand ils les surprenaient fourrageant avec leurs bêtes de somme. »
« Des guerriers qui font arme de tout sont du nombre de ceux dont on peut tirer bon parti dans certaines circonstances. Le sire de Montérollier sut profiter de leurs bonnes dispositions. Ayant des intelligences avec cent quatre habitants
d'Harfleur, de cette ville soumise au joug des Anglais depuis vingt ans, il s'en approche pendant la nuit avec ses intrépides Cauchois. Les assaillants escaladent les murs, Harfleur est reconquis, mais le sire de Montérollier tombe enseveli dans son triomphe. « Jean de Grouchy, qui, en trois rencontres, avait culbuté les Anglais, > dit M. Viau, devait verser encore un peu de sang et mourir sur leurs cadavres. C'était sa tâche à lui et sa destinée (1). »
Le véritable nom de ce sire de Montérollier a brillé de nouveau dans le xix e siècle, à Friedland, à Wagram et à la Moskowa.
Celui qui remplaça Jean de Grouchy dans la possession de la terre de Montérollier, c'est son gendre, Guillaume Pevrel, dont le nom va se retrouver encore dans les fastes de la ville d'Harfleur.
En 1438, funeste époque de guerres, de peste et de famine, les insulaires se présentent de nouveau devant Harfleur. Heureusement plusieurs chefs, et notamment Guillaume Pevrel, accourent à son secours. Harfleur est sauvé. En l'année 1440, cette ville, ayant alors pour gouverneur Jean d'Estouteville , est assiégée par Talbot, Sommerset et Dorset. Les guimbardes anglaises font pleuvoir sur elle une grêle d'énormes boulets de pierre de vingt à vingt-huit pouces de diamètre. Guillaume Pevrel est tué en
(1) L. de Duranville, Revue de Routn, 1850.
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combattant vaillamment pour sa défense; il avait mérité de succéder au titre de Père des Cauchois qu'on avait décerné à son beau-père. Ainsi, deux sires de la commune de Montérollier ont rendu de grands services à la ville d'Harfleur; tous deux y ont trouvé une mort héroïque, l'un en tâchant de pénétrer dans cette ville, l'autre en voulant empêcher les ennemis d'y pénétrer. Les Anglais, taillés en pièces, à l'exception de quatre cents environ , sont réduits aux abois ; ceux qui échappent au carnage se précipitent dans leurs vaisseaux, et, sous la conduite de Guillaume Viennois, courent chercher un refuge et cacher leur défaite et leur honte sur les rivages de la Grande-Bretagne.
Cette' victoire fut heureusement suivie de la réduction des villes et châteaux des environs, et les enfants de ceux qui étaient morts à Calais purent revenir habiter leur pauvre patrie.
C'est en mémoire de ce glorieux événement que Ton. sonna depuis, tous les matins, à la pointe du jour, et par conséquent à l'heure même de l'attaque , cent quatre coups de cloche à l'église paroissiale d'Harfleur. Ce noble usage se perpétua jusqu'à l'ignoble époque de 93.
C'est encore en souvenir de ce brillant épisode du siège d'Harfleur que M. de Grouchy, seigneur de la Yillette, près Meulan, un des descendants de l'illustre Jean de Grouchy, avait aumône, en Tannée 1778, aux pauvres d'Harfleur, une distribution annuelle de pain, qui leur était délivré le
jour de la cérémonie commémorative de cette heureuse victoire, c'est-à-dire le 4 novembre de chaque année. Ce jour-là , on chantait à Harfleur une grand'messe solennelle, précédée de cent quatre coups de cloche et suivie d'un Te Dcum.
€ L'impitoyable 93 a fait taire cet hymne patriotique que la tour sonore d'Harfleur redisait chaque matin aux échos d'alentour. Il a fait taire ces chants qui célébraient la vaillance et les bras vainqueurs de nos aïeux. Combien de profondes émotions devait soulever cette funèbre cérémonie, célébrée dans l'église même où reposaient en paix les restes des guerriers, quand, à la lueur du jour assombri par les vitraux gothiques, le prêtre murmurait les prières pour ceux qui étaient tombés sur le seuil de leurs pères, en affranchissant leur pays! L'imposant appareil des basiliques, la voix mugissante du canon n'entretenaient pas ici l'Éternel des vaines grandeurs des puissances de la terre. Seulement, dans une simple nef, éclatait en chœur l'hymne du triomphe sur la poussière de quelques hommes obscurs dont le sépulcre avait dévoré jusqu'au nom : la foule priait pour les cent quatre.... Quelle autre pompe fallait-il à ce majestueux anniversaire? Le Te Deum retentissait du sommet du temple au fond des tombes; ne parlait-il pas assez haut de la réalité de la gloire et de l'égalité devant le Père commun?
« Après cinquante années de silence, cette fête s'est réveillée plus fraîche et plus belle que jamais par les soins de cet enfant d'Harfleur que
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je suis tenté de prendre pour un des fils des cent quatre, tant son cœur est plein d'amour pour sa patrie. Le 4 novembre 1840, la foule se pressait dans l'enceinte de l'église comme aux plus beaux jours de sa gloire. Le maréchal de Grouchy, digne rejeton du Père des Cauchois, a su embellir cette cérémonie en renouvelant à perpétuité une aumône fondée par un de ses ancêtres en 1778. Ce jour-là, on donna à cent quatre pauvres d'Harfleur trois kilogrammes de pain et deux kilogrammes de viande. La bienfaisance, assurément, est la plus belle manière d'éterniser la gloire ; et si l'aïeul sut conquérir les murs par sa vaillance, le petit-fils a su gagner les cœurs par ses bienfaits (1). »
Le premier des Pevrel qui vint en France, Jean I er , eut deux fils : l'aîné fut Jean II ; le second, Guillaume, que nous avons vu mourir au champ d'honneur, versant généreusement son sang pour le salut de la patrie qui avait recueilli son père dans son exil.
Jean II ne suivit point le parti de son frère puîné : il se rangea sous les drapeaux des ennemis de la France. Aussi les services importants qu'il rendit au roi d'Angleterre lui valurent-ils les bonnes grâces et les faveurs signalées de ce prince.
Ce dernier lui donna, à titre de récompense,
(1) L'abbé Cochet, les Églises de l'arrondissement du Havre, art. Harfleur.
le 27 juin 1448, les belles terres du Porquet, de Varengeville, dont nos ennemis avaient dépouillé les malheureux propriétaires.
Dès le premier moment de l'occupation anglaise, la terre tfOfiEranville Ait également octroyée au même Jean II de PevreL
Il avait à sa disposition de fort grandes richesses, et il put armer plusieurs vaisseaux pour l'Angleterre. Il faillit périr avec toute sa flotte dans un endroit connu aujourd'hui même sous le nom de Pas de Pevwl.
Jean II mourut vers le commencement d'octobre de Tannée 1448. Il avait épouse Thomasse de Tournebu, fille de Jehan de Tournebu, écuyer, seigneur de Bémecourt et de Marbeuf. Il en eut deux fils : Jean III et Guillaume, qui , comme le prouvent différents actes concernant la division des biens de leur grand-père maternel, partagèrent conjointement les terres, fiefs et seigneuries de Bémecourt, Varengeville, Oflranville, Hautot-sur-Dieppe, Hautot-FAuvray, etc.
Il paraît que Guillaume ne laissa pas d'enfants; du moins on ignore sa descendance.
Quant à Jean III, il est qualifié, dans plusieurs titres des années 1448 et 1449, écuyer, sire de Bémecourt, Varengeville, Offranville, Hautot, etc. Malheureusement pour lui, ou plutôt pour son fils, les conquêtes de Charles VII vinrent bientôt rétablir Tordre, la tranquillité et le bonheur dans notre pauvre patrie, si longtemps asservie, décimée et déchirée à la fois par tous les genres de fléaux.
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Les biens confisqués sous la domination an* glaise forent rendus à leurs légitimes propriétaires, et la maison d'Estouteville rentra en possession des terres d'Oflranville , Berneval, Hautot, etc. (1).
Quant à Jean III de Pevrel, il avait épousé Étiennette Martel, fille de Nicolas Martel, seigneur de Bacqueville et de Sainte-Marguerite. De ee mariage était issu Robert de Pevrel, écuyer, qualifié dans quelques actes sire d'Offranville, du Champdollent, de Bémecourt, etc.
Ce Robert de Pevrel épousa, en M56, Rauline ou Raotilette de Caux , dame de Montérollier. Il fut tué au siège de Gerberoy, et sa veuve épousa en secondes noces Guillaume d'Abancourt, que nous avons déjà rencontré dans le cours <te ce récit.
Comme Robert de Pevrel avait été obligé de restituer à la maison d'Estouteville les biens dont elle avait été dépouillée en faveur de son grandpère , ce seigneur est le dernier membre de la famille Pevrel qui ait porté le titre de sire d'Offranville, Varengeville, Hautot. Aucun de ses descendants, seigneurs de Bémecourt et de Montéroffier, n'osa désormais reprendre le nom de ces terres (2).
L'illustre famille de Pevrel demeura ainsi pro-
(1) Guilméth, Notices sur diverses localités du département de la Seine-Inférieure.
(S) GUILMETH , LOC. Cit.
priétaire de la terre de Montérollier jusqu'à la fin du xvu e siècle. Nous trouvons des aveux et titres divers de plusieurs de ses membres pendant deux siècles et demi.
Le 12 décembre 14-91, Guillaume Pevrel, escuier, délivre aveu au roi pour le fief de Montéraullier, à lui advenu et eschu par le trépas de feue damoiselle Raoulette de Caux, sa mère; deux jours après, le môme seigneur faisait foi et hommage à son suzerain, en la chambre des comptes de Paris (1).
Le 16 décembre 1498, nouvel aveu de Guillaume de Pevrel, duquel il résulte (2) : 1<> que, des deux colombiers qui, d'après l'aveu de 1455, étaient ruinés à l'occasion des guerres, un était réédifié en 1498;
2° Que le moulin à vent, détruit en 1455, était, en 1498, reconstruit et estimé à 20 livres de revenu annuel.
3° Avant les guerres, le fief de Montérollier comprenait 500 acres de terre labourable, compris les masures , jardins , etc., dont la valeur en rente annuelle était de 5 sols tournois. En 1455, il n'y en avait plus que 300 acres, à raison de 3 sols par an de rente. En 1498, nous en trouvons 350 acres, qui peuvent valoir 4 sols par acre, l'un portant l'autre.
. (1) A. I. — P. 278. Cote cxi. — mi c xv. Et P. 264. Cote