MODE DE RÉCEPTION DES ASSOCIÉES
Art. 29. — Chaque associée nouvellement élue, tenant un cierge à la main, récitera, à genoux, au pied de l'autel (ou devant l'image de la sainte Vierge), l'acte suivant :
« Sainte Marie, mère de Dieu, et vierge pré- « servée dès le premier moment de la tache du
« péché originel, je, N t vous choisis en cet in-
« stant pour ma reine, ma patronne, ma protec- « trice auprès de Dieu et ma glorieuse mère.
« Je prends aujourd'hui la résolution fixe de ne
t jamais abandonner votre culte, de vous hono- « rer par l'imitation de vos vertus , surtout par « une modestie exemplaire.
« Daignez donc, ô Vierge très-pure, m'admettre « pour jamais à votre saint service , et m'accor- « der votre très-puissante protection dans tous les « moments et pour toutes les actions de ma vie ; ne « m'abandonnez pas surtout à l'heure de ma t mort. Ainsi soit-il. »
Signature des associées après leur admission et réception ; année 1814.
Cette copie a été prise sur un original écrit de la main de Mg r de Simony (1).
Les jeunes gens n'avaient pas moins de droits à sa tendresse. Il ne se contentait pas de les instruire en public à l'église, dans des catéchismes réglés; en particulier chez lui, dans des réunions plus ou moins nombreuses, en toute occasion , il les accueillait avec une bonté paternelle, leur indiquait les moyens de réparer les défauts -d'une première éducation, et d'apprendre un état sans s'exposer à perdre leur vertu.
Au milieu des occupations d'une vie toute consacrée à la prière, à l'étude et aux œuvres de la charité, Mg r de Simony trouvait encore le temps de diriger par lettres plusieurs personnes du monde qui s'adressaient à lui et pour lesquelles il était une source inépuisable de sages conseils.
(1) Archives de la Fabrique de Montérollier.
DE M0NTÉR0LLIER. 285
Tous ceux qui le consultaient trouvaient dans ses réponses le mot que leur cœur désirait pour éclaircir leur doute, guider sûrement leurs pas, ou faire cesser leurs inquiétudes.
M. de Simony n'était pas de ceux qui aiment à répandre au loin les effets de leur zèle , tandis qu'ils négligent le soin de leur propre maison; tout était réglé dans la sienne comme dans une communauté , les heures du lever, de la prière , du repas, du coucher. « Je ne puis passer sous silence, nous dit une personne témoin de cette constante régularité , la manière dont M. de Simony édifiait les gens de sa maison , ainsi que les habitants des maisons voisines. 11 les réunissait le matin et le soir pour prier en commun, il leur faisait de pieuses lectures , suivies de courtes réflexions et de. cantiques analogues aux instructions qu'il venait de leur donner. »
Tous les moments qui n'étaient point réclamés par les œuvres de religion ou de charité, M. de Simony les consacrait à l'étude de la science sacrée. La sainte Écriture faisait ses délices. Il y joignait la lecture assidue de quelques saints Pères, en particulier de saint Léon, de saint Bernard, de saint Ambroise, de saint Grégoire le Grand; et ses notes, fruit de ses lectures, montrent qu'il étudiait avec cette application prévoyante, avec cette suite sans lesquelles il n'y a point de véritable science.
Son seul délassement était la promenade et le soin qu'il donnait à un magnffique jardin, dans
convenait, et, lorsqu'ils offraient quelque espérance, il n'hésitait pas à faire de plus grands sacrifices pour leur donner une éducation plus soignée. »
Tant de bonnes œuvres, qui allèrent toujours croissant jusqu'à son départ d'Osmonville, faisaient bénir son nom et le rendaient cher à tous les habitants. L'un d'eux croit ne pas pouvoir mieux rendre l'affection qu'on avait pour M. de Simony qu'en disant * que son zèle, sa douceur, sa bonté, sa charité, en avaient fait l'idole de la contrée. » Cependant quelquefois il eut à supporter, pour prix de ses aumônes et de ses bienfaits, les injures, les reproches les plus insolents de la part de gens grossiers, qui venaient se plaindre à lui sans ménagement, et lui adressaient des demandes aussi injustes que déplacées.
M. de Simony n'opposa constamment qu'une douceur inaltérable à l'insolence et à la rudesse de ces solliciteurs, qui exigeaient comme une dette les dons de sa charité. « Si , en faisant le bien, nous souffrons avec patience les outrages, disait-il alors, voilà le mérite devant Dieu ; mais où serait ce mérite, si nous trouvions toujours dans ces pauvres gens la politesse et les égards qui ne laissent plus rien à faire à la patience? » Quelquefois même il eut à gémir de voir tourner contre Dieu le bien qu'il faisait. 11 s'était chargé, sur une simple recommandation, des frais d'éducation dune jeune fille dont le père était en prison pour cause politique. M. de Si-
DE MONTÉROLLTER. 289
monylamit d'abord en pension à Paris, puis auprès de la sœur qu'il avait établie à Montérollier, pour préserver sa jeunesse des dangers qu'elle pouvait courir. Lorsque le père de cette jeune personne sortit de prison, en 1814, il n'eut rien de plus pressé que de venir chercher son enfant, qui partit avec lui, sans témoigner la moindre reconnaissance à son bienfaiteur, sans aller même lui faire ses adieux. Peu d'années après, ayant rencontré dans les rues de Paris une nièce de M. de Simony, elle s'arrêta pour lui dire que, grâce à l'instruction qu'il lui avait fait donner, elle obtenait beaucoup de succès au théâtre.
M. de Simony, en apprenant cette nouvelle, fut plus sensible à l'abus que cette pauvre fille faisait des dons qu'elle avait reçus du ciel qu'à son ingratitude; mais il n'accusa que lui-même, nous dit la personne qui nous fait connaître ce trait, et se reprocha d'avoir peut-être cédé trop vite et sans examen aux instances qui lui avaient été faites. Plus d'une fois encore on surprit sa charité par des récits mensongers, par l'exposé de misères fictives, sans que jamais elle se soit refroidie.
M. de Simony ne savait point refuser un homme qui se présentait à lui revêtu des livrées de la pauvreté, et tous ceux qui étaient malheureux ou affectaient de l'être avaient un droit acquis à sachante. «Après. tout, disait-il, il faut être bien misérable'pour chercher à intéresser la
charité par les apparences de la misère (1). > Il n'était pas nécessaire, du reste; d'être réduit à l'indigence pour avoir part aux effets de sa charité. « M. de Simony, nous écrit-on, était bon et bienfaisant pour tout le monde; et après tant d'années, la reconnaissance publie encore sa générosité. Ici, c'est un homme qui se trouve dans une bonne position de fortune , et qui déclare la devoir aux libéralités de M. de Simony et à sa bienveillante recommandation près du nouveau propriétaire de ses biens. Là, c'est une bonne fermière qu'il a dotée et qui jouit maintenant d'une honnête aisance. Ailleurs, c'est un autre fermier qui, depuis quelques années, lui était redevable de plusieurs mille francs, et àqui M. de Simony en a fait la remise entière. Il était, pour tous ses fermiers, le meilleur des propriétaires, et il voulait toujours prendre une large part dans les pertes qu'ils éprouvaient. Un grand nombre d'autres, enfin, reconnaissent qu'ils lui doivent et la profession qu'ils exercent et le peu de biens qu'ils possèdent. » Un seul trait fera voir avec quelle générosité il continuait sa protection et ses soins à tout ce qui avait été attaché , même de loin , à son service. En arrivant à Montérollier, il avait trouvé un garde assez âgé. A son départ, il ne se contenta pas de le recommander à son successeur, qui Ta toujours conservé , mais il lui servit constamment une rente
(1) Vie de Mgr de Simony, par M. Perronne , in-12.
de 300 fr. jusqu'à sa mort (1847), et depuis, une rente de 200 fr. à sa veuve.
Dans les nécessités extraordinaires, sa charité faisait les derniers efforts. Pendant les dures années de 1816 et 1817, il fut la providence vivante et le sauveur des pauvres dans les paroisses de Montérollier et de Saint-Martin-Osmonville. L'hiver de 1816 avait été froid et désastreux. Le manque de grains et de farine se faisait vivement sentir, et la frayeur accroissait encore le mal. Dans plusieurs communes voisines, des révoltes avaient éclaté. Grâce à sa prévoyante charité, aucuns troubles n'eurent lieu dans le pays qu'il habitait. Il acheta du blé en quantité pour le distribuer aux pauvres. « Je bénis Dieu, écrivait-il à sa sœur, qui était alors à Paris, de ce que tu n'as pas l'aspect de la misère qui règne à Osmonville, et les inquiétudes des bruits qu'on y répand.... Que deviendrons-nous d'ici à sept mois qui doivent s'écouler jusqu'à la prochaine récolte? Dieu seul le sait. J'avais chargé M.... de m'acheter, à l'époque de Noël, du blé pour les pauvres. Il y a mis son hésitation ordinaire; je n'ai plus de blé, et il vaut maintenant 100 fr. Dieu soit béni du tout. »
Nous ne pouvons passer sous silence un petit trait qui fait voir combien la charité de M. de Simony était ingénieuse à trouver des expédients pour les moindres intérêts des pauvres. En 1815, il fit construire , près de sa maison , un moulin « qui a été, rapporte un grave témoin d'Osmon-
ville, un bienfait pour le pays. En effet, M. de Simony, en louant ce moulin, se réserva le droit d'y faire moudre gratuitement tout le blé dont il aurait besoin pour les pauvres. Un autre avantage résultait de cet établissement : c'est que, par l'effet de la concurrence que ce moulin faisait % aux autres meuniers de la vallée, les pauvres qui avaient du blé à convertir en farine pour leur usage faisaient faire ce travail à meilleur compte. » Voici en quels termes, moitié joyeux, moitié sérieux, il apprenait à sa sœur la mise en activité de ce nouvel établissement : « Depuis ton départ, il s'est fait bien du bruit à Osmonville; le moulin a engrainé mardi dernier, et à dix heures et plus du soir, lorsque j'attendais, un livre à la main, dans mon lit, que le sommeil vint clore ma paupière, M. Rasset m'a apporté les prémices d'une farine d'une éclatante blancheur , ce qu'il admirait d'autant plus qu'elle était faite de ton pauvre blé de la Croûte. Je l'ai , sous ton bon plaisir , destiné aux pauvres. Le cœur de M. Rasset bat aussi fort que le moulin, qui fait un tapage de diable et qui va un train à désoler les envieux. Déjà on y apporte quelques meunages, mais point encore assez à son appétit, car on dit qu'il moud promptement. Quant à moi, grâce à Dieu, je jouis sans passion du succès , mais je me reproche presque de trouver si amusant ce bruit, ce mouvement de la machine , ce tripotage de blé et de farine, les mines des avenants , comme le disait M. Rasset , et leurs propos. J'ai bien de
DE MONTÉROLLIER. , 293
la peine aussi à penser qu'il y a un peu de crèvecœur pour mes confrères les meuniers; mais je me persuade que cela fait tant de plaisir au public et tant de bien aux pauvres, que c'est une compensation.... »
Pour ne point interrompre le récit de ses bonnes œuvres dans ces deux paroisses, nous dirons que plus tard M. de Simony ne voulut point quitter un pays qui lui était si cher sans laisser des témoignages durables de sa tendre affection pour les pauvres et de sa prévoyante sollicitude pour leurs besoins. Il donna, par acte notarié, à M. le curé de Montérollier et à ses successeurs , une rente annuelle et perpétuelle de 300 fr., pour être employée tout entière, en nature et non en argent, au soulagement des vieillards, des infirmes et des malades, et à l'acquisition de tous les objets nécessaires aux enfants pauvres que l'on verrait plus assidus aux offices et instructions religieuses et plus réglés dans leur conduite. On ne sera pas étonné que M. de Simony pose ici comme condition d'une partie des secours qu'il destinait aux indigents, l'assiduité aux offices et aux instructions pieuses. Il ne pensait pas, comme le disent quelquefois certaines personnes , que ce fût abuser de la misère des pauvres que de les obliger, au moyen du pain matériel , à venir recevoir le pain de la parole qui nourrit l'âme. Il regardait avec raison l'instruction chrétienne comme la seule base véritable des devoirs , la source unique des consolations dont tous les
hommes, mais les pauvres plus que tous les autres, ont un si grand besoin, et il disait souvent que, malgré leur misère, ils ont encore plus besoin de paroles de consolation, d'encouragement, en un mot d'instruction, que de pain. M. de Simony donna aux pauvres de Saint-Martin- Osmonville une rente de 100 fr. annuelle et de même nature (1).
Nous reproduisons dans son entier ce nouvel acte de générosité de M. de Simony :
« Par-devant M e Petit de Réimpré et son collègue, notaires à Soissons, soussignés,
« Fut présent :
« Mg r Jules-François de Simony, évêque de Soissons, y demeurant,
«: Lequel, par ces présentes, fait donation entre vifs, pure, simple et en la meilleure forme que donation puisse valoir, mais sous les conditions dont va être parlé ,
« A M. le curé desservant laparoisse deMontérollier, canton de Saint-Saens, arrondissement de Neufchâtel , département de la Seine-Inférieure , et ses successeurs à perpétuité ,
« Trois cents francs de rente annuelle 5 p. 0/0, consolidés sur le grand-livre de la dette publique, à prendre en une inscription de quatre cents francs expédiée au profit de mondit seigneur évoque sous le n° 47,212, série 3 e , desquels il s'oblige de faire le transfert audit sieur curé aussitôt
(1) Vie de Mg r de Simony, par M. Pcrronne, in-12.
DE MONTÉROLLIER. 295
qu'on lui aura fait connaître l'acceptation de la présente donation par les autorités compétentes.
c Cette donation est faite à la charge, par ledit sieur curé qui s'y obligera pour lui et ses succès* seurs à perpétuité , d'employer tout le revenu de ladite rente pour les pauvres de la paroisse, en y comprenant ses hameaux et son annexe, selon les frais détaillés ci-après, savoir : pour pain, viande, linge, médicaments , le tout en nature et non en argent, pour les vieillards et infirmes et les malades; pour pain et vêtements pour les enfants pauvres qui fréquentent les catéchismes ; pour livres de piété, cantiques et papier pour les ern fants pauvres qui fréquentent l'école et sont assidus aux instructions chrétiennes; pour des récompenses en livres de piété, images et chapelets pour les jeunes gens des deux sexes qui, au ju-> gement de M. le curé et particulièrement d'après le témoignage de la sœur chargée de l'école des filles , seront plus assidus aux offices et instructions, plus réglés dans leur conduite, plus appln qués à leurs devoirs; en un mot, d'un meilleur exemple parmi ceux de leur âge ; pour indemnité au maître d'école à cause des enfants pauvres qu'il y recevrait sur l'ordre de M. le curé; enfin, pour réparations à la maison d'école des filles tenue par la sœur d'Ernemont qui y est établie.
€ Mondit sieur curé ne sera tenu de rendre compte de ladite rente qu'à Dieu et à Monseigneur l 9 archevêque ou à tout autre ecclésiastique que ledit
seigneur archevêque jugerait à propos de commettre
à V effet de la recevoir.
€ Cette donation est ainsi faite, parce que telle est la volonté du donateur.
« Fait et passé à Soissons, au palais épiscopal, le 29 novembre 1825, et, après lecture faite, ledit seigneur de Simony a signé avec les notaires.
« Ensuite est écrit: Enregistré à Soissons, le 29 novembre 1825, fo 192; signé Hervet. *
Par suite delà loi sur la réduction des rentes, le curé, distributeur, n'a reçu que 270 fr. depuis 1852.
Cette donation, évidemment faite aux pauvres, ne pouvait être acceptée que dans les formes administratives. Une ordonnance du roi, en date du 26 octobre 1828, a autorisé M. le maire de la commune de Montérollier à accepter ladite donation de 300 fr., dont l'emploi serait fait conformément aux intentions du donateur et sous la surveillance du préfet (1). Par suite, l'acceptation en eut lieu suivant acte passé devant M e Lefebvre, notaire à Saint-Saens, qui en a gardé la minute, en présence de témoins, le H décembre 1828.
Les termes et de la donation et de son accep* tation peuvent présenter, quant à la manière d'en employer les fonds, quelque ambiguïté dans l'esprit de certaines personnes , laquelle doit dispa-
(1) Modification très-importante à la première volonté du donateur, quant à la surveillance à exercer sur l'emploi des fonds , mais que le gouvernement, d'après la loi qui régit la matière des testaments et legs , ne pouvait autrement accepter.
raître pourtant après un mûr examen. En 1850, en effet, il s éleva, à ce sujet, quelque léger conflit qui ne tarda pas toutefois à s'apaiser. Ce fut à cette occasion que le receveur municipal de la commune et du bureau de bienfaisance de Montérollier rédigea une note pleine de sens et de judicieuses observations, que nous nous faisons un devoir de reproduire :
« Le receveur du bureau de bienfaisance de Montérollier, soussigné, déclare :
« 1° Qu'il est porteur des titres constitutifs de la rente de 300 fr., léguée par feu M. de Simony aux pauvres de la commune de Montérollier et acceptée par le maire de cette commune, sous la condition expresse, réservée par le donateur, admise par le conseil municipal, et sanctionnée par le gouvernement , que la distribution des revenus de cette rente sera faite par les desservants successifs du même lieu, sous la surveillance de M. le préfet ;
« 2<> Que ces titres lui ont été remis par ordre de l'administration supérieure, en 1838 (époque de la création du bureau de bienfaisance), en même temps que le certificat d'inscription départementale de la rente dont il s'agit , en vertu duquel il en touche les intérêts;
€ 3° Qu'à partir de la même époque, cette rente est portée au budget de cet établissement, où son produit figure en dépense libellée comme il suit :
« Emploi de la rente de 300 fr. conformément à la donation de M. de Simony, ci. . . 300 fr.
« Laquelle somme est versée, chaque année, à M. le curé de Montérollier, sur la production de deux mandats semestriels, délivrés par l'ordonnateur, et reproduisant toujours le texte : Pour être employée conformément à la donation, etc.
« 4° Que le receveur joint à ses comptes annuels ces mêmes mandats, dûment quittancés par la partie prenante, et sans exiger aucune autre pièce justificative de la dépense, cette dernière formalité n'ayant jamais été signalée comme nécessaire par le receveur des finances qui vérifie les comptes, ni réclamée par le sous-préfet qui les examine et les revêt de son visa, ni prescrite par le conseil de préfecture qui les juge;
« 5<> Et qu'en définitive, la surveillance de M. le préfet étant exercée au moyen de renseignements puisés dans la localité et consignés sur un tableau d'emploi de fonds réclamé tous les ans par ce magistrat, on ne devait guère s'attendre à ce que , malgré tous ces précédents qui ont fait règle jusqu'à ce jour, le conseil municipal refuserait d approuver le compte de la gestion 1850, sous le prétexte, dit-on, que le distributeur des 300 fr. ne rend pas un compte spécial et détaillé de l'emploi de cette rente ; — à l'égard de quoi il n'est pas inutile d'observer ce qui suit :
« Aucun titre (actes de donation et d'acceptation, ordonnance d'autorisation, budgets v états y annexés, délibérations approuvées, autorisations
supplémentaires quelconques) ne fixe et n'indique en aucune façon la somme à affecter à chaque espèce de dépenses désignées dans l'acte primitif {non modifié sous ce rapport) et auxquelles il a fallu pourvoir; et si l'on considère que la plupart de ces dépenses n'ont aucun caractère de fj^ité et même d'analogie entre elles, puisqu'il y en a qui concernent les vieillards, les enfants, les malades, les écoliers des deux sexes, tandis que d'autres doivent s'appliquer à l'instituteur, à la maison d'école de filles (en travaux de réparation); d'autres enfin en secours aux pauvres et aux malades d'une commune voisine (où il y a une comptabilité étrangère à celle du bureau de bienfaisance de Montérollier, avec laquelle elle ne peut être confondue), etc., etc.; toutes ces dépenses si diverses, si variables, si accidentelles, ne pouvant être l'objet d'aucune prévision certaine, non plus que le chiffre à leur affecter respectivement, d'aucune précision possible, nulle base fixe ne peut donc exister à l'égard du compte spécial et régulier que l'on demanderait; et, partant, ce compte serait à peu près illusoire. Ce serait tout simplement le compte moral que le distributeur des fonds se rend à lui-même, et qui, n'étant pas susceptible de vérification à fond, ne figurerait dans la comptabilité officielle que pour la forme.
« Cependant, le conseil municipal, étant maintenant appelé à délibérer sur la comptabilité des
établissements charitables, est pleinement en droit d'émettre à ce sujet tel vœu qu'il lui plaira, telles observations qu'il jugera nécessaires; et il faut respecter ses résolutions, en attendant que l'autorité supérieure ait statué sur leur opportunité et leur valeur.
c Fait à Saint-Martin-Osmonville, le 14 août de l'année 1851.
c Signé : G. Làbbé (1). »
On connaît assez l'esprit de religion dont M. de Simony était animé et l'affection qu'il portait à la maison de Dieu pour penser que les églises des deux paroisses de Montérollier et de Saint- Martin ne furent point oubliées dans ses pieuses libéralités. Nous avons vu qu'autrefois il existait, à l'extrémité de la paroisse de Montérollier, vers Mathonville, une chapelle dédiée à saint Désiré, où se rendaient en pèlerinage ceux qui étaient atteints de fièvres intermittentes. Depuis longtemps cette chapelle était tombée en ruines. M. de Simony résolut de la rapprocher de l'église, dont elle était fort éloignée. Ce projet allait recevoir son exécution , lorsque M. le curé et les principaux habitants prièrent M. de Simony d'employer la somme qu'il destinait à cette chapelle à la restauration de l'église de Montérollier, dans laquelle une chapelle pourrait être dédiée spé-
(1) Archives de la Fabrique de Montérollier.
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cialement à saînt Désiré. M. de Simony, ne voulant rien décider par lui-même, demanda et obtint l'autorisation nécessaire, et fit don à l'église de Montérollier d'une somme de 1,200 fr. pour l'embellissement de l'église et la décoration d'une chapelle qui porte maintenant les noms de saint Julien et de saint Désiré.
Nous donnons ci-dessous l'ordonnance archiépiscopale relative à cette translation :
c Gustave-Maximilien-Juste, prince de Croy, par la miséricorde divine et la grâce du saintsiège apostolique, cardinal de la sainte Église romaine, archevêque de Rouen, primat de Normandie, grand aumônier et pair de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, primicier du chapitre royal de Saint-Denis, etc.,
c Vu- la demande formée par M. Eecerf , desservant de la paroisse de Montérollier, tendant à obtenir que la chapelle dédiée à saint Julien porte désormais les noms de saint Désiré et de saint Julien ,
« Considérant la grande dévotion que les habitants de Montérollier ont pour saint Désiré , dont ils réclament le secours dans leur maladie,
« Et voulant favoriser les intentions pieuses de Mg r de Simony, évêque de Soissons , qui accorde une somme de 1,200 fr. pour la décoration de cette chapelle,
« Nous avons ordonné et ordonnons que la chapelle placée dans l'église de Montérollier et
dédiée jusqu'à ce jour à saint Julien, portera les noms de saint Désiré et de saint Julien.
« Donné à Rouen, etc., le 2 avril 1828.
« Signé : l'abbé Coudrin,vîc. gén. (1). *
Dans ces dernières années, la fabrique forma le vœu que la parcelle de terrain contenant huit ares neuf centiares, ainsi que les matériaux provenant des ruines de l'ancienne chapelle de Saint* Désiré, fussent vendus aux enchères publiques et sur la mise à prix de 202 fi\, montant de l'estimation pour le tout, pour, le produit de cette vente, être employé en achat de rentes sur l'État. La fabrique fut autorisée à opérer cette vente, par décret du président de la république française, en date du 24 mai 1852, mais elle n'a pas encore usé de son droit. On ne saurait trop déplorer ces actes de destruction que l'archéologie et l'histoire traitent , avec juste raison, d'actes de vandalisme. Nous adjurons la fabrique de Montérollier de conserver à la vénération des fidèles ces respectables restes de la dévotion de nos pères.
Le cimetière d'Osmonville, depuis la destruction de l'église , était resté abandonné. M. de Simony, par respect pour ce lieu consacré par la religion, Tacheta, le fit enclore de murs, et, lorsqu'il vendit sa propriété , il en fit la réserve expresse pour qu'il ne pût jamais être livré à aucun
(1) Archives de la Fabrique de Montérollier.
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usage profane. Plus tard, il constitua une rente perpétuelle à l'église de Montérollier, à la charge de faire célébrer chaque année une messe de Requiem, pour le repos de l'âme de M. et de M m e de Sully et de M. Maximiliende Sully, et aussi une messe haute de Requiem, le jour anniversaire de la mort du donateur, lorsqu'il aurait plu à Dieu d'en disposer en l'appelant à lui. Nous donnons ci-dessous copie de cette nouvelle libéralité :
c Par-devant Me Petit de Réimpré et son collègue, notaires royaux à Soissons, soussignés,
f Fut présent :
c Mg r Jules-François de Simony, évéque de Soissons, y demeurant, lequel a, par ces présentes, fait donation entre vifs, pure, simple et en la meilleure forme que donation puisse valoir, à la fabrique de Montérollier, canton de Saint- Saens, cinquante francs de rente annuelle, 5 p. 0/o, consolidés sur le grand-livre de la dette publique, à prendre dans une inscription de cent cinquante francs expédiée au profit de mondit seigneur de Simony, sous le numéro 36,566, série 3 e , desquels ledit seigneur comparant s'oblige de faire le transfert à ladite fabrique aussitôt qu'on lui aura fait connaître l'acceptation de la présente donation par les autorités compétentes.
« Cette donation est faite à la charge, par la fabrique qui s'y obligera à perpétuité, 1° de faire célébrer chaque année, le 10 juin, ou, en cas
d'empêchement, le jour libre le plus prochain, une haute messe de Requiem pour le repos des âmes de MM. Maximilien-Gabriel-Louis et Maximilien- Alexandre, ducs de Béthune-Sully , et de M me Alexandrine- Bernardine - Barbe - Hortense d'Espinay Saint-Luc, duchesse de Sully;
« 2° Lorsqu'il aura plu à Dieu de disposer dudit seigneur donateur, en l'appelant à lui , de célébrer également, pour le repos de son âme, une messe haute de Requiem, le jour anniversaire de sa mort, ou le jour le plus près qui ne serait point empêché.
c 3° Les deux services ci-dessus seront annoncés au prône, les fidèles y seront invités , et les enfants y seront conduits par les maître et maîtresse d'école.
« Cette donation est faite parce que telle est la volonté dudit seigneur de Simony.
t Fait et passé à Soissons, au palais épiscopal, le 29 novembre 1825, et, après lecture faite, mondit seigneur de Simony a signé avec les notaires.
« En marge est écrit : Enregistré à Soissons, le 29 novembre 1825, fo 192. — Signé Hervet. >
Cette donation a été acceptée par délibération du conseil de fabrique, le dimanche 8 janvier 1826.
A la suite d'une délibération du conseil de fabrique, en date du 12 octobre 1856, au sujet de la fixation des honoraires pour ces deux services, Mgr Blanquart de Bailleul rendit, le 17 octobre
DE MONTÉROLLIER. 305
de la même année, l'ordonnance qui fixa de la manière suivante ces honoraires pour chacun des deux services :
1° Le célébrant . . . • ,. 6fr. »»c.
2° Deux chantres. ..... 2 50
3° Deux enfants de chœur. . . i 20 4° Clerc, sacristain, diantre et
sonneur 2 30
(I) Total .... 12 f. 00c.
Indépendamment de ces dons extraordinaires, Mg r de Simony contribuait annuellement à l'embellissement , à la décoration des deux églises de Montérollier et de Saint-Martin, à Tachât d'ornements et de tout ce qui pouvait contribuer à la décence et à la majesté de l'office divin.
Ce fut dans Tannée 1816, alors qu'il répandait dans le sein des pauvres les trésors de sa charité, que son cœur fut soumis de nouveau à une cruelle épreuve, en apprenant la maladie mortelle de M. Chervaux, son premier élève, qui lui était resté uni par les liens de la plus tendre amitié. Il se rendit en toute hâte à Bellegarde, pour assister son cher enfant et recevoir son dernier soupir. La mort l'avait prévenu. 11 ne trouva en arrivant que des restes inanimés, des larmes, une douleur sans mesure, mais aussi une foi victorieuse et une résignation toute chrétienne.
• M. de Simony n'était pas resté spectateur indifférent des grandes agitations dont la France fut
(i) Testament de Mg 1, de Simony.
le théâtre depuis 1792 jusqu'en 1815. Non-seulement il avait des convictions politiques profondes et bien arrêtées, mais il ressentait vivement les malheurs de son pays. Il salua donc avec joie le retour des Bourbons comme un gage de paix et de bonheur pour la France, pour l'Église et pour l'Europe entière. Ses frères, depuis si longtemps exilés, purent enfin rentrer dans leur patrie, et y reprendre dans la marine les emplois et les grades que leurs services leur avaient acquis. Toutefois, M. de Simony déplora sincèrement les suites désastreuses pour la France de l'invasion des alliés et de leurs prétentions exorbitantes. »
Nous pourrions suivre M. de Simony dans ses nouveaux rapports avec M. Dubourg, qu'il accompagna dans une partie de ses voyages en France, et nous admirerions de nouveau son zèle et sa générosité; nous pourrions le suivre dans son fructueux voyage à Rome, où nous le verrions prendre part avec bonheur aux pieuses et grandioses cérémonies chrétiennes; nous pourrions le suivre enfin dans sa victorieuse correspondance religieuse avec une dame protestante; mais les limites de cet ouvrage nous font une loi de ne pas nous éloigner du territoire de la paroisse de Montérollier. Nous dirons donc que M. de Simony continuait d'édifier les paroisses de Montérollier et de Saint-Martin-Osmonville par le spectacle de ses vertus simples et modestes. Livré tout entier aux bonnes œuvres qu'il avait entreprises et qu'il soutenait par son zèle et par sa charité, il
était loin de penser aux dignités de l'Église et ne songeait qu'à vivre inconnu dans l'humble campagne qu'il habitait. Il était le seul qui ne se doutât point du bien qu'il faisait; car, selon le précepte du divin Maître, sa main gauche ne sut jamais redire à sa droite ses plus charitables actions. Mais ses bonnes qeuvres elles-mêmes publièrent sa renommée, lui donnèrent une célébrité qu'il était loin d'ambitionner et vinrent l'arracher à une solitude qui eût fait tout le bonheur de sa vie. Le concordat de 1817 venait de recevoir son exécution, au moins dans ce qu'il portait d'essentiel,
M. de Latil, aumônier de Monsieur, comte d'Artois, évéque d'Amyclée in partibus depuis 1816, et nommé à Tévêché de Chartres en 1817, avait enfin reçu ses bulles quatre ans après sa nomination. Le 8 novembre 1821, il prit possession de son siège, rétablit son chapitre, et composa son administration. Avec ses deux grands vicaires titulaires, il s'adjoignit comme grands vicaires honoraires MM. les abbés de Simony et de Bonald. M. de Simony reçut en même temps le titre d'archidiacre de Chartres.
M. de Latil était presque compatriote de M. de Simonv; il l'avait connu avant la Révolution. Une étroite amitié ne tarda pas à se former entre eux. M. de Latil voulut que M. de Simony demeurât avec lui et devînt le confident habituel de ses desseins. Pendant trois ans qu'il fut grand vicaire de Chartres, il fut constamment l'exemple du clergé par sa piété, par sa modestie, par son application à ses devoirs, par son attachement à
son premier pasteur. La considération dont il jouissait, la confiance qu'on lui avait accordée, ne firent que s'accroître à mesure qu'on le connut davantage. Il traitait les affaires dont il était chargé avec ce discernement, cette prudence, cette sage maturité qui sont bien préférables, peur assurer le succès, à cette activité ardente, inquiète, qui croit faire de grandes choses et lever toutes les difficultés , parce qu'elle remue tout ce qu'elle rencontre sur son passage. Plusieurs fois M. de Simony remplaça M. de Latil dans des circonstances solennelles, et il le fit toujours avec une dignité, un tact, une noblesse de manières et une modestie qui le faisaient juger digne des premiers honneurs de l'Église.
c J'ai toujours admiré, dit M. de BonaM, aujourd'hui cardinal-archevêque de Lyon, sa piété, sa douceur, sa gravité sacerdotale ; son caractère était toujours égal ; il était notre modèle à tous. L'extérieur de sa personne était l'image de son âme. Tout chez lui était dans la paix et la tranquillité. Rien dans sa conduite d'extraordinaire; mais une régularité soutenue, une vie toujours ecclésiastique. Sa société était des plus agréables.»
M. de Simony avait été nommé, par Mg r de Latil, supérieur de plusieurs communautés religieuses , et spécialement des Carmélites de Chartres.
Bientôt après il fut appelé à remplacer M. de Chabons en qualité d'aumônier par quartier de Monsieur, comte d'Artois.
En 1824, M. de Latil ayant été désigné pour succéder à M. de Coucy sur le siège archiépisco-
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pal de Reims, M, de Simony lui resta attaché comme vicaire général, tout en restant aumônier de Monsieur, devenu Charles X.
Enfin, AL de Simony était à peine de quelques mois à Reims, que M. de Villèle, évéque de Soissons , prenait possession du siège métropolitain de Bourges (octobre 1824), et le roi nomma M, de Simony pour remplacer M* de Villèle sur le siège de Soissons. Cette nouvelle fut up véritable coup de foudre pour cet humble prêtre, aussi défiant de lui-même que pénétré des obligations et des dangers de l'épiscopat. 11 pouvait bien se rendre le témoignage qu'il n'avait ni recherché ni désiré cette dignité, et qu'il ne la devait à aucune espèce de sollicitation; mais tout cela ne suffisait pas pour le rassurer. Il çut recours alors aux sollicitations et aux prières, mais ce fut pour conjurer le roi de ne lui imposer point un si lourd fardeau. Toute résistance fut inutile, tous efforts impuissants; tous les avis, tous les conseils lui commandèrent d'accepter ; il se rendit-
M* de Simony fut préconisé Mm le consistoire du %i mars 1825. Le dimanche 24 avril, il reçut la consécration épiscopale, dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpiee, des mains de M. de Latil, archevêque de Reims, assisté de M. de Vichy, évoque d'Autun, et de M de Sagey, ancien évêque de Tulle- Il fit son entrée dans sa ville épiscopale le jeudi 5 mai 1825 (1).
(1) Fie de Mf de Simony, par M. Perronae, in-12.
Nous avons vu que les dignités et les honneurs ne firent point oublier à M. de Simony l'obscur village de Montérollier, où il avait goûté tant de bonheur et de charmes dans la solitude , ni son église, où tant de fois il avait exercé le ministère pastoral et instruit ce bon peuple qu'il aimait; ni ses pauvres, ni ses enfants, ni ses veuves, ni ses orphelins, dont il s'était déclaré le père et le protecteur.
Nous devons laisser ici Mg r de Simony sur son siège épiscopal de Soissons, exerçant sur un vaste diocèse les vertus, les bienfaits et les bonnes œuvres qui furent, dans les simples paroisses de Montérollier et de Saint-Martin-le-Blanc, l'objet constant de ses pensées et de ses actions.
Il demeura évéque de Soissons jusqu'au 25 février 1848; il avait déposé sa démission aux pieds du souverain pontife le 31 mai 1847. 11 mourut à l'âge de soixante-dix-huit ans et sept mois, le 24 février 1849.
A peine assis sur le siège épiscopal de Soissons, M. de Simony vendit sa terre de Montérollier. Elle fut acquise par M. Bouctot, négociant à Rouen, qui renouvela dans les paroisses de Montérollier et de Saint-Martin les bienfaits de son vénérable prédécesseur. Son testament montre une âme pleine de charité, de générosité et de haute philanthropie. Nous allons en extraire ce qui se rapporte à la paroisse de Montérollier.
Ce testament porte la date du 31 juillet 1843; le dépôt en fut fait, le 25 décembre suivant, chez
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M e Innocent, notaire à Rouen, en exécution d'une ordonnance de M. Lizot, président du tribunal civil de Rouen, rendue le lendemain du décès de M. Georges-Pierre Bouctot, en son vivant propriétaire, demeurant à Rouen, place de la Pucelle, n° 44, où il est décédé le 24 décembre de l'année 4843.
Il donne et lègue à la fabrique de l'église de Montérollier 5,000 fr., pour faire dire, chaque année, dans ladite église, un service solennel et douze messes basses annoncées au prône du dimanche, en mémoire du donateur, et ce à perpétuité , comme à Saint-Martin-Osmonville et à Saint-Vincent.
c Le conseil de fabrique des églises de Saint- Vincent, Saint-Martin-Osmonville et Montérollier, réglera avec messieurs les curés le prix des messes et services pour chaque année. L'excédant d'intérêt de ma donation sur cette rétribution ainsi débattue servira aux besoins et entretien des églises et de leurs dépendances. »
Par décret du président de la république française, en date du 4 octobre 4849, le trésorier de la fabrique de l'église de Montérollier fut autorisé à accepter ce legs de M. Bouctot, aux clauses et conditions y exprimées.
Une ordonnance de Mg r Blanquart de Bailleul, archevêque de Rouen, datée du 47 octobre 4856, rendue sur la délibération conforme du conseil de fabrique de Montérollier, fixe le tarif pour le service à 47 fr. 75 c. , répartis ainsi qu'il suit :
1° Le célébrant 12 fr *» e.
2° Trois chantres et chapiers
3° Bedeau
4° Trois enfants de chœur • .
5° Sacristain, chantre et sonneur
6° Vingt-quatre cierges, du poids de 125 grammes environ chacun 12 >>
7° Pour l'offerte, qui ne se tiendra pas, d'après le vœu de la fa* mille 5 »>
Total .... 47 fr. 75 c.
Les 5,000 fr. dont il est question ci-dessus ont été employés , selon le vœu du testateur, dans le courant de l'année 1856, en acquisition de rentes sur l'État, et donnent à la fabrique de Montérollier un revenu annuel de 240 fr.
Par le même testament, M. Bouctot a donné à la commune de Montérollier la somme de 10,000 fr. , savoir : 5,000 fr. dont l'intérêt annuel sera distribué aux pauvres, et 5,000 fr. dont l'intérêt sera remis annuellement à une fille pauvre, comme prix de vertu, lorsqu'en se mariant elle sera jugée digne de cette récompense par le maire, le curé de la commune, et au besoin le juge de paix du canton. S'il arrivait, à Saint-Martin-Osmonville comme à Montérollier, qu'il s'écoulât une ou deux années sans qu'il s'y rencontrât un sujet digne du prix de vertu , les intérêts s'accumuleraient au profit de celle ou de celles qui viendraient la troisième année réclamer le bénéfice de cette disposition, qui ne pourra plus être dif-
férée, dût-on l'appliquer à un jeune homme ou à une jeune fille restant dans le célibat.
La délivrance du legs n'ayant eu lieu qu'à la fin de 1855, ce ne fut que le 7 mars 1858 que se fit la remise du prix de vertu fondé par M. Bouctôt. La fille Aube (lsmérie), blanchisseuse» est la première personne de Montérollier qui a eu le privilège de le recevoir par l'intermédiaire de monsieur le curé de la paroisse, de monsieur le maire de la commune de Montérollier et de monsieur le juge de paix du canton de Saint-Saens. Cette cérémonie fut une fête nouvelle pour la paroisse de Montérollier : elle dut exciter l'émulation pour la vertu dans le cœur de toutes les jeunes filles du pays, et il y a lieu d'espérer que» chaque année, les juges appréciateurs du mérite n'auront, pour décerner le prix, que l'embarras du choix.
Le testament olographe de M. Bouctot porte cette dernière clause que nous ne devons pas omettre :
c Je veux que les capitaux par moi légués aux églises et communes de Saint-Martin-Osmonville, Montérollier et Roquemont (sauf les deux mille francs pour le pont), à la Société Maternelle, à la Miséricorde, aux Sociétés Académique, d'Émulation, d'Agriculture et d'Horticulture, soient employés, aux nom et profit de chacun de ces établissements, en acquisition de biens fonds, ou en rentes sur l'État, pour en appliquer le revenu annuellement et indéfiniment aux différents buts que j'ai indiqués. >
Enfin M. Bouctot, par le même testament, a fondé au profit de la commune de Montérollier* dans les hospices de Rouen, un lit de malade, infirme vieillard ou enfant, d'une manière permanente et à perpétuité. Le 3 novembre 1855, les hospices n'avaient pas encore touché le montant du legs et ne pouvaient encore acquitter les charges qui leur sont imposées par le donateur. Ce n'est que depuis que les héritiers de M. Bouctot se sont exécutés , que la commune a pu jouir du lit unique fondé en sa faveur par le bienfaiteur (1).
Telles sont les diverses dispositions testamentaires de cet honorable citoyen envers la commune et la paroisse de Montérollier, qui lui en gardera toujours bon souvenir et profonde reconnaissance.
Dans les siècles divers que nous avons parcourus, l'histoire à la main, nous avons vu continuellement, à Montérollier, un village privilégié qui fut constamment l'objet des prédilections, des sympathies, des bienfaits les plus signalés de la part de ses seigneurs et maîtres. Grâces leur en soient à jamais rendues ! Qu'ils dorment en paix leur sommeil éternel , et qu'ils veillent jusqu'à la consommation des siècles sur cette terre qu'ils illustrèrent de leurs vertus et où ils passèrent en faisant le bien.
Parmi les hameaux de la paroisse de Montérollier, nous avons nommé le Bosc-Evrard.
(1) Voir Testament de M. Bouctot. — Archives municipales de Montérollier.
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Lorsque, en 1503, le roi de France fit faire le dénombrement de tous les fiefs et arrière-fiefs du royaume, il se trouva que « de la chastellenye de la Ferté-en-Bray dépendait le huitième de fief de haubert, nommé le fief du Boscavard, assis en la paroisse du Montéraulier, tenu de monsieur le conte de Vendosme , appartenant à Jehan Le Prévost, escuier, demeurant audit Boscevrard, lequel fief était sujet au service d'oest. »
Vhost (hostis) était le service militaire qui était dû au roi par les vassaux et qui avait pour but la défense du territoire. Le service de Vhost variait suivant la nature du fief; mais tous les vassaux étaient tenus de l'accomplir, sous peine de forfaiture. Lorsque le roi avait fait publier son ban général, ou proclamation de guerre, les vassaux amenaient leurs troupes. On avait dressé un rôle général des seigneurs ; en tête étaient les archevêques et évêques, qui devaient le service militaire pour leurs fiefs; mais ils pouvaient §e faire remplacer par leurs sénéchaux, ainsi que les abbés. On vit cependant des évêques commander en personne leurs hommes d'armes. Tout le monde connaît le belliqueux évêque de Beauvais, qui, armé d'une massue, se signala à la bataille de Bouvines. Après les ecclésiastiques, venaient les ducs, comtes et barons; en troisième lieu, les châtelains, qui avaient droit de château ou forteresse et haute justice; enfin les vavasseurs ou arrière-vassaux, parmi lesquels on distinguait encore les chevaliers bannerets et les bacheliers. Les femmes et les enfants qui occu-
paient des fiefs avaient le droit de se faire remplacer, comme les ecclésiastiques, par un sénéchal qui conduisait leurs hommes d'armes.
L'armée réunie était soumise au contrôle des maréchaux du roi, qui, sous le connétable, commandaient les différents corps. Les vassaux devaient être munis d'armes, de chevaux, de chariots de bagage et de vivres; leur service était fixé tantôt à quarante, tantôt à soixante jours. Chacun d'eux amenait un nombre d'hommes proportionné à l'importance de son fief. Dans un rôle de 1277 , cité par le P. Daniel, dans son Histoire de la Milice française, on voit que le duc de .Bourgogne amena avec lui sept chevaliers bannerets qui avaient eux-mêmes sous leurs ordres d'autres chevaliers; ceux-ci étaient à leur tour suivis d'hommes d'armes. La cavalerie se composait de ces vassaux et de leur suite. L'infanterie était fournie par les communes. Les milices communales n'étaient astreintes au service militaire à leurs frais que jusqu'à une certaine distance de leur ville. Il y en avait même, comme celles de Rouen, qui n'étaient obligées de s'éloigner de leur ville que d'une demi-journée, de manière à pouvoir y rentrer le même jour.
Cette famille Le Prévost de Bosc-Evrard était, à n'en pas douter, parente de celle de Saint- Martin-le-Blanc, dont le sieur de la Galissotinière donne ainsi la généalogie :
« Nicolas Le Prévost, escuier, sieur de Saint- Martin-le-Blanc , y demeurant, élection de Neufchâtel.
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c Àrchambault Le Prévost, anobli en 1550, lettres d'anoblissement vérifiées en la cour des aides de Normandie, le 40 avril 1556.
Marie Renard.
Hubert Marie Guezade.
Georges.
Marie Fillastre. — Françoise Duhéron.
Georges. Nicolas.
« Ledit Nicolas, fils de Georges et de ladite Duhéron, maintenu à Rouen, le 19 novembre 1 669. Ledit Georges , fils de Georges et de ladite Fillastre, maintenu par monsieur l'intendant de Soissons, le 22 octobre 1667. Ledit Archambault anobli en 1550 : arrêt rendu en ladite cour au mois de janvier 1 606, par lequelledit sieur Le Prévost est permis faire le racquit de l'indemnité aux habitants de Saint-Martin-le-Blanc , par le même jugement ou séparément; ledit Nicolas, pour s'être maintenu noble d'ancienne race et extraction , et vu ledit anoblissement, il a été condamné à 150 livres d'amende tournois, 100 livres payables à la santé , et 50 livres au profit dudit de Tiencourt.
t Ledit Georges, fils de Georges et de ladite Fillastre, a été capitaine de cavalerie.
t Porte d'azur à trois soleils d'or. * Outre la maison des Le Prévost, la paroisse de Saint-Martin comptait encore une autre famille noble, celle des Feudrix, que nous trouvons également dans la Galissonnière :
« Charles Feudrix , escuier, prestre, tant pour luy^que pour Georges, Louis et François, ses frères, demeurant en la paroisse de Saint-Martin-le-Blanc , élection de Neufchâtel, descendait de :
Jean Feudrix.
Charlotte Le Prevçst.
Archambault.
Adriane Duchastel.
Isac.
Suzanne Beaudouin.
Louis.
Madeleine Coquerel.
Marguerite de Gouberville.
Charles, prêtre. Louis. Georges. François.
« Maintenus le 21 septembre 1668.
« Porte d'azur au chevron d'or accompagné de trois gerbes de seigle aussi d'or, deux au chef et une en pointe. »
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