‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 106 sur 178 · RAISON DU DESPOTISME DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

RAISON DU DESPOTISME DE LA COMMUNE

Déerels de suspicion. — Système d'espionnage et de dénonciation. — Arrestation du gouverneur des Invalides. — Stupeur des Parisiens. — Raccolement forcé. — Deuil des familles. — Lugubre tableau au cimetière de TEst. — Garanties dérisoires données par la Commune à la liberté individuelle. -- Formation de la cour martiale. — Sa procédure. — Extrême rigueur et exécution immédiate de ses arrêts. — Décret réglant la formation du jury d'accusation. — Protestation. — Raison du despotisme et de Tanarchie simultanées de la Commune.

Lorsqu'ils persécutaient la religion avec tant de maladresse, les hommes de la Commune faisaient foin et litière du seul principe qui pouvait être pour eux un droit et une force, le*" seul que les sociétés modernes reconnaissent et qu'ils avaient eux-mêmes mille fois proclamé, la liberté. Devant une telle violation, les Parisiens se demandèrent, avec une inquiétude légitime, quelles garanties leur seraient laissées, puisqu'on ne respectait pas même la liberté la plus sacrée de toutes, puisqu'il n'était plus permis d'honorer le Dieu, en qui l'on croit, de tel ou tel culte, lorsque ce culte ne trouble pas la paix publique.

Tout se tient dans l'ordre de la liberté; quand on s'en écarte une fois, on n'y peut plus rentrer et Ton arrive au despotisme de l'anarchie ou du trône. Dès qu'elle se mit &

fermer les livres de prière et les églises, la Commune ne tarda pas en efTetà fermer les codes et les tribunaux. Les maîtres de l'Hôtel de ville ne se bornèrent pas à l'arrestation des prêtres ou des religieux, ils rendirent' des décrets de suspicion, ils proclamèrent la menace. Un pouvoir multiple, partagé entre une Commune que désavouait un tiers de ses membres élus, un Comité central qui fonctionnait sans aucune apparence de mandat, et une Commission executive qui s'était nommée elle-même, régissait despotiquement la capitale et voulait faire la loi à la France. Contre la force aveugle au service d'une puissance occulte, il n'y avait plus aucune sécurité pour les citoyens paisibles qui ne reconnaissaient qu'une autorité en France, celle de l'Assemblée nationale. Pour eux, il n'y avait plus ni lois, ni tribunaux, ni défense : la prison seule leur restait avec la perspective de la mort. La liberté individuelle, ainsi que toutes les autres libertés qui avaient fait le prétexte de l'insurrection du 18 mars, n'existaient plus que dans les colonnes du Jowmal officiel ou dans les proclamations affichées. Babickapris soin de nous l'apprendre, dans une dépêche du 23 mars :

« Agissez avec fermeté contre la réaction ; ne craignez pas d'arrêter, car vous serez dans l'esprit du Comité central.... Prenez en tout une bonne initiative ^

Les délégués n'y manquaient pas, secondés par la préfecture de police réorganisée par Duv^l. La prison était la conséquence forcée de l'installation d'un état-major ; Bergeret avait à la place Vendôme sa geôle et son tribunal, sous la direction d'un sieur Dubois « dont les forces étaient épuisées le 31 mars, après les interrogatoires de jour et de nuit *. »

Assi disait encore en séance :

« Tout être qui attaquerait la Commune par un moyenquelconque n'aurait droit qu'& un coup de fusiP. »

Le 29 mars, on commence à dresser des listes de proscription avec l'assentiment du Comité, en relevant dans tous les arrondissements les adresses de ceux que l'on supposait

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