‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 119 sur 178 · ROSSEL · texte numérisé non relu

ROSSEL

Ainsi Rossel n'accusait que les personnes et leur disait de dures vérités, il ne s'en prenait pas aux choses. C'était pourtant sous le poids écrasant des réalités qu'il succombail. Égaré par l'orgueil, il s'était cru de taille* à dominer les circonstances ; la bonne opinion qu'il avait de lui-même avait pu seule lui faire croire qu'il sortirait de l'impasse avec les éléments dont il disposait.

Cette lettre parut d'abord dans le Moi tfordre^ 'et Rochefort fit l'apologie de Rossel; Delescluze lui-même le défendit énergiquement. Mais la Commune fut d'avis d'envoyer l'exdélégué devant la cour martiale, et répondit à sa lettre pai* " la proclamation suivante :

« Citoyens, la Commune et la République viennent d'échapper à un péril mortel. La trahison s'était glissée dans nos rangs. Désespérant de vaincre Paris par les armes, la réaction avait tenté de réorganiser ses forces par la corruption. Son or, jeté à pleines mains, avait trouvé jusque parmi nous des consciences à acheter. L'abandon du fort d'Issy, annoncé dans une affiche impie par le misérable qui Ta livré, n'était que le premier acte du drame ; une insurrection monarchique à l'intérieur, coïncidant avec la livraison de nos forts devait la suivre et nous plonger au fond de l'abîme. Mais, cette fois encore, la victoire reste au droit. Tous les (lis de la trame ténébreuse dans laquelle la révolution de^ vait se trouver prise sont à l'heure présente entre nos mains. La plupart des coupables sont arrêtés. Si leur crime est effroyable, leur châtiment, sera exemplaire. La cour martiale siège en permanence. Justice sera faite. »

Rossel fut arrêté, en effet, parles ordres réitérés du Comité de salut public, et détenu à la questure. Le citoyen Gérar-

din sollicita T honneur de garder le prisonnier. Or, ce qui prouve ^intelligence toule particulière de la Commune, ou même sa volontaire négligence, c'est que Gérardin était Tami intime de Rossel. Il ne le quittait jamais et avait partagé ses dangers, lors d'une reconnaissance faite, le 2 avril, à Issy. Gérardin avait présenté Rossel à Cluseret. Donc Gérardin, seul avec Rossel à la questure, n'eut rien de plus pressé que d'offrir la liberté à son prisonnier, et quelques heures après, les deux amis prenaient la clé des champs.... ou plutôt celle d'un appartement, dans lequel Tex-délégué à la guerre resta caché pendant deux mois, c'est-à-dire jusqu'au jour où il fut arrêté.

Autour de Rossel fusillé, il a été fait un grand bruit auquel nous n'ajouterons qu'une seule note. Certes, il nous répugne d'attaquer la mémoire d'un homme qui a expié ses crimes par la mort, mais l'histoire doit avoir le courage d'appeler les choses par leur nom : Rossel est un effroyable traître, voilà la vérité. Il a commis de tous les forfaits le plus monstrueux : la trahison du soldat assassinant la patrie devant l'ennemi qui applaudissait. Non content d'être traître et assassin lui-même, il a forcé au crime de pauvres êtres qui en sont morts,.... apportant dans son œuvre une férocité qui, nous l'avons vu, révoltait parfois jusqu'à la Commune elle-même.

Le môme jour où le fort d'Issy venait de tomber au pouvoir de Versailles, où Rossel disparaissait de la scène, où le gouvernement de Paris s'agitait dans son impuissance, les troupes de la France faisaient une entrée triomphale dans la ville de Louis XIV. Elles ramenaient vingt-huit des cent neuf bouches à feu trouvées dans le fort, ainsi que les drapeaux du 5% du 99« et du H 5» bataillon de la garde nationale. Ce cortège se composait de délégations fournies par les troupes qui avaient concouru à la prise d'Issy. Le génie des divisions Susbiclle et Faron marchait en têlc de colonne; puis, venaient la brigade Paturel, représentée par des détachements du 17* bataillon de marche de chasseurs à pied, du 38* et du 76* de marche ; le 39» de marche de la brigade Noël ; presque toute la division Faron; le 35'

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d'infanterie de la brigade de la Mariouse; le 109« et le 110* de la brigade Derroja, le 22* bataillon de marche de chasseurs et le 65« d'infanterie, de la brigade Berthe; enfin le 75' de marche de la brigade de Langourian. A la suite, roulaient les canons couverts de feuillages; il y avait des aubépines aux tambours, des lilas aux fusils. A trois heures, la colonne s'arrêtait devant l'hôtel de la préfecture, les clairons sonnaient aux champs. Le chef du pouvoir exécutif, accompagné du général en chef, vint recevoir cette députalion militaire et lui adressa des félicitations chaleureuses.

De là, le cortège se dirigea vers la cour du château. Les divers détachements, rangés autour de la statue de Louis XIY, demandèrent & offrir à l'Assemblée le trophée que l'armée venait de conquérir. Plus de deux cents députés quittèrent aussitôt la séance pour saluer les représentants de l'armée.

Que durent penser les Prussiens de ces marches triomphales après nos défaites récentes, lorsqu'ils occupaient encore le tiers de notre territoire, lorsque les vaincus étaient des Français?

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