‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 118 sur 178 · Maximum des émoluments pour une fonction quelconque · texte numérisé non relu

Maximum des émoluments pour une fonction quelconque

Par jour. Par mois.

Colonel 12 » 360

Commandant. 10 • 300

Capitaine, chirurgien- major,

adjudant-major 7 50 225

Lieutenant, aide-major. ... 5 50 165

Sous-lieutenant 5 » 150

Les gardes touchaient, par jour 1 fr. 50 et les vivres ; les

sous-ofGciers, 2 fr.

Élections. — Nominations. — Tous les oTiciers devaient être élus. Néanmoins, dans la pratique, on dut laisser au délégué à la guerre la nomination des officiers d'étal-major et des officiers des états-majors de légion; et, aOn d'éviter une trop grande mobilité dans les fonctions, on décida que les officiers élus ne pourraient plus perdre leur grade que par jugement ou décret spécial du délégué à la guerre.

Trotjqpes d'infanterie. — Les bataillons de la Commune étaient répartis en légions correspondant aux divers arrondissements, lisse partageaient en bataillons de guerre et bataillons sédentaires : ces derniers étaient destinés à assurer la police des quartiers, à faire le service intérieur.

£n outre, des bataillons de tout genre, portant des noms plus ou moins étranges, concouraient à la défense active.

Génie. — Chacune des neuf sections de l'enceinte bastionsnée devait recevoir une compagnie de sapeurs du génie à reiïectif de 120 hommes, commandée par des ingénieurs militaires. Roselli-Mollet) directeur du génie, tentait, le 29 avril, la formation de six compagnies du génie avec les militaires restés dans Paris.

Artillerie. — En princii)e, 20 batteries de marche furent seules organisées (22 avril) ; mais, en fait, les troupes de la Commune, n'ayant plus tenu la campagne depuis le 4 avril, ne firent usage que de batteries de position très-nombreuses, soit à l'extérieur^ soit dans les forts, soit sur les remparts et surtout aux portes de la ville.

Cavalerie. — Plusieurs régiments de cavalerie restèrent en formation pendant toute la Commune; les chevaux de àelle manquaient, les cavaliers aussi. Les escadrons orga-

iiisés rureiit réduits au rôle d'escorte el fournirent des eslafelles.

Ambulances. — Le service médical fut ainsi constitué (13 et 16 avrir :

1 Cliirui^ien en chef ^supprimé bientôt).

1 chirurgien principal, 1 aide-major, à Tétat-major de la place.

1 chirurgien principal par légion.

1 chirurgien-major .compagnies de guerre;, 1 aide-major •^compagnies sédentaires^ 1 sous-aide-major (compagnies de guerre^ par bataillon.

20 docteurs et officiers de santé par chaque compagnie d'ambulance.

60 élèves en médecine ayant sous leurs ordres : 10 voitures d'ambulance portant chacune le sac réglementaire bien garni.

lâO brancardiers portant 30 brancards.

Chaque compagnie était divisée en 10 escouades.

Tous ceux qui faisaient partie du service médical étaient assimilés, pour la solde, à tous les grades, depuis le simple garde jusqu'au capitaine.

Services cubninistratifs. — L'intendance générale, supprimée par décret du 28 avril, fit place à sept directions distinctes : solde, manutention, habillement, campement, lits militaires, hôpitaux, approvisionnements, agissant sous le contrôle de la commission des subsistances et sous la surveillance d'un inspecteur général.

Défense intérieure, — Le citoyen Gaillard père était chargé de la construction des barricades, qui devaient former une seconde enceinte en arrière des fortifications, et de citadelles fermées au Trocadéro, aux buttes Montmartre et au Panthéon.

Une commission des barricades, présidée par le commandant de la place et composée des capitaines du génie, de deux membres de la Commune et d'un membre élu par rhaque arrondissement, fut instituée après le 9 avril.

Organisation générale des troupes, — A partir du 16 avril, tout ce qui avait rapport à l'organisation des bataillons de

guerre incombait aux municipalités chargées de compléter les effectifs, de faire élire les cadres et de diriger les bataillons sur le Champ-de-Mars ou sur le parc Monceau.

Arrivés au camp, les bataillons n'avaient plus de rapports qu'avec le délégué à la guerre, par l'intermédiaire des chefs de service.

Les chefs de légion aidaient les municipalités dans leur service, mais n'avaient aucune action sur les bataillons de guerre chargés exclusivement des opérations extérieures. Le service intérieur était fait par les bataillons sédentaires, BOUS la direction des chefs de légion.

Cet arrêté avait pour but de délimiter les fonctions de chacun et de simplîGer les rouages; le 26 avril, une commission spéciale fut chargée des attributions militaires : ' ce II est créé dans chaque municipalité un bureau militaire, composé de sept citoyens nommés par les membres de la Commune de l'arrondissement. Leurs attributions sont ainsi fixées :

« Requérir les armes.

« Rechercher les rétractaires pour les incorporer immédiatement dans les bataillons de l'arrondissement. Procéder en même temps au maintien sur le pied actif des compagnies sédentaires.

ce Les conseils de légion donneront aux bureaux militaires leur action pleine et entière pour l'exécution des mesures prises ou. à prendre avec le concours du Comité central de la garde nationale.

« Les chefs de légion seuls sont chargés de l'exécution des ordres militaires de la place... »

Marine. — On organisa aussi la marine de la Commune, dont les canonnières prirent par!, à la lutte, embossées au Point-du-Jour. Nous n'en dirons qu'un mot.

Placée d'abord sous la direction de la commission de la guerre, la marine passa, le 2 mai, dans les attributions du ministère spécial créé à cet effet.

Le 20 mai, le corps des marins fut dissous et n'eut pas le temps de se réorganiser.

Pour l'aider à déblayer le chaos de l'anarchie qu'il trouva

au niinis(6re de la guerre, Cluseret accepta le concours du polonais Jaroslaw Dombrowski, d'abord chef de la 12* légion, puis nommé commandant de la place de Paris en remplacement du citoyen Bergerel, appelé à d'autres ronctîons. Ce Jaroslaw (ot non Ladislas) Dombrowski, dont la nomination avait jeté une certaine inquiétude dans la garde nationale , où il était inconnu, se distinguait cependant par quelques précédents notables de celte tourbe d'étrangers qui sortaient tout i\ coup de dessous terre, et qu'on improvisait généraux pour cotte seule raison qu'ils étaient étrangers. Natif de la Pologne russe, il avait reçu une éducation militaire. Lorstiu*il sortit de l'école des cadets, on l'avait envoyé à l'armée du Caucase, où il s'était fait remarquer tout d'abord par sa bravoure. La Pologne s'étant de nouveau insurgée, il s'évada ol vint & Varsovie, où il fut investi du commandement on chef. Vaincu, il put s'enfuir par l'Autriche et se rendit en Italie auprès de Garibaldi, dont il devint bientôt le lieutenant et l'ami. Cette situation le mit aussitôt en vue, la presse parla du passé du général. Impliqué deux fois dans des procès au sujet de faux billets de T)anque russes, il avait été acquitté. Innocent peut-être sur ce chef, mais sans scrupule d*ailleurs, il fut soupçonné pendant le siège de Paris d'entretenir des intelligences avec les Prussiens, et. pour ce motif arrêté plusieurs fois.

Col aventurier qui, en hôte ingrat de la France, allait aider A répandre le sang français, s'empressa de prendre le titre do général, malgré le décret de la Commune. Entouré d'un nombreux ét^t-major choisi parmi la fleur des chenapans de Paris et do Témigration polonaise, mais de chenapans dorés sur toutes les coutures, il monta à cheval et soutint pendant quarante jours de suite le choc de l'armée régulière.

On no s'explique pas tout d'abord l'inaction de celle-ci après ses premiers succès, ni pourquoi, au lieu de laisser aux fédérés le temps de s'organiser, elle ne profita pas ds leur découragement et de leur désarroi pour tenter un assaut? Mais le Gouvernement de Versailles, préférant avec raison ne frapper que des coups certains, avait dû, d'après les conseils des généraux, en venir h l'idée d'un investisse-

ment et d'un siège en règle. Un assaut était impossible, en effet, dans les conditions données, et surtout avec le petit nombre de troupes dont le Gouvernement pouvait disposer. Il fallait reconstituer toute une armée, chefs et soldats; et, pour y parvenir, on fut réduit à la nécessité de s'adresser aux Prussiens et de leur demander humblement Tautorisation d'augmenter nos forces sur la rive droite de la Loire. Nos vainqueurs voulurent bien y consentir, et le retour des troupes prisonnières en Allemagne compléta enfin l'armée actiye de Versailles.

Un seul homme avait conservé sur le soldat un prestige assez grand pour qu'aucun ne refusât de marcher sous ses ordres, c'était le blessé de Sedan, le héros de Magenta.

L'armée de l'ordre placée sous son commandement, comprenait, lors de sa formation : l'armée de Versailles proprement dite, composée de trois corps, sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon, et l'armée de réserve, sous les ordres du général Vinoy. Le 1" et le 2* corps, ainsi que l'armée de réserve, comptaient chacun trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie légère; deux batteries d'artillerie et une compagnie du génie étaient attachées à chaque division; deux batteries à balles et deux batteries de 12 formaient la réserve d'artillerie de chacun de ces corps. Le 3* corps, entièrement composé de cavalerie, comprenait trois divisions, à chacune desquelles était attachée une batterie à cheval. La réserve générale de l'armée comprenait dix batteries et deux compagnies du génie; elle était spécialement chargée de garder la ville où résidait l'Assemblée nationale.

A ce moment, Paris et les forts du Sud étaient au pouvoir de l'insurrection; seul, le Mont-Valérien restait entre les mains de l'armée. Les troupes réunies à Versailles, sous les ordres du général Vinoy, avaient occupé, dans les premiers jours d'avril, Ghâtillon, Glamart, Meudon, Sèvres et Saint- Cloud, ainsi que Gourbevoie et la tôtc du pont de Neuilly, sur la rive droite.

Telles élaienl les positions des combattants lorsque, le 11 avril, le maréchal de Mac-Mahon, commandant en chef, indiqua à chacun des corps les emplacements à occuper cl les dispositions à prendre.

Le 2' corps, sous les ordres du général de Cissey, fut chargé des attaques de droite; il s'établit à Chàtillon, Plessis- Piquet, Villa coublay et dans les villages en arrière sur la Bièvre. Le 1*' corps, sous le commandement du général Ladmirault, fut chargé des attaques de gauche. La division Maud'huy occupa Courbevoie et la tôle du pont de Neuilly ; la division Montaudon, Rueil et Nanterre; la division Grenier campa à Villeneuve-rÉlang. La division occupant Courbevoie et la tête du pont de Neuilly devait être relevée tous les quatre jours par l'une des deux autres divisions du corps.

L'armée de réserve, commandée par le général Yinoy, fournit deux divisions en première ligne ; l'une d'elles occupa Clamart, Meudon et Bellevue; l'autre, Sèvres et Saint-Cloud ; une troisième resta en réserve à Versailles; le 3* corps, sous les ordres du général du Barail, fut chargé de couvrir l'armée sur la droite. Il devait occuper Juvîsy, Longjumeau, Palaiseau et Verrières, poussant ses avant-postes en avant de la route de Versailles à Ghoisy-le-Roi.

Du côté de la Commune, les forces destinées à sa défense avaient été divisées par Cluseret, en deux grands commandements :

Le premier, s'étendant de Saint-Ouen au Point-du-Jour, était confié à Dombrowski.

Le second, allant du Point-du-Jour & Bercy, était attribué à Wroblewski.

Chacun de ces commandements devait être subdivisé en trois.

La première subdivision du premier commandement comprenait Saint-Ouen et Glichy jusqu'à la route d'Asnières.

La deuxième subdivision, Levallois*Perret etNeuilly, jus* qu'à la porte Dauphine.

La troisième subdivision s'étendait de la Muette jusqu'au Point-du-Jour.

Quant au deuxième commandement, sa première subdivision comprenait les forts d'Issy et de Vanves.

La deuxième, les forts de Montrouge et de Bicétre.

La troisième, le fort d'Ivry et l'espace qui s'étend entre Villejuif et la Seine.

Le quartier général du premier commandement était au château de la Muette, et celui du second à Gentilly.

Toutes les communications relatives au service devaient être adressées au délégué à la guerre, par l'entremise des généraux commandant en chef; les communications faites directement n'étaient pas prises en considération. Enfm, les commandants en chef devaient établir immédiatement, à leurs quartiers généraux, un conseil de guerre en permanence et un service de prévôté.

A cause du grand nombre d'ennemis qu'elle avait à combattre et aux fortes positions qu'ils occupaient, un coup de main était impossible pour l'armée régulière. Son intérêt était de se rapprocher peu à peu de l'enceinte, de s'emparer successivement des forts de Vanves, d'Issy et de Montrouge, des hauteurs de Courbevoie, des positions de Neuilly et d'Asnières; et enfin, après avoir rejeté les fédérés en dedans de l'enceinte fortifiée de Paris, d'en faire les approches régulièrement, et de donner sur plusieurs points un assaut décisif, que supporteraient difficilement, après un temps donné, les défenseurs de la Commune. Ce plan fut donc adopté, malgré les lenteurs qu'il devait entraîner et le chiffre considérable de troupes qu'il nécessitait.

Le 12 avril, une première tentative, qui avait pour objet d éprouver la solidité des forces fédérées, fut faite sur les deux ponts de Neuilly et d'Asnières. Ce sont les deux seules voies ouvertes sur Paris, de ce côté; et il eût été extrtme-

ment utile à rannée de l'ordre d'y établir des places d'armes, qui assurassent aux troupes la possession de celte porte de la ville. L'action commença par un mouvement du colonel Grémelin ; à la tète d un régiment de gendarmerie à pied, et appuyé par de Tartillerie, il s'empara de la caserne de Courbevoie, et rejeta derrière la barricade élevée à la tête du pont les gardes nationaux, qui alors ouvrirent un Teu de mousqueterie très-violent. Le mont Yalérien prit la parole; et, après une rude canonnade, les fédérés, délogés par les gendarmes de la première barricade, se replièrent derrière celle de la porte Maillot. Ayant reçu de nombreux renforts, ils conservèrent la position d'Asnières, rompirent le pont de bateaux qui y conduisait, et jetèrent d'énormes masses entre Levallois .et les bords de la Seine. Le lendemain, la lutte recommença. L'objectif des troupes de Versailles était la seconde barricade, celle de la rive droite, c'est-à-dire la tête du pont sur Paris, et les premières maisons -de Neuilly, à droite et à gauche de la roule. Elles feignirent d'abandonner les positions conquises ; mais lorsqu'un détachement de gardes nationaux parut hors de Tenceinte pour les réoccuper, elles sortirent des maisons de Courbevoie où elles s'étaient postées, et démasquèrent leurs milrailleuses. Les fédérés se retirèrent en désordre; cependant ils reçurent celle fois encore des renforts nombreux, et la mêlée devint très-vive aux alentours du pont. Un caisson sauta; le général Besson fut tué, le général Pechot gravement blessé, ainsi que son aide de camp. Le général Montaudon, lui aussi légèrement al teint, avait divisé ses forces en deux colonnes pour s'emparer à la fois des maisons d'angle, côlé de Puteaux et de Courbevoie. Il y réussit, et mit fin au combat en occupant le pont de Neuilly, la barricade et une partie de l'avenue de Courbevoie.

A partir de ce moment, la lutle fut en quelque sorte slalionnaire sur ce point; mais, du côté d'Asnières, il fallait nécessairement marcher en avant.

Il y a entre ce village et Courbevoie une assez vaste construction, qui servait d'avant-posle et d'observation aux bataillons fédérés cantonnés à Asnières; c'est la villa Or-

n. RÉGNE DE LA COMMUNE. 363

sini, célèbre sous le nom de château de Bécon. On voulut enlever celte position par une surprise de nuit; mais les insurgés veillaient; et comme les bâtiments du château et les murs du parc étaient crénelés, ils s'y retranchèrent, et ouvrirent contre l'armée régulière un feu violent et trèsmeurtrier, devant lequel elle fut obligée de se retirer, sauf à revenir bientôt à la charge.

Le 17 avril, après avoir occupé Bois-Colombes, Colombes et Gennevilliers, on résolut, comme complément indispensable d'opération, d'enlever le château de Bécon. Ce fut au 36« régiment de ligne, commandé par le duc d'Auerstaed, que fut confiée cette attaque, et elle réussit de la façon la plus honorable pour le jeune colonel.

La possession de ce château assurait en quelque sorte la prise d'Asnières, qui était elle-même un fait capital dans l'ensemble des opérations. La division Montaudon, que nous avons vue s'emparer de la route de Courbevoic, se porta en avant, et attaqua résolument le village par le côté du chemin de fer venant de Paris. La position fut d'abord vaillamment défendue par les fédérés, habitués à la guerre des rues ; mais voyant que leur plus sûr moyen de retraite, le pont était menacé, beaucoup se précipitèrent vers la Seine; tandis que d'autres, pl^s hardis, se retranchèrent dans la partie droite d'Asnières, et prolongèrent, inutilement toutefois, une lutte 'sanglante. La position resta entre les mains des soldats de Versailles, et leur assura de ce côté un avantage qu'ils ne perdirent jamais, malgré les engagements qui se livrèrent tous les jours pendant un mois, depuis Neuilly jusqu'à la gare d'Asnières.

Par suite de ces coups de main, l'insurrection se trouva déQnilivement confinée sur la rive droite; et le corps Ladmirault resta, dès lors, sur la défensive, sans chercher à gagner du terrain en avant, si ce n'est pour s'emparer, dans Neuilly, de quelques îlots de maisons nécessaires à la protection de la ligne de défense.

A la droite, le corps de Cissey s'avança vers le fort d'Issy, en établissant des parallèles entre Glamart et Châtillon. Les insurgés prononçaient journellement contre les tranchées de

l'armée des mouvements offensirs, qui étaient vigoureusement repoussés.

Les travaux de tranchée, et la construction d'une série de batteries établies sur les crêtes & Gh&tillon, Meudon et Bellevue, absorbent la période du 11 au 25 avril, signalée seulement par l'occupation de Bagneux, enlevé aux insurgés le 20, et mis en état de défense.

Pendant ce temps, le 4« et le 5* corps d'armée sont créés par décision du 23 avril, et comprennent chacun deux divisions formées principalement des prisonniers revenant d'Allemagne. Us sont placés sous le commandement des généraux Douay et Glinchant, et doivent prochainement prendre part aux travaux du siège.

Le 25 avril, les batteries des attaques de droite ouvrent leur feu; les batteries de Breteuil, de Brimborion, de Meudon, de Châtillbn et du Moulin-de-Pierre, couvrent le fort d'issy de leurs obus, et la batterie entre Bagneux et Châtillon tire sur le fort de Vanves. Ces deux forts, puissamment armés, répondent vigoureusement, ainsi que l'enceinte et le Point-du-Jour. Une carrière, près du cimetière d'issy, est enlevée aux insurgés, et une tranchée est creusée le long do la route de Clamart aux Moulineaux.

liC lendemain, on décide de poursuivre les travaux d'approche, à droite et à gauche du fort d'issy, afin de le dé* border sur deux côtés et de l'isoler autant que possible. Dans ce but, il est nécessaire de s'emparer du village des Moulineaux, poste avancé des insurgés, qui inquiète nos approches. Celte opération est exécutée dans la soirée du 26, par des troupes du 35» et du 110* de ligne (division Faron), du corps Vinoy. Le village des Moulineaux, attaqué avec vigueur, est vaillamment enlevé. Les journées des 27 et 28 sont consacrées* à s'y fortifier, en môme temps qu'une seconde parallèle est établie entre les Moulineaux et le chemin dit la Voie-Verte, à trois cents mètres environ des glacis du fort. Des cheminements sont poussés aussi en avant, dans la direction de la gare de Clamart. L'occupation des Moulineaux permet à l'armée de déboucher sur les positions que les insurgés possèdent encore à l'ouest du fort.

tant sur le plateau, au cimetière, que sur les pentes, dans le parc, en avant du village d'Issy. Ces positions sont fortement retranchées par les fédérés qui s'abritent derrière des épaulements, dès maisons et des murs crénelés, dirigeant sur les troupes une fusillade incessante.

Le 29, dans la soirée, le cimetière, les tranchées et le parc d'issy sont enlevés par le concours de trois colonnes composées de bataillons des brigades Derroja, Berlhe et Paturel. L'action, préparée par une violente canonnade, est menée avec vigueur; le cimetière est enlevé à la baïonnette, sans tirer un coup de fusil; les tranchées, qui relient le cimetière au parc, abordées avec élan, tombent au pouvoir de l'armée, pendant que les troupes de la brigade Paturel s'emparent vaillamment de formidables barricades armées de mitrailleuses, et pénètrent dans le parc d'issy, où elles refoulent les insurgés. Les perles de l'armée» sont minimes: l'ennemi a un grand nombre de tués, et laisse entre les mains des soldats de Versailles un certain nombre de prisonniers et huit pièces d'artillerie.

Le commandant du fort était Mégy; il n'avait pas attendu ce moment pour disparaître. Les gardes nationaux, sans autre direction que celle de chefs subalternes qui voulurent prendre le commandement et ordonner quelques travaux de réparation, se mutinèrent et firent sans bruit leurs préparatifs de départ. Les marins enclouèrent les pièces, la porte du Nord fut ouverte, et ils rentrèrent tous à Paris, complètement démoralisés, les habits couverts de boue et en lambeaux.

Cet incident fut pour la Commune un. coup de foudre. Était-il l'effet de la trahison ou de l'incapacité? Suivant son habitude de s'en prendre toujours à quelqu'un de ses mésaventures, le gouvernement insurrectionnel révoqua immédiatement Cluseret de ses fonctions, et approuva son arrestation ordonnée par la Commission executive. En môme temps, la note suivante élait inscrite à VOfficiel : « L'incurie et la négligence du délégué à la guerre ayant failli compromettre notre possession du fort d'issy, la Commission executive a cru de son devoir de proposer l'arrestation du citoyen Clu-

seret à la Commune qui Ta décrétée. La Commission a pris d'ailleurs toutes ses mesures pour retenir en son pouvoir le fort dlssy. »

Mais les nouvelles troupes, dont fut bondé ce fort, ayant été accueillies avec la môme pluie de fer et de feu qilî avait déjà amené la première évacuation, ne tenaient pas à y faire une longue station. Aussi, parmi les chefs, les citoyens Bourget, Cerisier et Billioray étaient-ils en train de vendre la position aux Versaillais, quand Tarrivée subite de Rossel au pouvoir militaire bouleversa leur plan.

Le 15 floréal, an LXXIX, VOfficiel de la Commune publia le décret suivant :

Le Comité de Salut public arrête :

« Art. 1"» La Délégation de la guerre comprend deux divisions :

Direction militaire.

Administration.

Art. 2. Le colonel Rossel est chargé de l'initiative et de la direction des opérations militaires.

Art. 3. Le Comité central de la garde nationale est chargé des différents services de Tadministrationde la guerre, sous le contrôle direct de la Commission militaire communale- »

Qu'était M. Rossel? Un élève de la Flèche et de TÉcole polytechnique qui, devenu capitaine du génie, avait été détaché à Bourges; là, sous le pseudonyme de Randal, il avait envoyé au Temps des articles de critique militaire. Placé dans Tétatmajor du génie à Metz, il s'évada de cette place lors de la capitulation, alla offrir ses services au Gouvernement de la Défense, qui le nomma colonel et le chargea d'organiser le camp de Ncvcrs. A la. nouvelle de l'insurrection du 18 mars, Rossel donna sa démission d*offîcier dans l'armée régulière et vint mettre son épée à la disposition de la Commune. Énergique jusqu'à la cruauté, doué d'une belle intelligence et de connaissances étendues, il fut une précieuse acquisition pour les chefs de l'insurrection.

Il débuta par url mot énergique. Le 30 avril, à six heures du soir, le fort d'Issy étant démantelé, la garnison avait hissé un drapeau parlementaire devant lequel s'était aussi-

tôt éteint le feu de rennemi. Le général Faron fit alors porter aux fédérés cette sommation du major de tranchée :

« Au nom et par ordre de M. le maréchal commandant en chef de l'armée, nous, major de tranchée, sommons le commandant des insurgés, en ce moment réunis au fort d'Issy, d'avoir à se rendre, lui et tout le personnel enfermé dans le dit fort.

a Un délai d'un quart d'heure est accordé pour répondre & la présente sommation.

R Si le commandant des insurgés déclare en son nom et au nom de la garnison tout entière, qu'il se soumet, lui et les siens, à la présente sommation, sans autre condition que d'avoir la vie sauve et la liberté, moins l'autorisation de résider dans Paris, cette faveur lui sera accordée.

<x Faute par lui de répondre dans le délai indiqué plus haut, toute la garnison sera passée par les armes.

a Le colonel d'élai-major^ major de tranchée^

« E. Leperche.

a Tranchée devant le fort d'Issy, 30 avril 1871. »

Les pourparlers se prolongèrent assez pour donner à Rossel le temps d'accourir. Aucune clause particulière de la sommation ne concernait les chefs Eudes et Mégy quij frappes de précédentes condamnations pour assassinats, ne pouvaient bénéficier de la capitulation. Comme toujours le troupeau devait payer pour les bergers, car Eudes et Mégy refusèrent seuls de rendre le fort aux douces conditions qui étaient offertes. Contrairement aux lois de la guerre, Rossel passa la nuit à remettre le fort en état ; et le lendemain matin, Eudes lui-même portait aux tranchées celte impudente réponse de Rossel au citoyen Leperche :

a Mon cher camarade, »

« La première fois que vous vous permetli*ez d'envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe

d'hier, je ferai fusiller voire parlementaire, conformément aux usages de la guerre.

« Votre dévoué camarade^

« ROSSEL, « Délégué de W Commune. *

Une ronde d'inspection qu'il fit, tant aux quatre forts du Sud qu'aux remparls, lui donna cette conviction que tant d'ouvrages avancés étaient réellement imprenables, du moins pour le moment; mais les fortifications n'étaient plus une force suffisante là où l'armée fédérée n'était rien. Or, au gré de l'homme de guerre, elle était un zéro à côte d'un chiffre et rien de plus. Il trouvait l'anarchie partout; et, ce qu'il y avait de pire encore, un système d'ivrognerie qui, poussé à l'exlréme, remplissait tous les jours les -ambulances de malades. Un moment, il conçut l'espoir de réformer l'armée; dans ce but, il répartit ainsi les commande- . ments militaires :

Le général Dombrow ski devait se tenir à Neuilly et diriger directement les opérations de la rive droite.

Le général la Gécilia était chargé de conduire les opérations entre la Seine et la rive gauche de la Bièvre. Il prendrait le titre de général, commandant le centre.

Le général Wroblewski garderait le commandement de l'aile gauche. Le général Bergeret commanderait la première brigade de réserve, et le général Eudes la deuxième brigade active de cette même réserve.

Chacun de ces généraux conserverail un quartier dans l'intérieur de la ville, savoir : le général Dombrowski, à la place Vendôme; le général la Gécilia, à l'École militaire; le générât Wroblewski, à l'Élyséc; le général Bergeret au corps législatif; enfin le général Eudes, à la Légion d'honneur;

Après celle répartition des commandemenls qui dura jusqu'au moment où Dombrowski fut nommé général en chef, c'est-à-dire jusque dans les derniers jours de la luUc, Rosscl se mit à trancher dans le vif. 11 menaça de faire fusiller (juiconquc n'obéirait pas ou obéirait à d'aulrcs qu'à lui : il ne connaissait pas celte démocratie française

pour laquelle l'obéissance est un Joug intolérable. Il eut beau établir un grand prévôt au fortd'Issy; ce nouveau fonctionnaire laissait évader, chaque nuit, les malheureux condamnés à mort pour refus de marcher, ou les prisonniers faits par ses collègues.

Malgré la menace de faire canonner les fuyards, le rigide délégué à la guerre n'en vit pas moins ses troupes fuir à la moindre petite alerte. Les fédérés furent battus honteusement non plus au fort, mais au village de Vanves qu'ils durent délaisser. Or, Issy et Vanves manquant, Bicêlre et Montrouge étaient menacés. En mènie temps, Dombrowski était repoussé à Neuilly, et l'armée • de \ersailles acquérait un effectif considérable. Rossel était trop intelligent pour ne pas voir que bientôt tout serait perdu pour Ja Commune. Sur ces entrefaites on vint lui dire que les amis de Félix P\ (il et les agents du Comité, très-enclins A faire prédon^incr l'élément civil et ouvrier sur 1 élément militaire, songeaient à le faire mettre en accusation. Il profita de la prise du Moulin-Saquet par les Versaillais pour se plaindre très-haut de la désobéissance des chefs de bataillon, du désarroi des intendances, de la confusion de tous les pouvoirs militaires, et la Commune n'osa pas le destituer. Quelques jours plus lard, le 9 mai, paraissait tout à coup cette affiche de Kossel, au milieu des triomphants bulletins qui annonçaien| la victoire sur toute la ligne :

Midi et demi.

Le drapeau tricolore f[ptte sur le fort d'Issy, abandonné hier soir par sa garnison.

Le délégué à la giœrre,

RossEL. *

Une heure.

Le général Brunel, commandant au village d'Issy, est

chargé d'occuper la position du Lycée, en la reliant au fort

de Vanves.

Paris, 9 mai 1871.

Le coup était rude, mais on le para avec la botte habituelle, c'est-à-dire en criant à la trahison. Le héros Rossel devint aussitôt un misérable traître et Tordre de Tarrèter fut donné par le Comité de salut public. La commission militaire reçut Tordre, mais avec un ensemble édifiant qui prouve combien ces pouvoirs divers se soutenaient les uns les autres, les membres qui la composaient sursirent à Tarrestation. Rossel, après avoir fait le tableau de la situation devant Ch. Delescluze et Henry Roche fort, rédigea cette lettre si altière et si sensée par laquelle il déclarait se retirer et demander une cellule à Mazas :

« Gitovens membres de la Commune,

« Chargé par vous & titre provisoire de la délégation de la guerre, je me sens incapable de porter plus longtemps la responsabilité d'un commandement où tout le monde délibère et où personne n'obéit.

ce Lorsqu'il a fallu organiser l'artillerie, le Comité central d'artillerie a délibéré et n'a rien prescrit. Après deux mois de révolution, tout le service de vos canons repose sur Ténergie de quelques volontaires dont le nombre est insuffisant.

« A mon arrivée au ministère, lorsque j'ai voulu favoriser la concentration des armes, la réquisition des chevaux, la poursuite des réfractaires, j'ai demandé à la Commune de développer les municipalités d'arrondissement.

a La Commune a délibéré et n'a rien résolu.

« Plus lard, le Comité central de la fédération est venu offrir presque impérieusement son concours à l'administration de la guerre. Consulté par fe Comité de salut public, j'ai accepté ce concours de la manière la plus nette, et je iie suis dessaisi, en faveur des membres du Comité central, de tous les renseignements que j'avais sur l'organisation. Depuis ce temps-là, le Comité délibère, et n^a pas encore su agir. Pendant ce délai, Tennemi enveloppait le fort jl'lssy d'attaques aventureuses et imprudentes dont je le punirais si j'avais la moindre force militaire disponible. Notre garnison, mal commandée, prenait peur, et les officiers dé-

libéraient, chassaient le capitaine Dumont, homme énergique qui arrivait pour les commander, et, tout en délibérant, évacuaient leur fort, après avoir sottement parlé de le faire sauter, chose plus impossible pour eux que de le défendre « Ce n'est pas assez. Hier, pendant que chacun devait être au travail ou au feu, les chefs de légion délibéraient pour substituer un nouveau système d'organisation à celui que j'avais adopté aQn de suppléer à l'imprévoyance de leur autorité, toujours mobile et mal obéie. 11 résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes, et une déclaration de principes au moment où il fallait drs actes. •

« Mon indignation les ramena & d'autres pensées, et ils me promirent pour aujourd'hui,- comme le dernier terme de leurs eflbrls, une force organisée de 12,000 hommes, avec lesquels je me suis engagé à marcher à l'ennemi. Ces hommes devaient être réunis à onze heures et demie; il est une heure, et ils ne sont pas prêts; au lieu d'être 12,000, ils sont environ 7,000. Ce n'est pas du tout la même chose.

« Ainsi la nullité du comité d'artillerie empêche l'organisation de rartillerie; les incertitudes du Comité central de la fédération arrêtent l'administration; les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysent la mt)bilisation des troupes.

ce Je ne suis pas homme à reculer devant la répression ; et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d'exécution les attendait dans la cour. Mais je ne veux pas prendre seul l'initiative d'une mesure énergique, endosser seul l'odieux des exécutions qu'il faudrait faire pour tirer de ce chaos l'organisation, l'obéissance et la victoire. Encore, si j'étais protégé par la publicité de mes actes et de mon impuissance, je pourrais conserver mon mandat. Deux. fois déj& je vous ai donné des éclaircissements nécessaires, et deux 'fois, malgré moi, vous avez voulu avoir le comité secret.

« Mon prédécesseur a eu le tort de se battre au milieu de cette situation absurde. Éclairé par son exeniple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la

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neltclé de la situation, j'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action, ou me retirer.

« Je ne briserai pas l'obstacle, car l'obstacle, c'est vous et votre Taiblesse : je ne veux pas attenter à la souveraineté publique. Je me retire, et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à Mazas.

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