‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 138 sur 178 · III. CHUTE D£ LA COMMUNE · texte numérisé non relu

III. CHUTE D£ LA COMMUNE

repoussait; rebroussant chemin, il vit une porte entr'ouverte, demanda à déposer son fardeau et môme à recevoir Thospitalité pour la nuit. « Je suis prêtre, otage de la Com- « mune ; nous nous sommes échappés de la Roquette, vous « pouvez me sauver la vie. » La bonne femme qui entendait ces paroles lui fit un accueil aussi gracieux qu'empressé : « Venez vite, monsieur, je suis Bretonne; j'aime bien les « prêtres. Je suis heureuse de vous recevoir chez moi *. »

Mgr Surat et ses autres compagnons s'étaient dirigés vers le boulevard Voltaire, espérant se dérober ainsi aux poursuites des fédérés qui, en effet, ne tardèrent point à revenir sur leurs pas. M. Chaulieu avait gardé ses habits, qui étaient très-propres en comparaison de ceux de ses compagnons. Peut-être fit-il ainsi remarquer le groupe, car il marchait en tête. Derrière lui venaient successivement M. l'abbé Bécourl, vêtu d'un© jaquette sordide, puis le" P. Houillon et enfin Mgr Surat portant tous les deux la vareuse grise des détenus.

En ces jours de bouleversement, la livrée infâme du bagne ou des prisons valait mieux qu'un laisser-passer aux yeux de la vile populace qui dominait Paris. C'était grâce à leurs vestes grises que le P. Houillon et Mgr Surat avaient réussi à traverser une première barricade à la rue Saint-Maur : un fédéré ivre s'était contenté d'interpeller familièrement Mgr Surat en lui disant : « Ne va pas plus loin, toi, mon vieux forçat, prends un flingot et reste avec nous. » Il n'en fut pas de même a la seconde barricade, boulevard Voltaire, où la ténue décente de M. Chaulieu donna immédiatement l'éveil. Là furent arrêtés les otages : on les saisit et on contraignit M. Chaulieu et M. Bécourt à entrer dans le corridor du n<> 130.

Dès qu'il fut prouvé que les fugitifs étaient des prêtres, on voulut les fusiller sur-le-champ devant la barricade. Celui qui insista le plus était un homme que les habitants de la maison ne connaissaient pas, qu'ils avaient surnommé le Clairon, à cause d'un instrument de cuivre qu'il portait

Page 1