‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 34 sur 178 · I. ORI0INES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORI0INES ET DÉBUTS

de ville, la Préfecture de police et les ministères ont dû être évacués par Tautorité régulière; considérant qu'il importe de sauvegarder les personnes et de maintenir Tordre dans Paris, délègue l'administration provisoire de la ville de Paris à la réunion des maires. »

Cette délégation était regrettable à tous égards; elle était incompatible avec l'unité de direction ; elle faisait prévaloir des influences qui 1l# représentaient ni Tesprit du Gouvernement, ni surtout celui de l'Assemblée. Les municipalités s'étaient désorganisées après le siège, comme la garde nationale elle-même. Parmi les maires et les adjoints les plus attachés à l'ordre, plusieurs avaient donné leur démission; après le 18 mars, d'autres se retirèrent par respect de la loi. L'esprit radical dominait ainsi dans ce qui restait de Télément municipal.

Gomment une telle autorité aurait-elle pu rallier les hommes d'ordre? Us restèrent sourds à toutes les objurgations du Gouvernement. Plus de deux cent mille individus bouclèrent leurs valises en . poussant le cri de sauve qui peut. On voyait les plus jeunes s'échapper, dans la crainte du recrutement forcé, on entendait les plus riches se répéter : « A présent, c'est une lutte entre Français; je ne m'en mêle plus. » Et ils disparaissaient. D'autres cédaient à un* sentiment plus réfléchi. L'impuissance complète où ils se sentaient de rien faire pour le bien public les justifiait, à leurs yeux, de pourvoir, avant tout, à leurs intérêts personnels et au salut de leurs familles. Parmi les plus généreux et les plus droits, beaucoup estimaient qu'il n'y a qu'une façon honorable de protester contre des crimes que Ton ne peut empêcher : c'est de ne pas les autoriser en quelque sorte par sa présence. Tel semblait être en effet le rôle humiliant auquel étaient réduits les honnêtes gens que leurs devoirs, leurs intérêts, la médiocrité de leur fortune ou une certaine insouciance retenaient dans Paris. Ainsi fut abandonnée par tous cette grande et malheureuse cité; on flt la place vide aux bataillons fédérés et à la tourbe qui leur servait d'auxiliaires.

C'était là un grand événement ; il fallait cependant l'an-

noncer à la province, déjà épouvantée de la gravité de l'insurrection. Par une dépêche, en date du 19 mars, 8 h. 25 m. du matin, M. Thiers apprit aux départements que le Gouvernement et Tarmée étaient réunis à Versailles. L'armée y était effectivement arrivée dans la matinée du 19. Toutes les administrations qui avaient reçu Tordre de venir y joindre le Gouvernement^ s'y casaient à la hâte. Les députés y étaient convoqués pour le 20. Ceux qui se trouvaient à Versailles se réunirent, le 19, dans une des salles du rez-de-chaussée ' du palais.

L'abandon de Paris et surtout celui des forts étaient l'objet de toutes les conversations. M. Thiers exposa les motifs de la grave détermination qu'il avait dû prendre : Le salut de l'armée lui promettait celui de la France, et il avait voulu, avant tout, soustraire les soldats à la contagion de l'émeute. Tout en approuvant le parti pris, les députés insistèrent pour qu'on occupât les forts du Sud et celui du Mont-Valérien ; mais M. Thiers, persuadé que cette forte-^ resse était suffisamment gardée, ne se rendit pas à leurs instances, pour ne pas disôéminer ses forces. En vain, le soir venu, quelques-uns d'entre eux allèrent au nom de leurs collègues supplier de nouveau le chef du pouvoir exécutif de retirer l'ordre d'évacuer les forts; il s'y opposa de nouveau. Ce ne fut que dans la nuit, à une heure du matin, à la suite d'une entrevue avec le général Vinoy, que M. Thiers donna enfin l'autorisation d'envoyer au Mont-Valérien, qui était à la fois la clef de Paris et le rempart de Versailles, le 119* de ligne, dont on était sûr, et quelques troupes d'artillerie et du génie.

Il était temps; le 20 mars, à 9 heures, par suite du départ du 23« et du 21* bataillons de chasseurs qui s'étaient mutinés la veille, le fort n'était plus gardé que par vingt-huit hommes, lorsque se présenta un sergent-major de la garde nationale fédérée. Il annonçait,* au nom du Comité central, l'approche de deux bataillons des Ternes et des Batignolles, qui venaient en prendre possession; mais à neuf heures et demie le premier bataillon du 119'' arrivait de Versailles, et la position était sauvée. Le soir, une forte

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