I. ORIGINES ET DÉBUTS
questions qu'ils firent ^n se borna à répondre : « Citoyens, vous verrez bientôt ce qu'on fera de vous. » Et, en souriant, Fantagoniste de Frédéric-Charles ajouta : « Ah çà, auriezvous le dessein de nous assassiner comme on Ta fait pour Lecomte et Clément-Thomas? » L'escorte ne répondit rien. Mais le citoyen Assi aurait dit d'un ton goguenard : « Nous imitons les Prussiens, nous voulons des otages. »
A quelques jours de là, le récit de cet incident fut complété à Versailles par M. Turquet que les insurgés avaient cru devoir mettre en liberté. « Sur notre passage, disait le député de l'Aisne, la foule criait : A mort Ducrot ! à mort le traître! — Ce n'est pas Ducrot! m'écriai-je, c'est le général Chanzy ! — Mais on me répondit par le cri : -^ mort le Prussien! — J'avais malheureusement sur la tête une calotte d'officier bavarois. Nous arrivons à la mairie du X1II« arrondissement; nous y sommes reçus par M. Léo Meillet, maire, qui nous déclare qu'il répondait de nous sur sa tête. Nous nous étions déjà assis, lorsque intervint un nouveau personnage. — ce Citoyen général, dit le nouvel arrivant à Chanzy, au nom des lois de la guerre, je vous fais prisonnier. — Je suis à vos ordres, répond le général Chanzy. — Je m'adressai alors au personnage, qui nous dit être le général Duval. Je suis député de l'Aisne, lui-dis-je, je tiens à être arrêté avec le général Chanzy. »
Conduits de la prison du IX« secteur à la mairie du XIII* arrondissement, les deux otages furent ensuite menés en competgnie du général Langourian à la prison de la Santé. Hais sur la route, des soldats de l'armée dételèrent les chevaux, maltraitèrent le général et quelques-uns môme s'écrièrent : «il fautle fusiller ! » M. Léo Meillet eut alors un de ces mots qui sauvent les situations : « Fusillez-les vousmêmes, » dit- il à la foule qui s'écarta enfin, et les deux généraux purent parvenir jusqu'à la Santé.
Ce nouvel épisode, qu'on racontait avec terreur dans tout Paris, contribua encore à assombrir la physionomie de la malheureuse ville. Les membres du cabinet, ne se trouvant plus en. sûreté au ministère des affaires étrangères, se réunirent secrètement, vers neuf heures, chez M. Calmon, rue
Abbatucci. L'inquiétude et Fagitation étaient extrêmes, M. Picard tombait de l'excès de la confiance dans la plus triste réalité. On discuta bien inutilement des propositions qui n'émanaient pas des chefs du mouvement, et l'on accorda le remplacement immédiat du commandant de la garde. nationale. C'était une concession grave, et au moins inutile. L'histoire de toutes nos révolutions prouve que les concessions in extremis n'ont jamais sauvé aucun gouvernement; celle-ci ne devait pas avoir un meilleur résultat. La destitution du général d'Âurelles, laissait sans chef et sans direction les bons bataillons de la garde nationale, et la popularité de son successeur, le colonel Langlois, ne devait pas suffire à rallier les mauvais.
•Dans cette nuit du 18 au 19, quelques minutes avant leur départ de l'École-Militaire, les ministres rédigèrent, sous l'empire de l'émotion la plus vive, une dernière affiche destinée à favoriser l'action du nouveau commandant de la garde nationale. Revenant sur les actes du Comité central, dont ils avaient le tort d'ignorer l'importance et la composition, ils rappelaient les crimes déjà commis, et conjuraient les citoyens de sortir enfin de leur inconcevable torpeur..« Voulez-vous, ajoutaient les ministres, prendre la responsabilité de leurs assassinats et des ruines qu'ils vont accumuler? Alors demeurez chez vous! Mais, si vous avez souci de l'honneur et de vos intérêts les plus chers, ralliezvous au Gouvernement de la Répubhque et à l'Assemblée nationale. »
Il ne suffisait pas d'engager la garde nationale à se ranger sous le drapeau de l'ordre, il fallait lui donner des moyens de ralliement, et la facilité de pourvoir à la solde de ceux qui répondraient à l'appel. Dans la journée du 19, vers une heure, le secrétaire général du ministère de l'in térieur, M. Labiche, qui représentait seul le Gouvernement à THôtel-Beauveau, se rendit à l'assemblée des maires; il leur apportait un bon de 500000 francs sur la Banque de France, et la délégation suivante :
« Le ministre de l'intérieur, vu les circonstances dans lesquelles se trouve la ville de Paris; considérant que l'Hôtel