‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 37 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS. C · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS. C

roucheset sanglantes; mais la ressemblance s'arrête aux faits proprement dits. Il y avait, dans la levée des fourches et des torches de Jacques Bonhomme contre les seigneurs, un point de revendication sociale, qui ne justifie en rien l'horrible caractère de cette guerre effroyable, mais qui, aux yeux de l'histoire, lui donne une raison d'être. La révolte des Anabaptistes, qui devait aussi finir par des actes d'une cruauté sans nom, eut pour point de départ le fanatisme biblique et ridée d'une transformation morale. Hais à Paris, en 1871, il n'y eut rien pour les idées, rien pour l'esprit. Pendant deux mois, la noble capitale, asservie par tout ce qu'il y a de plus ignoble, a perdu tout son prestige. Son histoire ne présente que d^s faits résultant de l'abus de la force. Celui de nos contemporains qui s'est toujours montré le plus favorable aux aventures révolutionnaires, J. Mazzini, n'y a vu qu'un recul vers la barbarie, qu'un pas fait en avant du côté de la bestialité des masses ; et tout porte & croire que ce jugement sera ratiOé par l'histoire. Elle dira que, du commencement à la fin, le mouvement des hon^nes de l'Hôtel de ville a été communiste et matérialiste. Us se sont jetés sur toutes les branches de l'administration comme les sauterelles, dans les campagnes de l'Afrique, au temps de la moisson; ils ont remplacé par des mangeurs les parties prenantes au budget.

On a écrit qu'en descendant des buttes, les vainqueurs ne savaient pas du tout ce qu'ils allaient faire ni le principe qu'ils invoquaient. C'est une erreur profonde. Très-peu de temps après s'être installé à l'Hôtel de ville, dix minutes au plus après avoir constaté qu'il ne serait contrecarré par aucune résistance, le Comité central avait pris soin de mettre la main sur un auxiliaire indispensable : l'imprimerie nationale. Une compagnie, commandée par un des chefs du mouvement, s'empara de l'ét^iblissement entier, en réquisitionnant les ouvriers, les ateliers et les machines, pour faire sur-le-champ le premier placard de l'insurrection. Dans cette proclamation, le nouveau gouvernement, exposant à sa manière les faits de la veille, racontait son arrivée au pouvoir conmie un triomphe pour la République. Il disait prépa-

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rer une combinaison propre à fermer « pour toujours Tëre des révolutions et des guerres civiles. » Mais il ne faisait pas mention de franchises municipales ; cette revendication eût été, d'ailleurs, fort inopportune, car, à ce moment même, le Gouvernement et l'Assemblée nationale étaient d'accord pour organiser sur les bases de l'élection les conseils municipaux de Paris et de Lyon. Ainsi, ce ne fut pas tout d'abord l'idée de commune qui arma les foules parisiennes, et ce ne fut point pour conquérir à Paris Texercice des droits municipaux, consentis dès le premier jour, que tant de révolutionnaires étrangers. Polonais, garibaldiens et autres, vinrent grossir les rangs de l'insurrection. Non, il s'agissait uniquement alors de réaliser l'avènement du proléta/riaL

Bientôt après, cependant, comme si le Comité avait conscience de l'usurpation qu'il venait de commettre, en regard d'un gouvernement légal, issu d'une Assemblée régulièrement sortie du suffrage universel, il déclarait vouloir convoquer le peuple dans ses sections pour faire les élections communales.

« Citoyens, » disait-il, « le peuple de Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer.

« Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher à la République.

« Cette fois, nos frères de l'armée n'ont pas voulu porter la main sur l'arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d'une république acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des guerres civiles.

« L'état de siège est levé.

« Le peuple de Paris est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales.

« La sûreté de tous les citoyens est assurée par la garde nationale.

« Hôtel de ville, Paris, ce 19 mars 1871.

« Le Comité central de la garde nationale. »

(Suivaient les signatures.)

Comme complément de cette communication du gouvernement qui venait de s'emparer de la ville de Paris, et comptait bien s'imposer à la France, on afficha dans la journée une sorte de manifeste dont le titre portait : « Fédération républicaine de la garde nationale, organe du Comité central. » Cette pièce) conçue en termes emphatiques, se terminait ainsi :

a Nous, chargés d'un mandat qui faisait' peser sur nos tètes une terrible responsabilité, nous l'avons accompli sans hésitation, sans peur, et dès que nous voici arrivés au but, nous disons au peuple qui nous a assez estimés pour écouter nos avis, qui ont souvent froissé son impatience : Voici le mandat que tu nous as conGé. Là où notre intérêt commence, notre devoir finit. Fais ta volonté, mon maître, tu t'es fait libre. Obscurs, il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, et montrer aux gouvernants que l'on peut descendre la tète haute les marches de ton Hôtel de ville, avec la certitude de trouver en bas l'étreinte de ta loyale et robuste main. »

Nous ne savons si, à cette heure, il survint des conseillers, si on souffla aux membres du Comité l'expédient d'un pouvoir municipal à constituer. Cela est possible; toujours est-il que, loin de s'effrayer des suites de leur témérité, comme on l'a écrit, ils s'enhardirent au point de publier un décret, ils disaient un arrêté, tant ils allaient encore doucement. Mais si, naguère, ils avaient cherché, en quelque sorte, à s'excuser, en démontrant que Tobscurité de leurs noms et l'humilité de leurs situations sociales étaient les seules fautes réelles qu'on pût leur imputer, cette fois, ils montraient des griffes de lion en édictant une loi : ce Le Comité central de la garde nationale,

« Considérant :

« Qu'il y a urgence de constituer immédiatement l'administration communale de la ville de Paris, « Arrête :

a V Les élections du Conseil communal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain, 22 mars.

« î"" Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondisse-

ment. Chaque arrondissement nommera un conseiller par chaque vingt mille habitants ou fraction excédante de plus de dix mille.

« 3** Le scrutin sera ouvert de huit heures du matin à six heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement.

a 4« Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées, chacune en ce qui la concerne, de Texécution du présent arrêté.

<c Un avis ultérieur indiquera le nombre de conseillers à élire par chaque arrondissement.

« Hôtel de ville, Paris, 19 mars 1871.

« Le Comité central de la garde nationale. »

(Suivaient les signatures.)

On reconnaît bien dans le premier acte officiel du Comité centrali'influence d'un élément nouveau, celui des hommes du 31 octobre déjà pressés de prendre sa place. Mais comme les adhésions augmentaient avec la durée du succès, les vainqueurs s'enhardirent encore. Dans la nuit du dimanche au lundi, le programme s'accentua davantage. C'était une révolution qu'on voulait consacrer par les Jois, et non pas seulement par les faits. Et quand on interrogea trois d'entre eux sur les postulata des vingt membres, ils répondirent :

« Ils veulent que la garnison de Paris soit casernée dans les forts, et non dans la ville. Ils veulent en outre que cette garnison soit réduite au nombre d'hommes strictement nécessaire pour le service des forts. Ils veulent la suppression absolue des sergents de ville ou gardiens de la paix, des gendarmes ou gardes nmnicipaux de Paris, etc.- Ils veulent que la police extérieure soit tout entière confiée à la garde nationale. Ils veulent en élire le commandant supérieur. Ils veulent enfin que l'Assemblée nationale réintègre Paris. Un ultimatum dans ce sens a dû lui être adressé.par le Comité central, qui. lui accorde un délai maximum pour y obtempérer, sinon, on marchera sur Versailles. Ce délai expirera jeudi prochain, 23 mars. Voilà ce qu'ils veulent. Quant aux ministères , quant au pouvoir, ils ne les récla-

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