‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 38 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

ment pas. Ils consentent à ce que M. Thiers et les ministres continuent à gouverner la France et à traiter avec les Puissances étrangères. »

II est évident qu'il n'y avait dans ce langage rien d'acceptable. Mais il cachait encore d'autres visées qui s'accusaient clairement dans les faubourgs. Là, on regardait le 18 mars conune Tavénement du prolétariat; les ouvriers déclaraient qu'ayant chacun unchassepot à la main, ils ne rentreraient plus à l'atelier afin d'y engraisser des maîtres. Il n'y a maintenant, et il ne doit y avoir, disaient-ils, qu'un programme, celui qui posera le travailleur comme souverain maître et comme couronnement des sociétés modernes.

Se faisant l'écho de cette pensée, le Comité central insérait le 20 mars, dans son Journal officiel^ une longue note où on lisait ce qui suit.

oc Les travailleurs, ceux qui produisent tout et ne jouissent de rien, ceux qui souffrent de la misère au milieu des produits accumulés, fruit de leurs labeurs et de leurs sueurs, devrontr-ils être sans cesse en butte à l'outrage? Ne leur sera-t-il jamais permis de travailler à leur émancipation sans soulever contre eux un concert de malédictions? La bourgeoisie, leur atnée, qui a accompli son émancipation, il y a plus de trois quarts de siècle, qui les a précédés dans la voie de la révolution, ne comprend-elle pas aujourd'hui que le tour de l'émancipation du prolé^riat est arrivé? Les désastres et les calamités publiques dans lesquels son incapa« cité politique et sa décrépitude morale et intellectuelle ont plongé la France devraient pourtant lui prouver qu'elle a iini son temps, qu'elle a accompli la tâche qui lui avait été imposée en 89, et qu'elle doit, sinon céder la place aux travailleurs, au moins les laisser arriver à leur tour à l'émancipatiôa sociale. »

La nouvelle révolution n'était donc pas, au fond, une révolution politique^ c'était surtout une révolution sociale. Elle avait pojur but non pas de donner leur vol à toutes les initiatives, leur essor & toutes les facultés individuelles, mais de pher toutes les aptitudes sous le joug d'un communisme dictatorial et intolérable. Elle ne songeait pas,

comme elle le disait hypocritement, à faire participer toas les citoyens aux richesses communes, aux avantages sociaux, à abolir simplement le salariat en faisant de tous les producteurs ou échangistes des commanditaires et des associés, propriétaires de leurs instruments de travail ou d'une part indivise du capital social, mais à retourner le monde, à faire du riche un pauvre, du patron un salarié. Si elle n'avait eu pour objet que de venger Thonneur de Paris et de notre malheureuse et chère patrie, vaincue et démembrée, hélas ! par l'incapacité bien plus que par la trahison, que de rendre à Paris ses franchises municipales, et aux maires certaines prérogatives, plus flatteuses pour la vanité qu'utiles à l'accomplissement du mandat, la lutte aurait été moins acharnée, et elle aurait pu fmir par une transaction qui aurait satisfait les prétentions de la magistrature urbaine et conservé intact le droit du Parisien. Mais il s'agissait d'une réforme plus positive, plus radicale; il s'agissait, non pas d'être gouverné par tel ou tel maître, par telle ou telle classe mais de n'être plus gouverné du tout, de tuer l'autorité et le pouvoir de l'État pour fonder, non pas seulement la liberté et le pouvoir du citoyen, mais la licence. Il ne s'agissait pas seulement d'amener progressivement l'efTacement des classes par l'extinction chimérique du paupérisme, d'assurer l'indépendance civique par l'indépendance économique, d'en finir avec l'exploitation par la propagation de l'enseignement, de l'association et du crédit, d'augmenter le bienêtre de chacun, la richesse publique, l'activité de la circulation par la diminution des frais généraux, l'utilisation de toutes les aptitudes et la suppression de tous les emplois ou fonctions dont l'utilité n'est pas incontestablement démontrée; il s'agissait aussi de ne plus prélever sur le prix du produit consommable une prime destinée à payer les charges de l'État.

Cette révolution était donc celle des contribuables de tout ordre contre les subventionnés du budget, celle des administrés contre les dépositaires de la souveraineté. C'était la révolution faite par tout ce qui travaille, produit, échange, contre « tout ce qui vit d'exploitation sous les mille formes

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