‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 58 sur 178 · Arnold et Rouvîer · texte numérisé non relu

Arnold et Rouvîer

On ne peut s'empêcher de remarquer que, sur quarantetrois députés de la Seine, six seulement prirent part à cet acte. Quant aux municipalités, quatre arrondissements n'étaient pas représentés dans la liste deç signataires. Sur vingt maires, sept seulement avaient adhéré et sur quatrevingts adjoints, trente-deux avaient signé. Le compromis n'avait donc été consenti que par la minorité de la réunion des maires et des adjoints de Paris. Mais comme, en révolution, ce sont les minorités qui font la loi, il n'en aida pas moins l'insurrection à tromper la population de Paris et à lui faire croire que les élections de la Commune étaient légales, puisque les maires reconnus par le Gouvernement les autorisaient.

La plupart de ceux qui avaient adhéré à cette sorte de capitulation, le comprirent si bien, que dans une réunion qui eut lieu chez M. Alfred André presque immédiatement après, ils déclarèrent n'avoir transigé que pour éviter l'effusion du sang. Dn adjoint, après avoir essayé de justifler sasignature, s'écHa : « Ah 1 je ne me le pardonnerai jamais! »

Dans la séance du 25, M. Louis Blanc sollicita de l'Assemblée une approbation, ou tout au moins un bill d'indemnité pour la conduite des municipalités, et proposa de déclarer par un ordre du jour motivé, « qu'en prenant en toute connaissance de cause le piarti que leur imposait la plus alarmante des situations, les maires et adjoints de Paris avaient agi en bons citoyens. » Mais, dans la séance du 27 mars,

rAssemblée décida, à la presque unanimité, que cette proposition ne serait pas prise en considération. Pouvait-elle souffrir, en effet, qu'une minorité factieuse prétendît se substituer au pouvoir légal qu'elle avait constitué? Les signataires de la convention se défendent, en disant qu'ils ont été jusqu'à la limite du possible, qu'ils ont tenu huit jours le Comité central en échec, et que ces huit jours ont permis au Gouvernement d'organiser son armée et de vaincre ensuite l'émeute qui l'aurait emporté si la lutte avait commencé plus tôt. Assurément, cette allégation n'est pas dénuée de fondement, mais elle n'excuse nullement la faiblesse de la municipalité parisienne devant l'insurrection et sa défaillance finale. Les maires représentaient seuls le pouvoir légal, ils ne devaient pas pactiser avec l'émeute. S'ils avaient refusé de se prêter à des élections mensongères, il est bien possible que le Gomité les eût faites quand môme, mais elles n'auraient pas présenté ce caractère légal dont les a revêtues leur fatale condescendance , et qui a eu des conséquences terribles.

La plus immédiate fut la désol*ganisation de ce grand parti de l'ordre qui s'était levé à la présence de l'amiral Saisset. Témoin de la connivence des maires avec les insurgés, l'amiral, à qui une partie de la Ghambre, froissée de sa proclamation, avait attribué la pensée de se mettre à la tête du mouvement, partit le même jour, à quatre heures du soir, pour Versailles. 11 a été raconté alors que, sur la prière de ses amis, il avait dû se mettre des lunettes vertes, dissimuler son uniforme sous un habit civil, et, un numéro du Père Duchêne à la main, user de ruse pour sortir de Paris sans être inquiété.

Avant de partir, l'amiral laissa au colonel Trêves l'ordre suivant, qui devait être transmis à la garde nationale : «J'ai l'honneur d'informer MM. les chefs de corps, ofBciers, sousofRciers et gardes nationaux de la Seine que je les autorise à rentrer dans leurs foyers, à dater du samedi 25, sept heures du soir. » Les uns ont blâmé fort cette conduite, mafs la résistance était-elle encore possible? L'amiral Saisset a déclaré qu'il y avait insuffisance d'hommes, d'armes et de munitions. Or, quand des hommes, dont le courage et l'autorité militaire

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