I- ORIGINES ET DEBUTS
Sauf dans trois arrondissementSy le I^, le VI* et le IX% les modérés furent complélemeat battus. Et comme les élus de celte catégorie se démirent dès le jour même du dépouillement du scrutin, il ne resta plus debout, comme prétendu pouvoir municipal, bientôt comme unique pouvoir, que les auteurs de la révolution nouvelle. 11 se présenta aussi cette particularité, que, treize seulement des trente-neuf membres du Comité central étant sortis de Turne, la majorité de ce que l'on appellerait la Commune devait être composée de républicains formalistes, c'est-à-dire imitateurs de 93. A leur yeux, la révolution qui venait de s'accomplir avait un carac* tère plus politique que social. Or, c'était tout le contraire que se proposaient les auteurs du mouvement, les candidats de rintemationale et de la fédération républicaine. Un instant, même, ils eurent la pensée de tenter un coup d'État, mais craignant de compromettre leur premier succès, ils firent mine de battre en retraite, comme ils l'avaient promis, mais pour rentrer bientôt en scène.
Le 27 mars, le Comité se déclara dissous et prêt à remettre ses pouvoirs à la Commune de Paris. Toutefois, un souscomité, composé par les soins d'Assi, devait expédier les affaires jusqu'à rinstallation définitive du conseil communal.
Le 2S, eut lieu, avec un grand apparat, sur la place de l'Hôtel de ville, la proclamation de cette étrange municipalité. Sur les quais, dans les rues adjacentes, se pressait une foule curieuse. Éloignée du sanctuaire, elle se bornait à contempler de sa place les apprêts de la solennité qui ne manquaient point d'ailleurs de pittoresque. Une estrade, garnie de fauteuils en velours rouge, était disposée devant l'entrée du palais au^essous de la statue de Henri lY. Ce souvenir monarchique^ dit le Siècle^ était caché par une tenture rouge, à crépines d'or, sur laquelle ressortait un buste de la République entoujré de drapeaux rouges. Le drapeau tricolore avait été complètement oublié ; encore deux jours, et il sera déclaré séditieux, réactionnaire, par un décret instituant le drapeau rouge seul drapeau national. Au premier plan de l'estrade, était une table carrée, devant laquelle devaient prendre place les membres du Comité. Au centre, se
trouvait un siège plus large et plus élevé, c'était le trône du citoyen Assi.
A une heure, apparaissent les premiers bataillons du Comité. Leurs délégués, le bras ceint d'un ruban rouge, niarchent en tête. Trois heures sont remplies par ces préparatifs de cérémonie. On n'entend que bruit de tambours, fanfares de clairons ; et les cris de : Vive la République ! Vive la Commune! poussés de toutes parts avec frénésie font diversion à ce défilé monotone. Mais bientôt la place est trop petite. Les nouveaux arrivants sont obligés de s'arrêter dans les voies adjacentes. Les rues Saint-Antoine, du Temple, de la Verrerie, de Rivoli, le boulevard Sébastopol, les quais et la rue de Turbigo en sont encombrés, et c'est un flot toujours grossissant de têtes et de baïonnettes.
Vers quatre heures, un roulement de tambours annonce l'arrivée du Comité qui, magistralement, son président en tête, descend les degrés de l'Hôtel de ville et prend place sur l'estrade ; de chaque côté se rangent les porte-drapeaux. Les canons, placés sur le quai de Grève, ouvrent la séance par des salves répétées, suivies d'applaudissements et des cris de plus en plus frénétiques de : Vive la Commune I Vive la République! L'émotion populaire est à son comble, tous les képis s'agitent à la pointe des baïonnettes. Ces démonstrations bruyantes nuisent au discours du citoyen Assi qui ne peut dominer le tumulte et parvenir à se faire entendre.
Après cette harangue, qui manque son effet, le président proclame le nom des élus. L'appel de chaque vote d'arrondissement est accueilli par l'air de la Marseillaise que jouent toutes les musiques de la garde nationale. Viennent ensuite les discours de circonstance, discours où la population, congratulée autant qu'elle peut l'être, est portée aux nues par les orateurs du Comité; où la République est encensée avec non moins de profusion et couronnée des immortelles de l'éloquence la plus étrangement fleurie. Enfin, les orateurs se taisent , et alors a lieu le défilé des milices fédérées , au bruit du canon. Chaque bataillon, en passant devant l'estrade, présente les armes aux membres de la Commune, dont les noms sont acclamés de nouveau»