‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 67 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

Nous avons vu passer cette multitude armée, et nous avons été frappés de la diversité d*éléments dont elle était composée. Elle renfermait un grand nombre d'ouvriers intelligents et de petits boutiquiers, et ce qui est remarquable, elle comptait dans ses rangs un grand nombre d'hommes d'un certain âge. Des vétérans à cheveux blancs, qui avaient peut-être servi sous le roi-citoyen, marchaient à côté de jeunes gens qui auraient pu être leurs petits-flls. Ils représentaient ce que le mouvement renfermait de sincérités politiques; ils étaient « les volontaires de la liberté » les « penseurs avancés » nourris de la phraséologie, pour eux toujours jeune, de la première révolution. Ils étaient venus « pour sauver la France» et af&rmer les principes de 89. L& aussi était naturellement toute la flne fleur des gredins de Paris ; jamais on ne vit une collection de flgures aussi sinistres. Ces hommes étaient toujours plus ou moins ivres; depuis le 18 mars jusqu'à la chute de la Commune, ils n'ont peut-être pas cessé de Tôtre.

A six heures, la foule s'écoule lentement par les quais et les rues, et la place, vide de bruit et de spectateurs, reprend cet air maussade et hérissé qui rappelle si bien les jours tourmentés de la Ligue ou de la Fronde.

11 faut rapprocher la description de cette parade extérieure du tableau que M. Tirard, l'un des élus de la Commune, a fait à la commission d'enquête de ce qui se passait, ce jour- ^ là même, à l'intérieur de l'Hôtel de Ville. « Je m'y rendis le lundi soir, a-t-il dit. C'était un bacchanal efl'royable; on mangeait dans tous les couloirs ; il y avait des orgies dans toutes les salles, il s'exhalait partout une odeur de vin, c'était quelque chose d'alTreux. La réunion avait lieu dans la salle du conseil municipal; à peine y étais je entré qu'un membre se leva pour demander ma mise en accusation, en disant que j'étais un traître. » Un autre membre proposa de déclarer à l'assemblée municipale de se former en conseil de guerre ; un autre; prétendit que la Commune de Paris avait un pouvoir constituant qui s'étendait à toute la France, et il demanda qu'on envoyât partout des délégués ou des commissions. — A propos de la vérification des pouvoirs, M. Tirard entendit

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proclamer que la Commune ne reconnaissait aucune des lois antérieures, qu'il n'y avait pas d'autres lois que celles qu'elle ferait. Le nouveau gouvernement se mettait dès le premier jour au-dessus des lois.

La première séance de la Commune eut lieu le mercredi 29 mars, que les fanatiques amateurs du passé dataient du 8 germinal, an LXXIX.

Un vieillard, dont le renom de probité était universel, le citoyen Charles Beslay eut à présider la première séance en qualité de doyen d'&ge. Honnête et naïf, il s'imagina d'abord qu'oix n'avait voulu qu'un conseil municipal, et, dans le discours d'ouverture, il le dit nettement Cette pièce est- trop curieuse, pour qu'elle ne trouve pas sa place daqs une histoire de la Commune ; la voici :

« Citoyens,

« Depuis cinquante ans, les routiniers de la vieille politique nous bernaient avec les grands mots de décentralisation et de gouvernement du pays par le pays. Grandes phra* ses qui ne nous ont rien donné.

<c Plus vaillants que vos devanciers, vous avez fait comme le sage qui marchait pour prouver le mouvement; vous avez marché, et l'on peut compter que la République marchera avec vous !

« C'est 1&, en effet, le couronnement de votre victoire pacifique. Vos adversaires ont dit que vous frappiez la République; nous répondons, nous, que si nous l'avons frappée, c'est comme le pieu que l'on enfonce plus profondément en terre.

« Oui, c'est par la liberté complète de la Conounune que, la République va s'enraciner chez nous. La République n'est plus, aujourd'hui, ce qu'elle éta.it aux grands jours de notre Révolution. La République de 93 était un soldat qui, pour combattre au dehors et au dedans, avait besoin de centraliser sous sa main toutes les forces de la patrie ; la Repu-

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