‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 77 sur 178 · COMMISSION EXECUTIVE · texte numérisé non relu

COMMISSION EXECUTIVE

Elle exécutait les décrets de la Commune et les arrêtés des autres commissions, ne prenait aucune mesure sans en référer à la Commune; elle siégeait à l'Hôtel de ville.

Elle se composait de : Eudes, Tridon, Vaillant, Lefrançais, Duval, J*yat et Bergeret.

Certains conflits d'attributions, le défaut de contrôle sur les actes des commissions, et surtout de la commission executive, amenèrent la réforme de l'organisation du pouvoir eiécuiilk U fut confié à titre provisoire, dans les séances du 20 et du 21 avril, aux délégués des neuf commissions.

Oo procéda ensuite à l'élection des délégués aux divers ministères, et le scrutin donna les résultats suivants : Guerre^ Cluseret; FinanceSy Varlinj StAsistances^ Parisel; Relations extérieures^ Paschal Grousset; Enseignement^ docteur Roussel; Justice^ Protot; Sûreté générale^ Grelier; Trorvail et échange, Léo Frankel; Services publics, Andrieu.

Les délégués devaient se réunir chaque soir, et prendre à la majorité des voix les décisions relatives à chacun de leurs départements. La commune statuait ensuite, en comité secret, sur les mesures arrêtées par eux.

Les archives de la justice militaire ont reconstitué les tableaux nominatifs des diverses administrations, ministères ou services de la Commune. Le général Appert en donne dans son rapport les extraits les plus intéressants. Ces tableaux permettent de se faire une idée de la masse des efforts tout individuels qui furent tentés en faveur de l'insurrection, et du grand nombre d'individus coupables d'usurpation de fonctions et complices de la tentative criminelle de 1871. Mais il faut se prémunir contre la pensée fausse qu'une organisation homogène, complète, image de la nôtre, ait été créée en si peu de temps par le gouvernement insurrectionnel.

Non, ces listes ne sont qu'un étalage des vanités et des appétits qu'il avait excités; chacun, selon son tempérament, s'était improvisé en remplacement des fonctionnaires et employés supérieurs retirés à Versailles, chef de bureau, chef de division, chef de service, inspecteur, etc., colonel, général, etc. Chacun travaillait à sa manière au triomphe de la révolution, mais sans direction, sans principes arrêtés, n'ayant personne au-dessous de soi dans les emplois inférieurs, et guidé par une ambition impatiente qui le portait à empiéter sur les services voisins, à accaparer l'autorité et les places.

130 HISTOIllE DE LA COMMUNE.

En même temps qu'elle s'efforçait de réorganiser à sa manière les administrations et les services publics, la ComT mune inaugurait par une mesure habile son rôle d'assemblée souveraine. Mieux avisée que l'Assemblée nationale, elle vota tout d'abord le célèbre décret sur les loyers, aux termes duquel remise générale était faite aux locataires des termes d'octobre 1870, janvier et avril 1871. Toutes les sommes payées par eux, pendant les neuf mois, seraient imputables sur les termes futurs, et tous les baux seraient résiliables par les locataires, pendant une durée de six mois, à partir de la promulgation du décret.

Une autre mesure, non moins absolue, fut également prise sur la proposition de la commission militaire et de celle des finances. La conscription fut abolie, et la garde nationale déclarée seule force armée régulière.

Enfin, la Commune décréta que, comme elle était le seul pouvoir légalement constitué, seraient révoqués et considérés comme coupables, les fonctionnaires qui reconnaîtraient l'autorité inconstitutionnelle de Versailles. Elle ôtait son masque, et elle indiquait ainsi ses véritables tendances à se considérer comme gouvernement et non plus seulement comme conseil municipal. Mais un certain nombre de ses membres n'acceptèrent pas, dans cette ampleur, le rAle qu'on les avait appelés à jouer. De nombreuses démissions firent presque immédiatement un vide important dans le sein de la Commune. Par contre, les citoyens Charles Delescluze et Cournet avaient écrit à M. Grévy, président de l'Assemblée nationale, dont ils faisaient partie, pour l'informer qu'ils optaient pour le nouveau mandat qui leur était confié, et qu'ils entendaient rester uniquement membres du conseil municipal de Paris.

La Conimune essaya, depuis, de se compléter; de nouvelles élections eurent lieu le 16 avril. Les démissionnaires furent remplacés, ce jour-là, par Andrîeu, Arnold, Briosne, Courbet, Cluseret, Dupont, Durand, Garibaldi (Menotti), Joannhard, Lonclas, Longuet, Philippe, Pillot, Pottier, Rogeard, Sicard, Sérailler, Trinquet, Vésinier et Viàrd.

Les citoyens Briosne, Garibaldi, Rogeard se détachèrent

î. ORIGINES ET DÉBUTS. 131

de ce nouveau groupe, dont les élections étaient nulles comme n'ayant pas obtenu le huitième des voix des électeurs inscrits. Mais, la commission, nommée pour la validation, passa sur ce léger détail, en concluant qu'il fallait se contenter de la majorité absolue sur le nombre des votants, attendu que dans certains quartiers un grand nombre d'électeurs s'étaient soustraits par la fuite à leurs devoirs de citoyens et de soldats. La légalité ne devait jamais être le fort de ce gouvernement qui, se composant de quatre-vingtquatorze membres, ne compta jamais plus de soixante-seize volants. Ce nombre même devait encore diminuer : Flourens fut tué; Allix, enfermé comme fou; Blanchet, incarcéré; Bergeret et Assi subirent quelque temps le même sort; enfin, vingt-trois memjbres se séparèrent à un certain moment de la Commune, et déclarèrent être résolus à ne plus assister à ses séances. Ainsi réduit, le gouvernement de THôtel de ville restait donc effectivement composé de quarante et un membres, c'est-à-dire moins de la moitié des élus.

C'est cette minorité violente qui va diriger les destinées de Paris et mener la guerre civile. Nous allons bientôt la voir à l'œuvre.

La modestie et le désintéressement firent également défaut aux membres de la Commune. Comme chez les peuples primitifs, les galons, les ceintures, les couleurs éclatantes ont joué sous leur règne un rôle prépondérant. Cluseret reprochait aux fédérés d'être trop amoureux du galon et des insignes, mais il ne parvenait pas à leur inspirer le goût de la simplicité. L'ardeur de ces hommes se dépensait en vains ornements, et, à ce moment d'égalité à outrance, c'était à qui se distinguerait de son voisin. Nous en avons vu plusieurs surchargés de ceintures et d'écharpes, portant à la fois la marque distinctive des membres du Comité central et celle des membres de la Commune.

Les membres du Comité central avaient une écharpe rouge à franges d'argent, et portaient une décoration ayant la forme d'un triangle attaché à un ruban rouge et noir. Les membres de la Commune mettaient à leur boutonnière une rosette rouge sur un ruban rouge garni de franges d*or. L'écharpe était la même que celle du Comité, mais elle était ornée de glands d'or. Ils recevaient une indemnité de quinze firancs par jour.

La bannière de la Commune était nécessairement le drapeau rouge.

Ce drapeau est d'origine fort ancienne : c'était celui des Gaulois; les Francs marchaient sous une enseigne couleur de safran ; les rois de France prirent d'abord pour étendard la chape de Saint-Hartin, puis ils adoptèrent l'oriflamme^ qui n'est autre chose que le drapeau rouge.

Abandonné dans là suite, le drapeau rouge reparut en juillet 1791. D'après la loi martiale, rendue contre les attroupements par la Constituante, en 1789, l'autorité municipale devait, en cas de résistance aux sommations, déployer contre l'émeute un drapeau rouge. On arbora ce sinistre étendard lors du massacre du Champs-de-Mars. Un an plus lard, en juillet 1792, le peuple insurgé contre la royauté prit des drapeaux rouges portant cette inscription : Loi martiale du Peuple contre la rébellion du pouvoir eocéculif.

En 1848, le peuple voulut consacrer sa victoire en arborant cette couleur symbole de la justice qu'il s'était faite. Lamartine l'en empêcha en prononçant une phrase célèbre : « Le drapeau tricolore a fait le tov/r du monde, lé drorpeau rouge na fait que le tour du Champ^e-Mars traîné dans le sang du peuple. » C'est à cette occasion que Blanqui adressa au Gouvernement provisoire la protestation suivante : « La couleur rouge flotte sur Paris ; elle doit être maintenue. Le peuple victorieux n'amènera pas son pavillon. »

Après le 18 mars, on se souvint de ces paroles, et le drapeau rouge prévalut; il est maintenant l'emblème de la révolte et du désordre.

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