ORIGINES ET DÉBUTS
masses fédérées, couche par couche, que ne trouverait-on pas? On verrait défiler successivement les paresses ignominieuses, les jalousies, les impuissances folles, les ambitions devenues féroces. Quels chefs et quelle armée! Où se recrute-trelle? Parmi tous ceux qui, à Paris, ont fait naufrage, dont la civilisation n'a su ni reconnaître le génie, ni utiliser « les magnifiques énergies », et qui se sont perdus corps et âme dans cette tempête sans éclair. Il y a là les prolétaires, les déclassés, les ouvriers ne travaillant pas, les vagabonds, les femmes déliées de chaînes légales, les enfants des quartiers sombres, ce que les Romains appelaient Pîebesçulay ce que Mirabeau nommait le popule. Il y a dans cette tourbe tant de crimes, de vices, de défauts, de tares au physique et au moral, qu'ils rappellent trait pour trait ce portrait de Salluste :
« Dans une ville si peuplée et si corrompue, Catilina avait rassemblé sans peine des troupes d'infâmes scélérats qui, rangées autour de lui, semblaient composer sa garde. Tous les hommes perdus de vices et de débauches, tous ceux qui s'étaient ruinés* en festins, au jeu ou avec les femmes; ceux qui s'étaient surchargés de dettes... tout ce qu'il y avait de parricides, de sacrilèges, de gens condamnés ou qui craignaient de l'être; tous ceux qui, pour vivre, faisaient trafic du sang des citoyens ou du parjure; enfin, les malheureux que l'infamie, l'indigence et les remords poussaient au désespoir ; voilà quels étaient les amis et les confidents de Catilina. »
Le tableau est exact ; il n'y a rien à retrancher ni rien à ajouter. La Commune de Paris, c'est la haine et la convoitise, la passion de la révolte combinée avec la fièvre de l'argent.