‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 87 sur 178 · ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DÉBUTS

service de la république sociale. Mais son courage n'a jamais été à la hauteur de ses convictions. Tridon était, du reste, un garçon maladif, d'un tempérament peu propre à l'action.

iirttttf^mowîrf. Il est intelligent, il a l'œil vif, un front élevé, et il eût été dans une assemblée législative un orateur disert, élégant, agréable à entendre; mais il est sans principes arrêtés et n'a jamais montré les qualités d'un homme d'action.

Gustave Flourens. Il avait été jeté dans l'opposition la plus ardente par son exaltation naturelle encore plus que par la mesure bien légitime qui le priva de ses fonctions de suppléant au collège de France^ à raison de ses opinions matérialistes et révolutionnaires. A partir de ce jour, il mena une vie errante, romanesque, follement périlleuse; mais il était un des hommes les plus capables, les plus intelligents, et aussi des plus honnêtes qui furent compromis dans la formidable insurrection du 18 mars.

Voilà les principaux Blanquistes qui vont entrer en scène. Ils avaient fait, pour arriver au pouvoir, un» alliance avec les membres de l'Internationale qui ne tarda pas à être brisée, et leur rivalité d'influence, comme leur antagonisme d'opinions a rempli le règne de la Commune.

Avec eux, tous les drames de la révolution doivent repasser indéfiniment sous nos yeux. Noiïs reverrons le renversement des statues royales, les razzias de suspects, les arrestations arbitraires, les perquisitions domiciliaires, les suspensions de journaux. Nous reverrons la Conciergerie encombrée de prisonniers; nous reverrons des jacobins et des hébertistes; nous reverrons la Commune tournant ses canons contre l'Assemblée nationale, et pour que rien ne manque au programme, nous entendrons gronder au fond du théâtre, comme la furie traditionnelle, le Comité de salut public. L'histoire, qu'ils ne connaissent que par la déclamalion, les pousse et les égare ; ils croient que les générations se ressemblent et se copient, et qu'il suffit d'être un plagiaire plus ou moins fanatique pour être un grand politique. Ces hommes, socialistes ou Jacobins, ont eu le pouvoir

pendant soixante-six jours, le pouvoir sans limites. Jamais une souveraineté absolue n'a rencontré moins d'entraves, n'a eu moins de comptes à rendre. Qu'ont-ils fait? Ah! s'ils avaient une idée, si réellement ils représentaient, comme ils en avaient l'impudente prétention, le socialisme et tout ce qu'il contient en germe; si enfin ces gens avaient été capables seulement de définir une fois leur propre pensée, de définir leurs théories, ils le pouyaient faire tout à leur aise. Jamais si belle occasion ne leur pouvait échoir. Eh bien ! en parcourant la collection des lois, arrêtés et décrets du Comité central, de 1^ Commune et du Comité de salut public, l'œil du plus bienveillant philosophe ne peut découvrir, dans le testament de cette infernale trilogie, une parcelle de raison, un atome de vérité, un semblant de justice. Ils se sont comparés aux Jacobins, mais on chercherait en vain dans les dossiers pourtant volumineux des révolutionnaires de la première heure, un seul acte qui dénote une absence de raison aussi complète que dans tout ce que nous avons vu pendant deux mois.

* Ils n'ont su que faire revivre les niots de 1793, sans y faire passer le souffle qui les animait. Dans leurs ternes séances, qu'ils n'osèrent pas rendre publiques, et dont ils hésitèrent longtemps à donner le compte rendu, il n'y avait nulle trace de cette éloquence enflammée qui devait, suivant un de ses membres, faire « écumer la multitude »,.et rappeler « Danton débraillé et tonnant ».

C'est qu'il ne s'agissait pas, pour les hommes du 18 mars,

dé doctrines à faire prévaloir, mais de détruire une société qui, régie par les lois de la morale et du devoir, ne pouvait leur donner la place qu'ils ambitionnaient. Et nous les avons vus, pendant soixante-six jours, essayer de pousser la France vers l'abtme, et, dans l'exaspération de leur défaite, travailler à l'anéantissement d'une ville pour se consoler de n'avoir pu faire crouler le pays tout entier. Plutôt que de ne pas régner, ils auraient volontiers régné sur des ruines.

Tels étaient les chefs.

Si, comme le plongeur qui se précipite dans l'abtme pour étudier Iç fond de la mer, on examinait maintenant les

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