‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 90 sur 178 · ORIGINES ET DEBUTS · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DEBUTS

Or, en étudiant les faits, on voit que les causes de Tinsurrection sont à la fois accidentelles et générales; elles tiennent aux événements du siège et à notre état social. Sans sa fièvre généreuse de résistance à l'ennemi, la population de Paris ne se serait pas soulevée; sans le désordre moral qui règne depuis longtemps dans les Ames, une révolte, si elle eût éclaté, n'aurait jamais présenté les caractères sauvages qui ont marqué celle de la Commune.

Les circonstances exceptionnelles où Paris avait été jeté, depuis de longs mois, ressortent du premier chapitre de cette histoire. On peut les classer sous les chefs suivants : l'armement formidable de la garde nationale et le genre de vie qu'elle a mené pendant le siège ; — l'humiliation et la déception causées par l'armistice; — les souffrances du commerce et de l'industrie ; — la licence effrénée de la presse et des clubs; — la concentration de tous les pouvoirs entre les mains des municipalités, qui étaient comme le germe de la Commune.

On sait qu'après le 4 septembre, au moment où allait conunencer le siège, des armes de précision furent données à tout le monde, sans distinction et sans discernement. Il était difficile de faire autrement. L'ennemi approchait, et l'opinion publique, préoccupée du seul intérêt de la défense, imposait ce qu'elle a injustement blâmé depuis. L'existence tout à fait anormale des gardes nationaux pendant le siège ne tarda pas à les démoraliser. Ils s'habituèrent à vivre sans rien faire, l'État les habillait, les nourrissait. Il faut ajouter que la nourriture saine faisant défaut, on était obligé de consommer plus d'alcool que de pain.

Quant à la formation des nouveaux bataillons,, elle fut presque toujours l'œuvre des révolutionnaires. Un petit .nombre de sectaires ardents, en général tous affiliés ou adhérents de l'Internationale, se réunissaient, se distribuaient entre amis à peu près toutes les épaulettes, depuis celles de commandant jusqu'à celles de sous-lieutenant; puis, on allait quérir dans le quartier quelques centaines de gens naïfs qu'on amenait à entrer dans le nouveau bataillon. Chacun d'eux avait la bonhomie de croire que des élections régulières

avaienl été faites avant son incorporation, et qu'en définitive il n'obéissait qu'à des chefs élus par ses camarades ; en réalité, il se trouvait enrôlé dans un corps organisé uniquement par le parti révolutionnaire, en vue de la prochaine guerre sociale, et non pas de la lutte actuelle avec les Prussiens. Si, comme cela arrivait presque toujours, la masse des hommes ainsi surpris était ignorante des choses de la politique, indifférente et facile & subir les impressions, le bataillon tout entier était bientôt gagné à la cause de la révolution. Mais, quand on se trouvait en face d'une majorité honnête et intelligente, l'embauchage avortait, et celle-ci finissait par se débarrasser des personnages qui s'étaient mis à sa tète. C'est ainsi que le sieur Sappia, cet energumène qui périt dans l'insurrection du 23 janvier, fut, dans les premiers jours du mois d'octobre 1871, arrêté par son bataillon qu'il voulait entraîner à l'assaut de THôtel de ville. Mais en général, les honnêtes gens avaient toutes les peines du monde à faire lâcher prise aux officiers soi-disant élus par eux. Les divers comités de vigilance, de surveillance, d'armement, d'habillement créés dans chaque arrondissement, et, en grande partie, composés aussi de révolutionnaires, aboutirent à cette fédération de la garde nationale, pouvoir rival du pouvoir légal, qui fit le 18 mars. Enfin l'élément étfanger s'introduisit dans la garde nationale par les corps francs et acheva de faire de l'armée de l'ordre celle du désordre.

On a vivement reproché au Gouvernement de la Défense de n'avoir pas désarmé ces diverses troupes après la capitulation. C'est ce qui a fait surtout la gravité de l'insurrection, ce qui a nécessité le second siège de Paris. Le rapport et les documents de l'Enquête le démontrent jusqu'à l'évidence. Un homme, assurément très-compétent, M. l'amiral Pothuau, a soutenu devant la commission que le désarme- . ment de la garde nationale était possible : « On y serait arrivé en faisant venir les bataillons les uns après les autres, • et, au besoin, en faisant intervenir la force armée. » Mais cette appréciation a été justement combattue par MM. Jules Favre et Le Plô. « Il était certainement difficile de se faire illusion sur les conséquences que devait avoir, dans un ave-

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