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Histoire de la Commune

Chaque 18 mars est célébré par les prolétaires comme un anniversaire. Il y a dans ce culte d'une date historique un sentiment complexe, où se mélangent à la douleur pour la défaite essuyée la haine pour les répressions impitoyables et l'espoir d'une revanche sociale. Mais ce sentiment est confus, et s'il est susceptible de susciter les énergies propres à cette revanche, il ne l'est pas plus, il l'est moins que la connaissance exacte du passé. Cette connaissance, abolissant la légende, déterminant les causalités , permettra d'éviter les fautes jadis commises , d'apprécier justement l'action des hommes et des groupes ; surtout, elle montrera les diftérences de ce passé avec le présent, avec l'avenir, et, sans préjuger de la forme possible de la victoire, exclura l'imitation servile des formes utilisées.

Cette connaissance est aujourd'hui relativement possible. D'abord un certain recul assure l'in^partialité^ Beaucoup d'hommes de cette période ont disparu, dont on peut aborder désormais l'histoire dégagé des passions et des préjugés du jour. Sans doute des légendes se sont formées, obscurcissant la vérité ; mais ces légendes ne tiennent pas devant la critique, qui puise ses armes dans l'arsenal nombreux des textes contradictoires. Bien des textes sont encore ignorés, inédits ; je ne parle pas des souvenirs qui dorment au fond des cerveaux ou dans le coin des tiroirs, et dont la valeur est plus ou

1. M. Clemenceau a autorisé en 1906 l'inscription de leur titre sur les tombes des combattants de la Commune*

moins sujette à caution, raais des textes innombrables conservés aux Archives de la Guerre^, de la Justice, Nationales^. Néanmoins, on peut largement utiliser ceux qui ont été publiés, ainsi que les livres écrits par les historiens des divers partis ou plutôt des diverses classes, et dont un choix est proposé dans la bibliographie présentée ici.

La bibliographie est choisie ; les faits, dans ce petit volume, le sont aussi, c'est-à-dire que je ne suis pas entré dans le détail minutieux des événements, dans l'analyse au jour le jour des quotidiens reflétant l'opinion des partis en guerre et la vie intime de Paris. J'ai écarté, d'autre part, deux sujets annexes du sujet principal : l'histoire des mouvements co mmunalistes dans les départements, fort mal connue encore, et pour laquelle serait nécessaire un dépouillement complet de tous les journaux provinciaux; celle des proscrits de la Commune, non seulement de ceux qui, comme Allemane^, ont soufert au bagne, mais de ceux qui ont, sur la terre d'exil, transformé leurs conceptions politiques et sociales au contact d'autres hommes et d'autres groupements"*. Si les causes de la révolution de 1871, son ceuvre socialiste, les raisons de sa défaite apparaissent, après la lecture de ce travail, suffisamment claires et certaines, j'estimerai avoir fait quelque chose non seulement pour cette connaissance précise dont je parlais, mais encore pour l'éducation présente du prolétariat conscient. Ce vœu me dispensera pour le moment d'une conclusion plus explicite.

1. Les conseils de guerre, pour l'instructioii des procès, s'emparèrent de masses considérables de documents.

2. A la Bibliothèque nationale sont conservés les papiers, encore secrets, de Thiers.

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