‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 102 sur 308 · Garasse, Récit au vray.…, p · texte numérisé non relu

Garasse, Récit au vray.…, p

debvions craindre ny pis ny mieux que ce qui estoit arrivé aux livres de Mariana, Bellarmin et autres qui avoient traité les mêmes matières; qu'asseurément le livre seroit bruslé par arrest et que toute la querelle s’assoupiroit dans ses cendres. » Sans partager cet optimisme, les Pères attendirent les événements qui ne tardèrent point. L'ouvrage étant introuvable à Paris, un président de la grand’chambre, très hostile aux Jésuites, dépêcha un exprès à Lyon où il se vendait depuis quelque temps sans avoir choqué personne; huit jours plus tard le magistrat recevait le fameux traité et en confiait l'examen au docteur Filesac, un émule de Richer, un docile serviteur de Richelieu, un homme tout acquis aux doctrines gallicanes!,.

2, Mais quel était donc ce livre incendiaire et capable de faire bannir de France la Compagnie de Jésus? Le Tractatus de haeresi, etc... était le premier volume d’une somme de théologie morale qui, dans le projet de Santarelli, comprendrait toute l'explication du décalogue. À propos du premier commandement, l’auteur traitait de l’hérésie, du schisme, de l’apostasie et de la puissance du Pape, successeur de saint Pierre. Sur ce dernier point il suivait ia doctrine, à la fois si logique et si conciliante, admise par Bellarmin et les théologiens du Saint-Siège. Dans le plan divin tout est subordonné à la fin surnaturelle; — or saint Pierre et ses successeurs ont recu de Jésus-Christ la charge de conduire les hommes à cette fin; — donc ils ont dans les matières spirituelles un pouvoir direct et immédiat, et, en vertu de celui-ci, mais indirectement, un pouvoir, suprême aussi, dans les matières temporelles relatives à la fin dernière?:

Comment et de quel droit un roi chrétien pourrait-il se soustraire à la juridiction du représentant de Dieu? « Au souverain pontife a été concédé le pouvoir le plus étendu de lier et de délier tous les chrétiens, quels qu'ils soient? »; — donc il peut diriger et critiquer la conduite des princes, les empêcher de faire des lois contraires au bien des âmes, les punir de peines ecclésiastiques, les excommunier, les déposer, délier leurs peuples du serment de fidélité“. D'ailleurs, « n’est-ce pas une obligation pour un peuple chrétien de repousser un prince infidèle ou héré-

1, Garasse, p. 141.

2. Cf. Bellarmin, De Rom. Pont., 5,7. Op. t. II, p. 157. 3. Bellarmin, De potestale Papae, 3. Op. €. XI, p. 16. 4. Bellarmin, De Rom. Pont., 7. Op.t. 11, p. 158.

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tique qui s'efforcerait d'entraîner ses sujets dans l’hérésie ou l'infidélité? Or, c'est au Pape, chargé de veiller aux intérêts de la religion, dé décider si un roi est, ou non, coupable d’un tel crime; c’est donc à lui de décider si là prince doit sis ou non, dépossédé de son trône ! ».

Ces théories devaient soulever la colère des régaliens mais elles étaient alors admises des meilleurs canonistes. C’est pourquoi le

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