livre du P. Santarelli fut approuvé sans réserves par les réviseurs
romains. D'abord par ceux du P. Général, qui eurent cependant le tort d'oublier ou de négliger la recommandation faite autrefois de ne plus toucher aux questions irritantes : s'ils avaient été
plus prudents, ils auraient obligé l’auteur à émettre simplement.
le principe du pouvoir des clés sans entrer dans le détail de toutes les conséquences. Mais ces réviseurs vivaient dans un pays où l’on regardait comme un avantage pour les rois d'être sujets du Pape; ne sont-ils pas excusables de n’avoir pas songé à la-mentalité peu orthodoxe de certains milieux francçais...? Au surplus, en sortant de leurs mains, le Tractatus de Haeresi passerait à celles du Vice-Gérant de Rome et recevrait l’estampille du Maitre du Sacré Palais. Ce dernier né donna l’Imprimatur que sur l’approbation de deux docteurs: et il pouvait le faire sans crainte après ce témoignage élogieux du P. Vincent Candido, professeur de théologie, de l'Ordre de saint Dominique. « J'ai lu avec la plus grande attention le Traité de l’Hérésie, du Schisme, etc. du très révérend P. Antoine Santarelli, dans lequel je n’ai rien trouvé qui soit contraire à la sainte foi ou aux bonnes mœurs. Bien plus, cet ouvrage me parait être plein d’érudition et fait avec une remarquable intelligence. Toutes les choses y sont éclaircies et prouvées par des raisons tirées de la théologie et de l’un et l’autre droit; et l’auteur y appuie très à propos sa propre doctrine sur l'autorité d'illustres écrivains et sur des sentiments d'un grand poids, C’est pourquoi je juge que ce livre est très digne de voir le jour pour le bien et l'avantage d’un grand . nombre?. »
Assurément le P. Dominicain ne pouvait se douter que certaines opinions, sur l'étendue du pouvoir pontifical, allaient offusquer, dans le royaume très chrétien, des parlementaires, des docteurs de Sorbonne et même le cardinal ministre.
1, Ibidem. Cf. J. de La Sérvière, La théologie de Bellarmin, p. 131 et suivantes. 2. Tractatus de Haeresi, Schismate.…. approbatio R. P. Vincentii Candidi, Romae, 14 januarii 1625.
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3. En examinant le 7ractatus de Haeresi, le docteur Filesac ne se proposait d'autre but que de fournir au Parlement des armes contre la Compagnie de Jésus. Les extraits qu’il en fit ne donnaient point une idée juste de l'ouvrage. C'était des propositions 1solées, dont la rigueur était adoucie dans le con(pxte par des explications préalables. En voici plusieurs.
« Le Pape a sur les princes une puissance de direction, done il en a une de correction; vu qu’il ne peut avoir celle-là sans celle-ci, pourquoi donc ne pourra-t-il corriger et punir les princes méchants par censures ecclésiastiques?
« Pour raison de foi, ou pour quelque grand péché, et fort connu, si l'Empereur ou le Roi est incorrigible, le Pape peut le déposer.
« Le Pape peut avertir les rois de leurs devoirs et les chastier. Il a été dit à saint Pierre et à ses successeurs : Pais mes brebis. Or, c’est le propre du pasteur de chastier ses ouailles de la peine qu’on juge plus supportable. Donc, si pour le bien public il échoit quelquefois que la prudence et la raison dictent qu'il faille chastier le prince désobéissant et incorrigible par peines temporelles, voire le priver du royaume, le Pape peut imposer ces peines, vu que les princes sont du bercaïl de l’Église !. »
. Telles sont quelques-unes des prétendues erreurs trouvées par Filesac dans le livre de Santarelli. Elles excitèrent au plus haut point la fureur de Servin et consorts au Parlement, de Tarin et de ses adeptes dans l’Université. Elles provoquèrent aussi l'irritation de Richelieu. « Ces maximes, lit-on dans ses Mémoires, sont capables de ruiner toute l’Église de Dieu à laquelle les puissances temporellesdoivent être soumises par amour, qui est la soumission de la grâce, non par force et contrainte, qui est la soumission de l'enfer ?. Il y auroit peu d’assurance dans les États si elles avoient lieu. Qui est Le prince à qui on ne puisse faussement imputer des crimes, plus facilement de l'insuffisance à gouverner, et davantage encore de la négligence à s’en acquitter commeil doit? Qui seroitle juge de ces choses? Qui les considéreroit sans passion et sans intérêt ? Ce ne seroït pas le Pape qui est prince temporel et n’a pas tellement renoncé aux grandeurs de la terre qu’il y soit indifférent. Il n’y a que Dieu seul qui puisse être juge; aussi Les
1. Propositions extraites du livre de Sanctarel (Annales des soi-disans Jésuites, t. I, p. 150, 151).
2.11 ya là un sophisme évident et' de mauvaise foi. Mariana, Bellarmin, Suarez, or ont toujours entendu que le Pape n’userait de contrainte ae si les autres moyens ne suffisaient pas.
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rois ne pèchent-ils qu’envers lui, à quiseul appartient la connaissance de leurs actions... Il est probable que le Pape établiroit mieux son autorité légitime, s’il arrêtoit le cours des écrivains qui ne lui prescrivent point de bornes, d'autant que cela donne lieu à beaucoup de gens mal affectionnés au Saint-Siège de ravaler sa puissance au delà de ce qu'elle doit être en effet !. »
Maintenant que nous connaissons les sentiments de Richelieu, nous comprendrons mieux son rôle dans toute cette affaire. Quant aux « gens mal affectionnés au Saint-Siège », ils étaient toujours prêts à s’en prendre d’abord à la Compagnie de Jésus. On a va déjà, dans diverses rencontres, à quelles extrémités pouvait les entrainer leur passion : où les mènera-t-elle, s'ils la sentent partagée par Le favori du roi?
k. Servin n'eut pas plus tôt recu les extraits de Filesac qu'il se proposa de s’en servir avec éclat dès la première occasion. Louis XII s'étant rendu au Parlement, le 6 mars, pour la vérification de quelques édits, l'avocat général, selon la coutume, dut le haranguer. « Tout le monde attendoit avec une extrême impatience qu’il tombât sur Les Jésuites : ce devoit estre le bel endroit [du discours]; mais il y fut à peine qu'on cessa de l’entendre?. » Sa langue embarrassée brouillait les mots; tout à coup, frappé d’apoplexie, il tombait aux pieds du procureur général. L'émotion fut grande de voir, à l'ouverture de ce débat, l'ennemi mortel des Jésuites foudroyé sans avoir le temps de se reconnaître ni de donner un signe de repentance ?.
On put croire un instant que cette mort tragique refroïdirait l’ardeur de la poursuite. Il n’en fut rien. Dès le lendemain, les procédures furent reprises par Omer Talon, le successeur d'office de Servin. Les Jésuites avaient le droit de compter sur sa bienveillance : il était leur obligé et avait promis au P. Sirmond de leur montrer un jour les elfets de sa gratitude. Maïs sa première harangue les déçut et leur fit presque regretter son prédécesseur. «Il enchéritsur les mémoires et sur l’inimitié de M. Servin si odieusement, que M. le Proëureur Général fut obligé de le tirer par la robbe deux ou trois fois. Il rapporta non seulement tout ce qui .s’estoit faict contre nostre Compagnie depuis Pan 1575, mais aussi les plus furieuses calomnies que nous ayons souffertes en