Arrêt du Parlement, 1° février 1627 (D'Argentré, p
3. Procès-verbal du président Le Jay (D'Argentré, Coll, Judic., p. 253).
4. Arrêt du Conseil, 29 janvier 1627 (Le Mercure françois, p. 31).
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LE LIVRE DE SANTARELLI EN SORBONKNE. 187
prenant ensuite la parole, motiva et adoucit les reproches de Sa Majesté. «Il faudroit, dit-il, être fort mauvais théologien pour ne pas connoître que le Roy ne relève sa couronne et le temporel de son Estat que de Dieu seul. Mais il faudroit bien l’estre aussv pour ne sçavoir pas que le Roy ne peut, ni par l'autorité qu'il a donnée à ses Parlemens, ni par celle qui réside en sa personne, ni par le pouvoir que la Sorbonne a du Saint-Siège, faire ou prononcer un article de foy, s’il n'a premièrement esté déclaré tel par l'Église en ses conciles œcuméniques. IL n'y à point de docte théologien, de bon sujet ni d'homme de bien qui puisse ne tenir pas les propositions de Sanctarel pour méchantes et abo minables. Elles sont téméraires, scandaleuses…., .perturbatives du repos . des États et donnent grande occasion d'envie contre le Saint- Siège... En cette considération il est non seulement juste, mais nécessaire, d'empescher le cours d’un si pernicieux livre, non seulement en le faisant brusler.. mais en outre par la voye de l'Église, en le faisant condamner par une censure authentique, seule capable de calmer beaucoup d’esprits. Le Roy à toujours eu cette pensée, et Sa Majesté est fidèle témoin que ceux qui ont l'honneur de la servir en ses conseils n’ont jamais eu d'autres sentimens. Mais on a estimé qu'il faloit parvenir à cette fin par une voye innocente, et non telle qu’elle mit la personne du Roy en plus grave péril que celui qu’on veut éviter. Le Roy attend une censure de Rome, qui fera d’autant plus d'effet qu'elle viendra d'une part que beaucoup tiennent partie en cause. Si Sa Majesté ne la reçoit, elle en procurera une en son royaume, qui puisse être soutenue par tout le monde et qui édifie toute la chrétienté au lieu de la diviser!. »
Ce langage ferme, mais mesuré, brisa les dernières résistances des magistrats. Désormais le dénouement de l'affaire Santarelli ne dépendra plus que de Richelieu. Quand, fidèle à sa promesse, il voulutpresser en cour de Rome la condamnation de l'ouvrage, le nonce lui fit entendre que le Pape ne serait pas disposé à tenter une entreprise qui avait soulevé déjà tant de difficultés 2. Par ailleurs les Richéristes ne se souciaient nullement de se soumettre au Saint-Office. Un instant le cardinal ministre eut le dessein de recourir à l'assemblée du clergé : mais il l'abandonna
i. « Ce que M. le cardinal de Richelieu a dit devant le Roy en février 1627 » (D'Argentré, p. 255, 256).
2. Lettre de Barberini à Spada, 23 février 1627 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia,
n. 406, f, 887-891). — Bref d'Urbain VIII à Richelieu, 23 février 1627 (Archiv. des Affaires Etrangères, Rome, supplément, t. 1V, f. 124). :
bientôt, et l'on crut qu'il se résignait au statu quo. Loin de là; s'étant souvenu qu'il était proviseur de Sorbonne, il manifesta un jour l'intention de se rendre avec plusieurs évèques à l’assemblée des docteurs afin d'y dresser une nouvelle censure !. Ce fut une surprise générale, et le nonce s'employa, suivant ses instructions ?, à parer le coup. Il fit partager les vues du Pape au cardinal de La Rochefoucauld et à l'archevêque de Paris, et ceux-ci trouvèrent de si graves raisons pour convaincre Richelieu, qu'il renonça tout de bon à son projet %. Dès lors, l'affaire Santarelli passa dans le domaine de l'histoire. |
11. Afin de ne pas interrompre le récit de la seconde phase, nous avons omis plusieurs incidents particuliers à la Compagnie de Jésus. Et d'abord quelle avait été l’attitude du P. Général dès la première menace d’une censure? Redoutant qu'elle ne fût une source de tracasseries pour les Jésuites français, il s'était empressé de les recommander à la reine mère; il leur avait ensuite tracé la conduite à tenir, dans la circulaire suivante adressée aux cinq provinciaux :
« Bien que Votre Révérence et les autres Pères attachent une grande importance à l'affaire présente, très grave en effet, non seulement pour la Compagnie mais encore pour l'Église et la cause de Dieu, cependant le devoir de ma charge et le souci de répondre aux intentions du Souverain Pontife m'obligent à vous donner quelques avis.
« Avant tout que les Nôtres n’écrivent, ne signent et n'impriment absolument rien désormais sur la question qui s’agite; car le Saint Père a ajouté de vive voix l'autorité de sa recommandation au décret et à l’ordre très sévères que je vous ai dernièrement envoyés. Le roi Très Chrétien et les autres ne trouveront pas mauvais que par respect pour la volonté du Souverain Pontife, nous nous imposions un silence absolu dans une affaire qui est la sienne. S'ils demandent notre sentiment ou s'ils craignent que cette doctrine soit un danger pour le royaume, nous irons tous, et vous les premiers, nous jeter aux pieds du vicaire de Jésus-Christ pour le supplier au nom de sa sollicitude paternelle pour la
. 1. Lettre de Spada à Barberini, 9 avril 1627 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 404, f. 320).
9. Lettres de Barberini à Spada, 23 février et 9 mars 1627 (Ibidem, n. 406, f. 887 et 936).
3. Spada à Barberini, 22 février 1627 (Bibl. nat., italien, 64, f. 211). — Cf. Hous-
saye, op. Cil., p. 172, 173. À
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France, de lui accorder tout ce qui n’est pas incompatible avec sa dignité, et nous nous tiendrons disposés à tout souffrir plutôt que de ne pas obtempérer aux désirs de Sa Sainteté.
« Quant à ce qui concerne directement la censure dè la Sorbonne, les Nôtres ne se laisseront engager par aucun motif à y souscrire, quand même il faudrait supporter de nouvelles et plus terribles tempêtes pour rester fidèles à la vérité et à l’obéissance due au Souverain Pontife. Mais, puisque cette affaire importe à l'honneur de la France et à la dignité de la Sorbonne ellemême, les Nôtres s'efforceront de tout leur pouvoir, auprès de ceux qui sont susceptibles d’une pareille démarche, de les porter à renier et à révoquer cette censure, laquelle du reste est blâmée, nous dit-on, ou du moins désapprouvée par la partie la plus saine et la plus nombreuse des Sorbonistes.
« Enfin il est très juste et tout à fait nécessaire que les Nôtres suivent en tout la direction de l’Illustrissime Nonce du Saint-Siège, et recourent aussi dans leurs difficultés à la prudence et à la coopération du cardinal de La Rochefoucauld et de nos autres protecteurs, si recommandables par leur sagesse et leur piété. Car, comme ces seigneurs sont conduits par la pensée de la gloire de Dieu, leurs avis et leurs lumières peuvent être d'un grand secours pour mener les choses à la fin désirée. Dieu nous assistera du haut du ciel et fera tourner les épreuves à notre plus grand bien !. »
Nous avons vu que malgré les menées perfides de leurs ennemis les Jésuites ne furent point enveloppés dans la nouvelle tempête. Pendant qu’elle faisait rage autour d'eux, ils Jouirent d’un calme auquel. depuis longtemps ils n'étaient plus accoutumés. « Nous. sommes en paix, écrivait le 8 mai 1626 Le P. Charles de La Tour au P. Général; il ne nous reste plus de la tourmente passée que la réputation de notre fidélité à la doctrine recue dans l’Église de Dieu. Nous rendons d’infinies actions de grâce à la miséricorde du Seigneur pour tant et de si grands bienfaits et nous reconnaissons que nous en sommes redevables aux prières de Votre Paternité et de toute la Compagnie ?. »
A la fin de juillet un incident faillit soulever les haines toujours en éveil. « Comme nous estions, raconte Garasse, dans les dou-
1. Lettre du P. Vitelleschi aux PP. Provinciaux; 5 mai 1626 (Francia, Epist. Gen., t. IV).
2. Lettre du P. de La Tour au P. Vitelleschi, 8 mai 1626 ( Franciae historia, t. IL, n. 90). F
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ceurs de la sécurité, M l’évesque de Belley !, par trop d’affection, cuida renouveller les plaves qui commençoient à se fermer d’ellesmêmes. Car ayant esté prié de prescher le jour de saint Ignace dans nostre église de la maison professe, il le fitavec plus de passion et de véhémence que nous ne l’eussions désiré, prenant pour son thème les paroles de saint Luc, chapitre XXI, Cum audieritis praelia et seditiones, nolite terreri; etil rendit raison pourquoi, preschant à la feste d’un confesseur, il avoit choisy les paroles que l’Église à coutume d’appliquer aux Martyrs, d'autant, disoitil, que les Jésuites en ce temps sont de vrays martyrs et leurs ennemis de vrays tyrans et de vrays persécuteurs; et puis se tournant devers la chapelle de nos saincts, qui garde les os du feu P. Cotton, il apostropha ce grand serviteur de Dieu avec des paroles si pleines de véhémence, qu’on n’entendoit en son auditoire que larmes et sanglots, et l’appela cinq ou six fois glorieux martyr et deffenseur de l’authorité de l'Église. Ces paroles ne pleurent pas à tout son auditoire, car il y en eut qui s’en allèrent immédiatement aprez souslever l'esprit des juges. Ce qu'ils firent. avec tant d'efficace, que le lendemain, premier jour d’aoust, il y eust arrest contre M l’évesque de Belley et commandement au Gardien du grand couvent des Cordeliers, où il debvoit prescher le jour suivant, de luy fermer la chaire de son église? »
Grâce à la bienveillance de Louis XII, l'affaire n’eut aucune suite fâcheuse pour la Compagnie. Peu de temps après, le Souverain Pontife s'étant plaint à M. de Béthune « de quelques propos et lettres escrites inconsidérément par un docteur de Sorbonne », le roi fit observer à son ambassadeur qu’il fallait « plus tost rire que se piquer » de pareilles choses. « Ce que je suis moy-mesme obligé de practiquer, ajoutait-il, à l'endroit de gens de mesme cathégorie que le zèle a porté, en preschant à Paris, dans des méditations et exhortations extravagantes et qui pourroient estre dites séditieuses et factieuses, n’estoit que les déportemens de telles gens sont recogneus bons et sincères d’ailleurs. Ainsy est-il raisonnable, sien de telles occasions j'apporte une grande patience, que le Pape excuse par charité ces indiscrétions ?. »
1. Jean-Pierre Camus, le disciple et l'ami de saint Francois de Sales. 2. Garasse, op. cil., p. 231-233. Les lettres du nonce au cardinal Barberini et celles des PP. Armand et Suffren au P. Général confirment les détails donnés par Garasse. 3. Lettre de Louis XIII à M. de Béthune, 23 août 1626 (Bibl. nat., franc., 3670, f. 88).
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