‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 127 sur 308 · NOUVEL ÉCHEC DANS LA VILLE DE TROYES · texte numérisé non relu

NOUVEL ÉCHEC DANS LA VILLE DE TROYES

sement.» Les députés obtinrent ce qu'ils désiraient. Le P. de

Séguiran leur: ayant demandé au moins la concession d’un simple Aospice ou pied à terre pour les Pères de passage, ils répondirent « qu'ils n’avoient point charge de consentir à cela ! ».

Sur les entrefaites, Jacques Nivelle tomba gravement malade ; se sentant près desa fin, il dicta un nouveau testament par lequel révoquant le précédent et supprimantla clause relative à la fondation de deux petites classes, il laissait aux Jésuites tous les biens qu'il possédait aux villages de Feuges, Aubeterre et Montsuzain, ses livres, ornements d'église et argenterie, plus deux mille livres pour acheter une maison à Troyess’ils parvenaient à s’y établir ; sinon, ladite somme serait employée autrement à leur profit. Suivaient divers legs à sa famille et à des œuvres charitables.

Enfin il instituait, comme exéeuteurs de ses volontés, son frère,

Jean Nivelle, et M. Louis Nevelet, archidiacre et chanoine de l’église de Troyes. Il mourut pieusement dans les premiers jours de l’année 1624. ;

Deux mois avant son décès, les Jésuites avaient quitté sa maison, où ils recevaient l'hospitalité, et s'étaient logés dans le voisinage du prieuré Saint-Quentin : ils craignaient en effet qu'on leur reprochât d’avoir influencé le testateur. Mais malgré cette précaution, les héritiers naturels attaquèrent le testament : les Pères, disaient-ils, «avaient tellement pratiqué leur parent, qu'ils s'étaient rendus maitres de sa maison et de ses volontés sans que ledict Nivelle osast contredire ». Pour avoir la paix, on consentit à une transaction par laquelle les héritiers rentrèrent en possession d’une partie des domaines, rentes et vaisselle d'argent du défunt?. he

Cependant l’installation des Jésuites dans une maison de louage avait jeté l'alarme parmi leurs adversaires. Le 16 octobre 1623, une assemblée de l’échevinage dénia aux PP. Marguenat et Fagot le droit d’avoir une demeure particulière : c'était une innovation, un établissement déguisé, dont on les préviendrait de « se départir ». À la remontrance qui leur fut adressée, les Jésuites répondirent que leur domicile n’était déstiné qu'aux religieux de passage à Troyes ou qui viendraïent y séjourner pour des prédications; ils proposèrent de donner là-dessus telle déclaration

1. Grosley, Mémoires pour servir, p. 95 etsuiv. Voir Archiv. comm., Délibération consulaires, A. 30, fol. 269, 270.

2. Grosley, Mémoires.…., p. 114-121.— Carrez, Calalogi Provinciae Campaniae,t. I, P: XLHI. c

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qu’on voudrait, et ils ajoutèrent qu'ils avaient un brevet du roi,

en vertu duquel ils continueraient d’ occuper leur maison !. Devant cette légitime résistance, les maire et échevins en-

voyèrent une nouvelle députation à Sa Majesté, la priant « de

les vouloir décharger de l’establissementet demeure des Jésuites ». Le roi assura les députés de ses bonnes intentions; mais le Con-

seil, persuadé que l'opposition venait de ceux qui occupaient Les principales charges, refusa de donner le moindre arrêt, « affin qu'il ne parût pas que les Jésuites eussent esté chassés * ». À de nouvelles sommations du maire, qui feignit de craindre « que la continuation de leur séjour n’eschauffât les esprits du peuple », les Pères répondirent par une fin de non-recevoir : ils étaient venus, déclarèrent-ils, appelés par MF l’évêque, approuvés par les arrêts du Conseil privé du 10 novembre 1617 et de la Cour de Parlement du 14 janvier 1620, et le roi, par brevet du 30 janvier 1623, leur avait permis de s’établir dans la ville; ils ne pouvaient donc en sortir, à moins qu'on leur montrât par écrit la volonté de Louis XIII; mais alors « ils protestaient d'obéir incessamment et sans difficultés * ».

Une démarche fut tentée auprès de l’évêque, nel on demanda d'engager les Pères à la soumission. Mandés par M de Breslay, les religieux promirent de quitter leur maison, « s'il lui plaisoit de les loger près de sa personne ». De plus, ils déclarèrent par écrit, le 18 janvier 1624, qu'ils ne s’établiraient jamais à Troyes « par collège, esglise, communauté, résidence ou hospice ny autrement » sans l'autorisation du roi et consentement des trois ordres de la ville. Tout cela ne pouvait satisfaire les opposants. Ils remontrèrent, dans une assemblée de l’échevinage, « qu'il n'estoit point à propos de recevoir les dites offres, parce que, les Jésuites se retirant à l’évesché, c’estoit la même chose que leur demeure en la maison qu'ils avoient louée ». On résolut donc de recourir à Sa Majesté, pour avoir «là-dessus sa volonté et commandement par escript *

Le conseiller d'État Jacques Vignier, petit-fils de Nicolas Vignier, ancien compagnon d’exil des Pithou, fut chargé par Louis XIII de s'informer sur les lieux des véritables dispositions de la viile. Dès son arrivée-à Troyes, il fut circonvenu par les.

Délibérations du 16 octobre 1923 (Archiv.. comm., A. 31, f. 1 et suiv.). Délibération du 6 décembre 1623 (Archiv. comm., A. 31, Î. 1-7).

. Délibération du 15 janvier 1624 (Ibidem, f. 38).

Grosley, Mémoires... p. 144-147.

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