‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 131 sur 308 · FONDATION DU COLLÈGE D’ALBL · texte numérisé non relu

FONDATION DU COLLÈGE D’ALBL

des troubles continuels qui désolaient le Languedoc et dont la ville d’Albi eut beaucoup à souffrir, il fallut toujours remettre à plus tard une entreprise objet de tous les vœux. Elle resta donc en suspens jusqu'à l’année 1623. À cette époque, le premier président du Parlement de Toulouse, M. Le Mazuyer, offrit ses services aux consuls pour la faire aboutir. Par son entremise les députés de la ville entrèrent en négociations avec le P. Barthélemy Jacquinot !, provincial de Toulouse, et au mois de mai un contrat de fondation était signé dans le palais épiscopal et en présence de M“ Alphonse d’Elbène Il, successeur de son oncle depuis 1608. Il fut résolu de débuter par deux classes de grammaire, avec quinze cents livres de revenus; on ajouterait les humanités, la rhétorique, et une classe de philosophie à mesure que la rente annuelle monterait à deux mille deux cent cinquante, trois mille et quatre mille livres. En plus, il serait loisible aux Pères de recevoir les dons de l’évêque, du clergé ou des particuliers; 1ls seraient « exempts de toute garde de nuit et jour tant aux portes qu'aux murailles, comme aussi de tout droit d'entrée et de toute imposition ordinaire et extraordinaire ». Quant au local, l’ancien collège Sainte-Gemmeserait abandonné; on le remplacerait par plusieurs maisons qu’on achèterait jusqu’à concurrence de douze mille livres ?.

Le P. Vittelleschi donna son approbation?, et le président Le Mazuyer obtint facilement le placet du roi (2 août 1623). A leur arrivée, le 8 octobre, les Jésuites furent installés dans les maisons qu'on leur avait aménagées et dont plusieurs dépendaient de la maladrerie Saint-Lazare’. Trois classes furent ouvertes au mois de novembre, sous la direction du P. Jérôme de Saint-Albin. C'était l’époque du renouvellement des magistrats municipaux. Les anciens, avant de quitter leur charge, inscrivirent dans les annales consulaires une -spéciale recommandation de continuer l’œuvre commencée. « Dieu veuille, disaient-ils, que cette introduction de si Révérends Pères soit remarquée comme un fidelle tesmoin de nos sainctes affections, et entre si avant dans le cœur de nos successeurs qu'ils ayent de bonnes volontés pour poursuivre l’entier

1. Délibérations des 18 mars, 27 mars, 3 et 4 avril 1623 (Archiv. comm., BB. 62, fol, : 8, 9).

2. Contrat de fondation, 19 mai 1623 (Archiv. comm., AA. 10, fol. 331-334).

3. Lettre du P. Général au P. Jacquinot, 14 août 1623 ( Tolos. Epist. Gen., t. I ; — Variae facultates, fol. 114).

4. Brevet du roi, 2 août 1623 (Archiv. du Tarn, D. 2, fol. 5).

5. Contrat de fondation, 19 mai 1623 (Archiv. comm., AA. 10, fol. 331 et suiv.).

establissement du collège gouverné par des maistres Jésuites. Plaise à Dieu que les assideus soins que nous y avons aportés fort volontiers servent de fondement stable et immuable au bien et progrès de toute notre jeunesse albigeoise!. » Les nouveaux consuls se montrèrent dignes de leurs devanciers. Grâce à une augmentation de revenus on put ouvrir, dès la rentrée de 1624, les classes d’humanités et de rhétorique*. La classe de philosophie ne put être créée qu’en 1642; après quoi le P. Général conféra aux consuls d'Albi les titres et privilèges de fondateurs ?.

3. Tandis que la province de Toulouse s’enrichissait ainsi d’un établissement scolaire, celle d'Aquitaine jetait à Bordeaux les fondements d'une maison professe. Depuis quinze ans elle était vivement désirée par les Supérieurs; même on avait été sur le point d'aboutir en 1610. A cette époque, un riche marchand avait commencé de bâtir près de Sainte-Colombe une magnifique église, destinée à servir de paroisse; maïs il mourut, laissant la construction inachevée. L’archevêque résolut de la donner à la Compagnieavecses dépendances, pour l'érection d’une maison professe que Louis XIII autorisa5. L'année suivante un des principaux conseillers du Parlement de Bordeaux, très riche et sans enfants, promit un legs de vingt mille écus à la même intention. Il semblaït qu’on n’avait plus qu'à mettre la main à l’œuvre, quand toutes les espérances s’évanouirent comme un rêve. Le cardinal de Sourdis, brouillé avec les Jésuites au sujet de la résidence de Saint-Macaire, leur retira passagèrement ses faveurs, et le généreux magistrat, on ne sait pour quel motif, révoqua son testament’. Mais les Supérieurs de la Compagnie ne furent point détournés par ces déboires d’une entreprise qu’ils jugeaient nécessaire ; 1ls devaient un jour réussir, grâce à l'appui etaux libéralités de plusieurs nobles personnages.

En 1623 un président au Parlement de Bordeaux, Jacques Le Comte, céda aux Jésuites une maison qu’il avait acquise au prix 1. Testament consulaire de 1623 (dans Rolland, Histoire littéraire de la ville d'Albi,

appendice, n. 4).

2. Litterae ann.,mss. 1625 (Tolosan., Histor. prov., 1595-1649, n. 15). L'augmentation du revenu provenait de l'union que l’évêque avait faite du prieuré de Saint-Affrique (bidem),. |

3. Lettres testimoniales du P. Vitelleschi, 28 juin 1644(Variae facultates, f. 114).

4. Don du bâtiment de S'e-Colombe aux Jésuites, 7 mars 1610 (Archiv. diocésaines, C,'}, manuscrit de Berteau, p. 921-923).

. Patentes du roi, 7 mars 1610 (Archiv. de la Gironde, Jésuites, H. (62).

6. *Hisloire de l’eslablissement de la maison professe.de Bordeaux (Ibidem). 7. Ibidem.

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