‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 231 sur 308 · Voir tome IIf, p · texte numérisé non relu

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En 1621, Louis XII ayant appris que les. Arméniens empiétaient sur les droits des Cordeliers et s’efforcaient de leur enlever la garde des Saints-Lieux « dépescha le sieur des Hayes vers le Grand Seigneur pour faire chastier l'insolence de ces usurpateurs... Et afin qu’à l’advenir [les religieux] peussent estre pius

promptement secourus au besoin, et que les pèlerins qui vont visiter les saints lieux y peussent recevoir de l’assistance, il lui commanda d’establir un consul en Hiérusalem, pour les protéger sous son nom et tenir la main à l'exécution des commandemens que son ambassadeur obtiendroit à la Porte en leur faveur’. » Louis Des Hayes, baron de Courmenin, remplit promptement et fidèlement sa double mission. Le 6 mai, le Grand Seigneur donna l'ordre au pacha de Jérusalem de restituer aux religieux francs « les églises et lieux de dévotion de la ville et des environs », que de toute ancienneté ils avaient « tenus et possédez»: de les en faire jouir et d'empêcher qu'ils ne fassent « molestez ny trou- ‘blez parles Arméniens et par les autres nations chrestiennes ? ».

Pour exercer les fonctions de consul à Jérusalem, on choisit un de ces hommes avisés qui regardent le bon renom de la France comme intimement lié à l'avancement de la religion. A peine nommé, le sieur Lempereur écrivit au P. Assistant de France pour le prier de soumettre au P. Géneral un dessein qu’il avait conçu et qui, croyait-il, serait très utile « à la gloire de Dieu, à l'honneur du Roy et au coutentement de toute la chrestienté ». La création d’un consulat dans Jérusalem, disait-il, est « de très grande conséquence » pour l’mtérêt particulier des Pères Cordeliers et des pèlerins, mais elle offre un autre avantage, supérieur encore. « Par le moyen d’un consul l'on pourra, avec le temps, establir un collège d'hommes doctes pour réduire en la pristine splendeur tous les chrestiens schismatiques entièrement dévoyés du bon chemin. Or est-il que, selon le jugement d’un chacun et le mien aussy, l'on ne peult faire élection de personnes plus capables que des Pères de vostre Société qui journellement font paroistre, soit par bons exemples soit par érudition,

qu'ils n’ont aultre désir que d'accroistre et augmenter Le nombre

des élus... Je désire avec passion [qu'on fasse choix de vostre

Compagnie] tant pour la grande affection que je luy ay vouée,

que pour la grande capacité qu'un chacun recognoist en elle,

1. Des Hayes, Voiage du Levant fuit par le commandement du Roy en l'année 1621, p. 1. Cf. Rabbath, Documents inédüs... t. 1, p. 331-332. 2. Ibidem, p. 425, 426.

La

PROJET D'ÉTABLISSEMENT A JÉRUSALEM. ets

très propre à mettre ce dessein à exécution. En tout cecy il n’est besoin que de patience et attendre que j'aye donné advis d'un ferme et tranquille establissement en ce qui me concerne". »

Le P. Général recueillit de divers côtés des informations et toutes furent favorables à la demande du consul*. Le cardinal de La Rochefoucauld avait même promis de fournir les secours nécessaires à l'entretien d’une nouvelle mission. Toutefois on craignait fort l'opposition des Cordeliers. Parviéndrait-on à la vaincre? Était-il mème prudent d'essayer, en faisant intervenir le roi ou le souverain pontife? Le P. Vitelleschi ne le pensa pas. Après avoir tout examiné il fit savoir au P. Armand, Provincial de France, qu’il ne jugeait pas opportun d'établir une maison de la Compagnie à Jérusalem. Il permettait seulement que deux Pères accompagnassent, comme chapelains, le nouveau consul, afin de voir comment ils seraient acceptés par les Cordeliers, et s’il serait possible de vivre en bonne intelligence avec eux selon la charité chrétienne et religieuse. Mais on dut renoncer bientôt à cet essai, par suite des craintes qu'il inspira aux fils de saint François. Dès qu’ils eurent vent de l’entreprise, ils se plaignirent au P. Vitelleschi du tort que la présence de deux Jésuites causerait à leur couvent. Ils allèrent jusqu’à déclarer qu'eux-mêmes seraient obligés de quitter Jérusalem, si d’autres religieux y ‘mettaient les pieds. Le P. Général renouvela donc au P. Armand l'ordre de ne rien commencer avant qu'on eût aplani toutes les difficultés.

2. Croirait-on, si nous n’en avions pour garant M. de Césy, que les Cordeliers n'étaient pas moins opposés à la nomination d'un consul qu’à la venue des Jésuites? « Je vous diray, mandaït notre ambassadeur à M. de Puysieux, le 23 avril 1623, que les

religieux (Cordeliers) ne craignent rien tant au monde que l’esta-

blissement du sieur Lempereur; et un moyne françois qui est ‘icy [à Constantinople], nommé le P. Martin, provençal, luy a bien osé dire qu’il ne se trouveroit pas bon marchant d'entreprendre ce voyage. Et avec même impudence ledit P. Martin a refusé de

1. Lettre du consul Lempereur au P. Assistant, 21 septembre 1621 (Miss. Constant., t.[, n.94). Memoriale del signor des Hayes (Ibidem, n.95). Cf. Rabbath, op. cif., p. 333. 2. Informatio pro residentia Hierosolymitana (Miss. Constant., t. VII, n. 16).

3. Lettre du P. Général au P. Armand, 28 décembre 1621 (Francia, Epist: Gen.,

t. IV).

4. Lettre du baile au sénat de Venise, 28 octobre 1623 (Venezia, Archiv. di Stato,

Dispacei di Constant., n. 96, f. 158-160).

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signer le traité que j’ay fait avec les Arméniens. Mais je ne laisseray de passer oultre. Et lorsque ledit sieur Lempereur ira en Hiérusalem, il en sera le porteur, afin qu’il puisse par sa présence contenir les uns et Les autres aux termes du traité, qui sera un moyen de les faire vivre en meilleure intelligence !. »

Disons-le toutefois, cette opposition manifeste contre le consul et les Jésuites n'était point générale parmi les Franciscains. Ainsi un religieux même de Jérusalem écrivait à l’un de ses confrères en Europe : « Ceux qui paroissent plus touchez du véritable

5 bonheur de la famille [franciscaine de Terre Sainte] que d’une vaine domination qu'ils méprisent et qu'ils haïssent, estiment, surtout aujourd'hui, qu'il ne pouvoit rien arriver de plus favorable à la custodie que la présence d’un homme d’authorité, et même que la nomination de deux Pères Jésuites pour résider avec luy. Ils croyent qu’il n’y a rien de plus propre pour diminuer les fréquentes inquiétudes que la famille recoit des pachas et de autres commandans, que la présence d’un consul qui informera la Porte de leur violence et en sera plus cru que nous; qu’agissant par luy et par des drogmans fidèles que nous n’avons pas, il accommodera les affaires véritables avec beaucoup moins de [dépenses] que nous ne faisons, et empeschera les fausses que nos propres drogmans nous suscitent pour en partager l'utile avec les Turcs. »

Quant aux appréhensions à l'égard des Jésuites, le même religieux les considérait coinme l’effet d’une jalousie sans fondement. « Si l'on voyoit quelques-unes de leurs entreprises injustes, alors on auroit raison de s’allarmer et de se plaindre; mais quand on les verra bornés à la chapelle du consul, à deux cents écus de rente, au désir au plus d’avoir une petite retraite pour les leurs qui viendront visiter les saints lieux, ce sera mal servir, à mon sens et à celuy de ceux qui sont enclins à la paix, la custodie de Terre-Sainte, d'entrer, pour traverser ces desseins, dans des vues qu’on détestera tôt ou tard et qui pourroient nous attirer le mal que nous cherchions à éviter. Votre Révérence en jugera aisément avec son bon esprit et sur la connaissance qu'elle a desja acquise des véritables intérêts de la custodie, dont je ne me départiray jamais?. »

1. Lettre de Césy à Puisieux, 2 avril 1623, publiée par le P. Prat (Recherches, t. V, pièces justificatives, p; 362). Cf. Flament, Philippe de Harlay, comte de Césy, dans Revue d'Histoire diplomatique, année 1901, p. 371-373.

2. Lettre d’un religieux Observantin écrite de Jérusalem à un de ses confrères sur les affaires présentes, traduite de l'italien en français,s.d. (Miss. Constant. t. I, n. 251).

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