PROJET D'ÉTABLISSEMENT A JÉRUSALEM
Ces sages réflexions ne purent dissiper lessoupcons injustes des six religieux qui composaient le discrétoire. Leurs craïntes, sans doute, n'étaient que chimériques puisque Le P. Vitelleschi n'avait point accepté les offres du sieur Lempereur; mais elles étaient entretenues par les perfides insinuations des Vénitiens qui, . redoutant pour leur influence l'établissement d’un consul francais à Jérusalem, avaient persuadé aux Franciscairs « qu'on ne leur donnait un consul que pour les controller et pour establir des Jésuites au Saint-Sépulcre et dans toute la Terre Sainte! ». Des députés furent donc envoyés à Paris, pour représenter au roi les malheurs que pouvait entraîner la présence d’un consul français à Jérusalem et supplier au moins Sa Majesté « d’ôter les deux Pères Jésuites, et de vouloir bien que les propres religieux de la famille de Terre Sainte fussent chapelains du consul? ».
Arrivés à Paris les députés confièrent leurs intérêts au baïle de Venise qui se chargea de plaider leur cause avec la sienne auprès du roi. Quelle ne fut pas la surprise de Louis XIII lorsque Le rusé Vénitien vint lui remontrer que le protectorat francais en‘Orient était sérieusement menacé. « Vous aurez à scavoir, écrivit-il à M. de Césv, que l'ambassadeur de Venise me vint veoir, il y à quelques jours, et me voulut persuader que les chrestiens schismatiques qui recognoissent le patriarche de Jérusalem, même les religieux qui sont aux saints lieux, vouloient se retirer de ma protection et recourir à la leur seule [celle des Vénitiens] par l’apréhension qu'ils avoient que j'eusse desseing d’y establir les Jésuites, ce qu’ils donnoiïent à vostre désir, visant me mettre en jeu et me priant de les esclaircir là-dessus de ce que faisons le consul Lempereur en la Sainte Cilté et comment je voullois que vous vescussiez avec eux. Je luy respliquay là-dessus que je n’avoys point envye d'’establir les lesdits Jésuites en Jérusalem, que J'y avoys envoyé Lémpereur pour protéger les lieux où se sont opérés les mystères de nostre Rédemption et mes subjects avec les autres chrestiens qui les iront visiter. » |
L'ambassadeur de France à Constantinople eut beau protester, de son côté, quil n'avait jamais eu l'intention d'établir les Jésuites à Jérusalem, il ne parvint pas à détromper les Pères Cordeliers, trop confiants dans la parole du consul vénitien. « Je
1. Lettre de M. de Césy à M. de La Ville-aux-Cleres, 15 mai 1625 (Bibl. nat., fr, 16.159, f.7 v).