CHAPITRE XIV
Sommaire : 1. Insoumission de La Rochelle. — 2. Le fort Saint-Martin de Ré attaqué par les Anglais. — 3. Ils en sont chassés par Schomberg. — 4. Siège de La Rochelle; récits du P. Suffren et des Jésuites aumôniers. — 5. Entrée du roi à La Rochelle: discours du P. Suffren. — 6. Joie dans toute la France et fêtes chez les Jésuites. — 7. Affaire de la succession de Mantoue. — 8. Guerre du Languedoc, relation du P. Suffren. — 9. Opposition de Marie de Médicis et de son parti à la politique de Richelieu. — 10. Seconde intervention de la France dans l'affaire de Mantoue. — 11. La maladie du roi à Lyon d’après une lettre du P. Suffren. — 12. Journée des dupes.
Sources manuscrites : 1. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Epistolae Generalium ad diversos; — b) Gallia, Epistolae Generalium ad externos; — c) Franciae historia; — d) Aquitaniae historia. k II. Roma, Archivio Vaticano, Nunziatura di Francia, n. 395.
III, Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 366.
Sources imprimées : Mémoires de Richelieu, de Montglat, de Fontenay-Mareuil, de Bas-
sompierre. — Le Mercure françois. — Avenel, Lettres de Richelieu. — Revue rétrospective, t. 1. — Archives curieuses de l’histoire de France, sér. IN, t. II. — Rodocanachi, Les derniers temps du siège de La Rochelle, relation du noncc. — Daniel, Histoire de
France, t. XIII. — Cordara, Historia Societatis Jesu, P. V. — Griffet, Histoire du règne de Louis XIII. — De Flassan, Histoire de la diplomatie française. — Benoît, Histoire de l’édit de Nantes. — De La Garde, Le duc de Rohan. — Arcère, Histoire de La Rochelle. — De Felice, Histoire des protestants de France. :
1. Tandis que la Compagnie prospérait en France sous la protection de Louis XIII et de Richelieu, le royaume avait dû supporter plusieurs guerres auxquelles le roi et son ministre avaient été contraints soit pour réprimer les protestants, ‘soit pour refréner les ambitions de la maison d'Autriche. Or, les Jésuites ngç pouvaient rester indifférents à des entreprises intéressant au plus haut point la religion ou la patrie. D'ailleurs ils n'avaient pas cessé d’avoir les relations les plus étroites avec la cour. L'un d'eux, le P, Jean Suffren, n’était-il pas le confesseur de Louis XIII et de Marie de Médicis? Accompagnant le monarque dans ses expédi-
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tions militaires, en bonne place pour voir les intrigues formées autour de Richelieu, c’est un témoin utile à entendre. Ses lettres d'alors, comme aussi celles des aumôniers de l’armée royale, apportent à l’histoire quelques traits nouveaux, quelques détails intimes que les mémoires contemporains, pourtant si riches, ont omis de relater.
À l’époque où nous sommes arrivés (1624-1630), la réforme française était devenue un parti politique considérable. Au dedans du royaume les huguenots trouvaient un soutien dans les mécontents de toutes Les opinions ; au dehors, ils s ’appuyaient sur l’Europe protestante, « Communiquant par 1. Rochelle avec l’Angleterre, par Sedan avec l'Allemagne, par Genève avec les cantons suisses, ils semblaient toujours prêts à diviser les forces de l'État!. » Déjà en 1621 et en 1622, Louis XIII avait dü, à la tête de ses troupes, guerroyer céntre les révoltés?; debout de Richelieu au pouvoir ne changerait rien à la volonté royale, à la nécessité de briser une organisation dangereuse pour la couronne. Loin de Jà, le nouveau ministre forcé par les besoins de la politique extérieure à s’unir aux princes protestants, saisirait avec empressement, pour se faire pardonner cette alliance, l'occasion d’anéantir le protestantisme français. De nouvelles prises d'armes des huguenots allaient bientôt la lui fournir.
Leurs chefs, après le traité de Montpellier (19 octobre 1622), ne manquèrent pas de prétextes pour entretenir l'esprit de rébellion. En défiance de part et d’autre, on ne se hâtait guère d'exécuter les clauses de l'accord. Aïnsi le gouvernement aurait dû démolir le Fort-Louis, élevé dans le voisinage de La Rochelle: mais fout au contraire le commandant, Pierre Arnauld, continua d'y entreprendre des travaux de défense. et il en fut de même sous son $uccesseur, Jean de Saint-Bonnet, seigneur de Toiras, Les Rochelois réclamèrent. La vivacité même de leurs réclamations parut suspecte : ce fort n'avait été élevé que contre les rebelles; comment pouvait-il inquiéter des gens déterminés à l’obéissance*? Mais eux ne l’éntendirent point ainsi, et, en 1624, sur leur appel, les ducs de Rohan et de Soubise organisèrent une nouvelle campagne. Le premier devait soulever les populations du haut et bas Languedoc, pendant que son frère croiserait avec