‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 249 sur 308 · Ancien nom de Port-Louis · texte numérisé non relu

Ancien nom de Port-Louis

2. Mémoires de ‘Richelieu, t. I, 326. — Le Mercure françois, t. XIV, an. 1627, p. 243. — Anquez, op. cil., p. 123 ets.

3. Lettre de M. de Chatillon au nonce, 11 juillet 1625 (Archiv. Vat., Nün£. di Francia, n. 395, f. 131).

4. Mémoires de Richelieu, t. I, p. 365, — Benoît, Hisloire de l’Édit de Nantes, t. II, preuves, p. 84.

5. Lettre du P. Général au P, de Séguiran, 3 nov, 1625 (Francia Epist. Gen., t. IV).

6. De Flassan, Histoire. de la diplomatie françasseste Il, p. 343. — Griffet, - Hist. du règne de Louis XIII, t. I, p. 550. |

conditions tacites de la paix avec la France, et que le roi d’Angleterre était engagé d'honneur à la faire observer. D'un autre côté, le duc irrité de l’affront que Richelieu lui avait infligé en refusant de le recevoir comme ambassadeur extraordinaire, jura qu'il reviendrait en France; le désir de se venger lui fit préparer la guerre. Le 20 juillet 1627, il parut à la tête d'une puissante flotte devant l'ile de Ré et attaqua le fort de Saint-Martin défendu par le brave Toiras!.

Louis XIII était alors dangereusement malade. Par prudénce, Richelieu s’abstint de lui apprendre l'ouverture des hostilités; mais, sans rien laisser paraître de ses soucis, il prit les mesures les plus graves et les plus sages, au nom du roi?. Une lettre du P. Suffren datée de Saint-Germain le 10 septembre 1627, et adressée à Rome au P. Assistant, nous apprend quelle merveilleuse activité déploya le cardinal jusqu'au rétablissement du souverain. :

« Sa Majesté, dit-1l, étant os a été quelque temps sans savoir la descente re Anglais dans l'ile de Ré. Lorsqu'elle est entrée en convalescence, on lui a fait connaitre tout ce qui s'était passé. Elle avait un grand désir de recouvrer la santé pour aller en personne combattre l’ ennemi, et on a dû la retenir contre sa volonté. Maintenant les choses sont en bonne voie, car on à trouvé un moyen infaillible de faire pénétrer dans le fort [Saint- Martin] des hommes et des munitions; en sorte que les Anglais qui comptaient le réduire par la disette, n’osant point tenter un assaut pour l'emporter de force, n’ont plus aucune espérance de réussir dans leur entreprise.

« On a eu recours aux Basques de Bayonne et de Saint-Jeande-Luz qui se servent de barques plates, appelées pinasses, qu’ils . conduisent en haute mer avec des rames sans l’aide de voiles. Le canon des vaisseaux ne peut leur nuire parce qu’elles sont basses et entrent dans l’eau jusqu’au bord. Arrivées à Olonne, au nombre de quinze, on les a chargées d'hommes et de munitions. Treize ont pu pénétrer dans le fort sans aucun danger et sans aucune rencontre ; les deux autres, ayant manqué l'entrée de la rade à cause de l'obscurité de la nuit, ont repassé au milieu de

la flotte anglaise sans subir aucune perte.

1. Mémoires de Richelieu, t.1, p.455. — Le Mercure francois, t. XIII, ann. 1627, p. 835. Cf. Batiflol, La duchesse de Chevreuse, p. 110-117.

2. Cf. Revue rétr ospective, 2° sér. , t. XIE, p. 435 et suiv. Lettres de Louis XIII au marquis de Rambouillet.

« Maintenant on espère que l’on pourra toujours avec facilité employer le même moyen pour ravitailler le fort et en ramener les malades et les blessés, Les ennemis au contraire perdent chaque jour bon nombre d'hommes; ils sont déjà obligés de débarquer les troupes laissées à la garde des vaisseaux, et jusqu'aux mariniers, et bientôt ils se verront réduits à l'extrémité: car ils n’ont presque plus de capitaines qui ne soient ou malades ou blessés. Nous aurons ainsi le temps de rassembler nos vaisseaux et de composer une flotte qui nous permettra de les attaquer et de les forcer à conclure une paix glorieuse pour la France.

« Déjà le roi de la grande Bretagne a fait des avances par l'intermédiaire de puissances amies; mais on est résolu à chasser les Anglais par la force et à les faire repentir de la témérité avec laquelle ils ont osé attaquer la France à l’improviste et sans cause. Alors seulement on pourra consentir à quelque traité honorable et avantageux. Tout le monde est animé d'une telle ardeur à servir le roi et la patrie dans cette circonstance, que chacun est prêt à sacrifier ses biens et sa vie. Les populations, les cités, les ports de mer qui se trouvent dans le voisinage font merveille. Encore quelques jours, et le 20 de ce mois la flotte sera prête pour courir sus aux Anglais, et assez puissante non seulement pour les combattre, mais pour les mettre en déroute !, »

3. Dans l'extrême impatience où il était de marcher à l'ennemi, le roi, quoique très faible encore,.ne voulut point différer son départ plus loin que le 25 septembre, et le 12 octobre il rejoignit son armée. Le 8 novembre, les troupes françaises, sous la conduite du maréchal de Schomberg, forcèrent l’ennemi à lever le siège, et Buckingham retourna piteusement en Angleterre après avoir perdu la moitié de ses hommes *?. Dès le lendemain 9 novembre, le P. Suffren, qui avait accompagné le roi dans cette expédition, écrivait au P. Charlet une relation des événements dont il avait été témoin.

« Depuis la dernière que j'écrivis à Vostre Révérence, par laquelle je luy donnois advis de la résolution que le roy avec son conseil avoit pris d’envoier cinq mille piétons et quatre cents

1. Lettre du P. Suffren au P. Charlet, assistant de France, 10. septembre 1627, traduit de l'italien (Aquitaniae historia, t. 1583, 1758, n. 28). 2. Griffet, op. cüit., t.I, p. 567, — Bruce, Domestic. calendar, t. 1627-1628, p. 423.

chevaux pour chasser l’Anglois de l’isle de Ré, la chose est arrivée en ceste façon. Pour plusieurs raisons, on trouva bon que tous ne passassent par un même lieu. On choisit deux lieux principaux : l’un s’appellele Plomb et l’autre Brouage. Mais comme par tous les deux il falloit aborder par mer, et que les vens sont souvent contraires, il est arrivé que M. de Chomber et M. de Marillac, estans allez en Brouage, ont esté retenus jusques au huit de ce mois de novembre, sans pouvoir entrer. :

« Du costé du Plomb, la nuit du 30 au 31 du mois passé, octobre, dix-sept cents [hommes] s'embarquent avec vingt-cinq chevaux. Les Anglais, les descouvrans dans leurs barques, tirèrent contre furieusement une heure durant, maïs aucun ne fut blessé. Estans donc entrez en l'isle, les Anglois qui estoient en embuscade, le ventre par terre, couchez dans les vignes, les attaquent. Le choc dura long temps, cinq des nostres moururent, dix-huit ou vingt blessez; mais des Anglois trente mortz, plusieurs blessez et prisonniers, et bon nombre de jacobus! trouvez et recueillis par nos soldas. Bref, en ce choc les Anglois furent tellement estonnez que s’enfuians furent contrains de se retirer dans leurs tranchées, les nostres les poursuivans l’espée dans les reins.

« Cecy a tellement espouvanté ces pauvres Anglois qu’ils résolurent, avant que toute l’armée du roy entrast, de faire leur dernier effort contre la citadelle de Saint-Martin. Et de fait, le sixième de ce mois, novembre, depuis les trois heures du matin jusques a onze heures, on ne cessa de tirer coups de canon et mousquetades ; car les Anglois, à la désespérade, vouloient emporter le fort. Mais le sieur de Toiras sortit avec ses gens et en tua quatre cents, blessa ou prit prisonniers deux cents. Trois gros vaisseaux anglois s'estans eschouez furent bruslez, et des nostres n'y à eu que trois ou quatre de tuez, peu de blessez. Ceste victoire nous faisoit espérer que si les cinq mille [piétons] et quatre cents chevaux entroient, on les chasseroit tout à fait, et ainsi il est arrivé.

« Car la nuit du 7 au 8 de ce mois de novembre, M. de Chombert et M. de Marillac avec le reste estans entrez, le lendemain, la messe dite, le conseil de guerre se tint, ‘où fut résolu d'aller attaquer l’ennemi et Les faire desloger. On rangea l’armée; Les bataillons disposez märchèrent par ordre contre l'ennemy. La seule veue de ceste belle armée espouvanta tellement les pauvres

. 1: Monnaie d'or anglaise frappée sous Jacques I*, .

Anglois que, quittansle siège de Saint-Martin, s'enfuirent pour se jetter dans leurs vaisseaux. Les nostres volant cela s’en allèrent les attendre en un lieu où ils devoient nécessairement passer, pour aller dans leurs navires; et là, les trouvant à commodité pour les tailler en pièces, se ruent sur eux, en tuent huit cents, blessent quatre cents, prennent prisonniers deux cents; les autres meurent dans la mer, et ce qui reste se retire dans les, vais-

seaux. Des nostres cinq de morts, quatre de blessés entre les-

quels est le Général des galères, et le frère de M. de Chapes, mais celui-cy plus dangereusement, aiant eu l'os de la cuisse brisé.

« Ceste nouvelle a esté apportée aujourd’hui, 9 novembre, au lever du Roy, par M. de Belingan. Trente-sept enseignes prises, sept pièces de canon. Le Roy alla soudain ouïr la messe, fit chanter le Te Deum, et, faute de chapelle, la Cour l’entonna, et le Roy tout le fin béau premier, avec tant de dévotion et de ressentiment qu’on ne pouvoit retenir les larmes. |

« La nécessité du fort de Saint-Martin estoit grande. Plusieurs

y mouroient. Les viandes toutes gastées: Il y a plus de huit jours que le Roy me dit qu’ils n’en pouvoient plus, mais que s'ilz pouvoient tenir jusques au 9 de ce mois, tout iroit bien. Et en eflet, ça esté le neuvième de novembre que ceci est arrivé. Ainsi se voit comme Dieu bénist le Roy. Aussi est-il Vir justus et timens Deum et recedens à malo.

« La Rochelle est bien estonnée. Le Roy a ordonné que ce soir toutes les pièces tirassent, et que les feux de joie se feissent 1cv et aux environs, et despesché partout à ce que l’on remerciast Dieu qui facit mirabilia magna solus. »

« P.S. Nous avons dit toute l’octave des Saints :

Gentem auferte perfidam Credentium de finibus,

Grates ut Deo debitas - Persolvamus alacriter.

« EE sic factum est!.»

1. L'expédition anglaise, observe Ranke, « ne produisit aucun autre résultat si ce n’est de précipiter avec une nouvelle énergie

{. Lettre du P. Suffren au P. Charlet, 9 novembre 1627 (Aquitan. hist., n. 29). COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. IV. 24

NRA. “VS —— Je PATES —.S de RnaRee ec Sen)

sur les huguenots toutes les forces du pays! ». Le moment était venu, en effet, de porter aux réformés un coup décisif. Richelieu résolut de faire cesser le scandale qu’il avait donné aux catholiques en accordant une première fois la paix aux rebelles calvinistes ; scandale qui lui avait valu dans les satires du temps le surnom de cardinal de La Rochelle?. Y1 montra avec force à Louis XIII Ta nécessité de s'emparer de cette ville, foyer de toutes les révoltes : si on ne la prenait pas cette fois, on ne la {prendrait jamais, etil faudrait tous les ans recommencer la guerre; le roi ne sera pas véritable roi de France, tant qu’il ne possédera pas La Rochelle, et s'il parvient à s’en rendre maitre, il sera le plus puissant souverain de l’Europe et l'arbitre de toute la chrétienté?. Louis XIII se laissa persuader, et Richelieu nommé « lieutenantgénéral dans les armées royales » dirigea les opérations du siège. Pour fermer l'entrée du port aux Anglais, que les Rochelois avaient encore appelés à leur secours, il fit construire dans l'Océan, comme autrefois Alexandre devant Tyr, une digue infranchissable, en sorte que rien ne pouvait plus pénétrer dans la ville ni par mer ni par terre.

La Rochelle était bloquée. Bientôt ses org gucilleuses murailles seraient des défenses inutiles; mais si grave était l'enjeu de la lutte qui se livrait autour d'elles que, dans l'attente du dénouement, la vie de l’Europe entière resta comme suspendue toute une année. Enfin « la royauté l’emportaÿ ».

Durant ce long siège, on avait beaucoup admiré l’ordre et la discipline qui ne cessèrent de régner dans l’armée du roi. On les devait au zèle et au dévouement que des religieux, de différents Ordres, avaient déployés dans leurs fonctions d’infirmiers ou d’aumôniers, Parmi eux se trouvaient trois Pères de la Compagnie de Jésus. On peut voir par leurs lettres les grands services qu'ils reudirent; aussi Louis XIII, après la victoire, se plut-il à faire leur élogef. La correspondane de ces Jésuites n’est pas sans intérêt, nous y puiserons quelques-unes des particularités qui accompagnèrent la reddition de.La Rochelle.

Les privations de toutes sortes et Le feu des assiégeants avaient

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