Louis XIIL était né Le 27 septembre
RER PSE. Ne © > PTAPAESS, A7 Dee ARE au LS
cela, il fut contraint d'interrompre cette action pour prendre quelque remède.
« L'après-dinée nous continuasmes, et ayant employé quelques deux heures avec un très grand jugement, quoy qu'il eust resvé toute la nuict précédente, il me dit : Mon Père, je suis plus malade qu’on ne pense. Lors je pris occasion de luy dire le danger auquel les médecins pensoient qu'il estoit, et que l’on estimoit à propos qu'il prist le Viatique. Soudain sans s’estonner ny s'esmouvoir, il respondit : Ha! que j'en serais aise ; je Le désire, et tout à cette heure si vous voulez. Je pris donc l’occasion ; et Monsieur le Cardinal de Lyon estant pour lors en la chambre du Roy, alla à Saint-Jean pour prendre et porter le sainct Sacrement, lequel entrant dedans la chambre, soudain le Roy se leva de son lit, etse préparant pour le recevoir fit tant d’actes de dévotion, disant luy-mesme tout haut le Confiteor avec tant de sentiment, que les Roynes qui y estoient présentes, les trois Cardinaux, Monsieur le Garde des Sceaux et la plus part de ses. domestiques fondoient en larmes.
« À l'instant qu'il fut communié, se sentant tout renforcé il dit tout haut: « Qu'est cecy? je me trouve tout changé, me voilà « bien fort soulagé du mal de teste. Oh! qu'il est utile de « recevoir ce bon Dieu. » Et puis se remettant au lit fit doucement et dévotement son action de grâces, après laquelle il voulut voir la Revne sa mère, et devant tous luy demanda pardon des peines et fascheries qu’il luy avoit donné, l’espace de vingt-neuf ans ; que puisque le bon Dieu vouloit qu'il allast de ce monde en l'autre, il estort tout prest à faire ce qu'il luy plairoit, et qu'il disposast de luy comme de sa propre petite créature. Tout cela sont ses propres paroles. La Royne ne luy respondit que par les larmes et sanglots ; car la douleur d’un costé, et l'amour de: l’autre, d’un si bon fils, luy percçoient le cœur.
« Demy-beure après, on luy baïlla une médecine, laquelle sans difficulté il prit incontinent jusques à la dernière goute, contre son ordinaire. Elle luy fut grandement profitable, comme aussi luy estoit-elle beaucoup nécessaire. Monsieur le Cardinal de Lyon envoya par toutes les églises de la ville commander d'exposer le sainct Sacrement, et faire prières pour la santé du Roy. Les Roynes firent forces vœux; le Roy en fit un, d'envoyer homme exprès à Notre-Dame de Lorette, et d'y fonder une messe à perpétuité. Il baisa dévotement quelques reliques que la Royne sa femme luy présentoit, et le cœur de M. de Genève que je
luy fis baiser, et voulut qu'on le suspendist sur le chevet de son lit.’ Je ne puis exprimer les sentiments universels de tous ceux qui furent spectateurs ou auditeurs des dévotes et généreuses actions que le Roy fit en la journée d'hier. Un caresme entier presché dans le Louvre n'a jamais tant touché les cœurs que cette journée. :
« Le Roy craignant qu'à la minuit il luy arrivast quelque resverie, me demanda l’Extrême-Onction. Mais les médecins ne voyans rien qui pressast n’en furent pas d'avis. Il me commanda de ne l’abandonner point. Ce que je fis, y estant jour et nuict presque toujours. La Royne régnante, depuis hier à huict heures du matin, na bougé de la chambre du Roy. La Royne mère en est sortie à une heure. Bref, chacun est si touché de cet accident, qu'aucun ne pense à se conserver pourvu qu'on conserve le Roy!.»
Le mieux qui s'était manifesté dans l’état du malade ne dura pas longtemps. Le roi épuisé par une dysenterie qu'aucun remède ne put arrêter, « se trouva si faible à trois heures du matin du 30. écrit encore le P. Suffren, qu'ayant esté appelé en diligence, je le trouvai quasi sans force, ne pouvant plus se lever. du lict, comme il faisoit le soir d'auparavant. Tous les médecins me conseillèrent äe le disposer à la mort, disant que si Dieu ne faisoit miracle il ne passeroit toute ceste journée. Me voilà bien estonné à ceste nouvelle. La Royne mère s’estoit retirée à une heure après minuict et ne l’estimoit en si grand danger: la Royne régnante ne l'avoit voulu quitter toute la nuict, et si bien que, consultant avec elle et les médecins, je me résolus de doucement disposer le Roy, à ce dernier instant, de pourvoir à son éternité. Comme donc je luy parlois, et non si clairement, il me demanda si je l’estimois en danger; je luy dis que si le flux continuoit, il y avoit grand hazard de sa vie. Sur ce, il appela les trois médecins et les conjura de luy dire la vérité de son mal et danger. M. Seguin, au nom des trois, l’advertiti que leurs remèdes estoient inutiles ; et s’estant retiré, le Roy m'appelle, demande iuy-mesme de se confesser, et qu'il luy fust permis de prendre encore une fois Le viatique devant que recevoir l'extrêmeonction. Il se confessa avec un très grand jugement et sentiment, sans aucune appréhension de la mort et trouble de son cœur. M. le Cardinal de Lyon dist la messe dans sa chambre et le communia.
1. Lettre du P. Suffren au P. Jacquinot, 28 septembre 1630 (Le Mercure francois, t. XVI, an. 1630, p. 789, 792),
RS x + Me meer lé LÉSITEN E F4 UE NE. NN CEUX CON
« La messe achevée, le Roy, quoyque tout languissant, commanda qu'aucun ne sortist, et ayant fait ouvrir les portes afin qu’un chacun entrast, dit ces parolles : « Je suis bien marry de « n’avoir la force de pouvoir parler ; le Père Soufran vous parlera « pour moi et vous dira ce que je voudrois vousdire, me trouvant « icy au lict de la mort. Je vous demande pardon à tous de tout « ce en quoy je puis vous avoir offencé, et ne mourray pas content « si je ne scay que vous me pardonniez; je vous prie de dire de « ma part de mesme à tous mes subjects. » Ces parolles attendrirent si fort le cœur de tous ceux qui estoient présents, qui estoiént presque cent personnes, que tous, et la Royne et messieurs les cardinaux et autres officiers de sa maison, se jettans à genoux, pleurans et sanglottans, crièrent : « C'est à nous Sire, à vous demander pardon, pardonnez-nous, Sire. » Et cela fait, il appelle la Royne régnante, qui estoit retirée en un Coing de la chambre d’où il ne pouvoit la voir, de peur de l'aftliger : et s’entrebrassant tendrement, ils se parlèrent plustost de cœur que de bouche et de larmes que de voix l’espace de quelque temps. Et après il appela M. le Cardinal de Richelieu, et successivement quelque autre particulier, disant à un chacun en ce cas ce qui luy estoit propre.
«Durant que tout cecy se passoit, M. le Cardinal de Lyon avoit fait apporter l'extrême-onction et attendoit qu'on l’advertist de Ja donver: on ne jugea encore estre temps, ains, par une Iinspiration de Dieu, les médecins se résolurent de le seigner pour la septième fois du bras droit. La seignée achevée, un abcez que les médecins n’avoient pas préveu se rompit et se vuida..., lors on commencea à espérer. Sur ces entrefaites, la Royne mère, à qui on avoit porté la nouvelle du danger où le Roy se trouvoïit, entra dans la chambre. Des vœux nouveaux se firent à Dieu, à l'honneur de la Vierge, de sainct Claude et autres, si bien que s la communion faicte, le Roy est toujours allé de mieux en
depui mieux: de façon que sur les dix heures du soir, les Roynes y estans, il se trouva avec autant de force qu'il se leva seul,
mangeant de fort bon appétit, voulut se promener par la chambre, bref se comporta comme s’il n’avoit esté guère malade. J'y ay demeuré toute la nuict, et l’ay laissé ce matin à six heures en fort bon estat.…..
« Je’puis assurer Vostre Révérence que je ne voudrois pas ne m'estre trouvé en la cour pour y avoir veu ces actions héroïques, car tout ce que j'escrivis samedy matin et que j'ai escrit ce
jourd'huy a tellement touché le cœur de ceste cour d’une si grande opinion de la vertu du Roy, des faveurs particulières qu’il reçoit de Dieu, qu'on ne le peut imaginer... Bref, je prie Dieu, mon Révérend Père, que tout ce que Dieu a disposé arriver au Roy depuis dix jours qu’il est malade, serve à l'amendement de ceste cour, qui est maintenant pleine de bonne volonté... À Lyon, le 1* octobre 16301. »
12, La cour perdit trop tôt le souvenir de ces grands exemples d'abnégation. Les intrigues ne devaient pas tarder à y revivre, et devaient amener cette fois une rupture de longue durée. A voir l'influence reconquise à Lyon par la reine mère sur le jeune roi échappé à la mort, on crut d’abord qu'elle allait reprendre toute son autorité. Mais elle fut bientôt circonvenue par les adversaires de Richelieu trop intéressés à exploiter ce revirement. Ils disaient bien haut que la campagne de 1630 avait tué le roi, que le cardinal, pour le plaisir de se rendre nécessaire, avait sacrifié la santé du souverain. Or, ces critiques répondaient aux sentiments de Marie de Médicis : elle les écouta, s’anima de plus en plus contre Richelieu et demanda sa disgrâce. Louis XII — ce qui montre ses dispositions d’alors pour sa mère — sembla bien accueillir cette demande, mais il remit sa décision au moment de son retour à Paris.
Il y arriva au commencement de novembre et prit logement
à l’hostel des ambassadeurs extraordinnaires ? » pour être plus près de la reine mère qui habitait le Luxembourg. Il eut avec elle plusieurs entretiens. La chose déplut à Richelieu ; il craignit qu'à la longue Marie de Médicis ne l'emportat; il surveilla de près les confidences de la mère et du fils. Un jour, il vient au Luxembourg un peu après le roi, approche des appartements de la reine, trouve moyen de se faire ouvrir une des portes, entre brusquement et dit « que se persuadant que leurs Majestés parloient de luy, il espéroit qu’elles n’auroient pas désagréable qu'il vinst pour se justifier des crimes qu'il savoit qu’on luy avoit imputés »., La reine, surprise, fut d’abord si en colère qu'elle ne put parler, puis s'étant ressaisie, elle lui reprocha sa hardiesse et ajouta « qu'il estoit vray, puisqu'il le vouloit sçavoir, qu'ils parloient de luy et qu’elle disoit au roy qu'elle
- Lettre du P. Suffren au P. Jacquinot, 1°" oct. 1630 (Revue rétrospective, t. IT, P. pre et 3).
2. Mémoires de Fontenay-Mareuil, édit. Michaud, t. XVII, p. 229.
D: "VS ©. rs PARTS, 5 132 DES" HE: NN CVS Coupe
en
ét A pérnie 23 ERA TRE era = ==
re res e P = Se : =
RAT SE Ve PRE PER NET TEE ES
ne pourroit plus assister à ses conseils ni se trouver avec luy en quelque lieu que ce fust quand il [Richelieu] y seroit, et qu'il falloit nécessairement qu'il [le roi] se défist de l’un ou de l’autre ». Le cardinal répondit qu'il était bien plus raisonnable que ce fût de lui. Le roi, gêné par la tournure que prenait l’entretien, ne se déclara point; il ne chercha qu'à s'échapper, prétextant « qu'il se faisoit tard, et que voulant aller à Versailles il estoit temps de partir; et, faisant la révérence, 1l marcha aussy viste que s’il eust eu peur qu’on eust couru après luyt ».
Richelieu ne put le ‘rejoindre et se crut perdu. Le jour même, le bruit de sa disgrâce et de son exil se répandit dans la capitale, et aussitôt la foule des#ourtisans accourut au Luxembourg vers la mère du roi. D. M pour elle, le cardinal de La Valette retint Richelieu déjà prêt à gagner son château du Havre et lui fit prendre la détermination de rejoindre le roi à Versailles. On sait les suites de ce bon conseil. Le cardinal « trouva le roi dans son lit »; il l’entretint plus de deux heures, et par son adresse le persuada de prendre hautement sa protection « et d'ôter d'auprès de la Reine sa mère ceux qui lui donnoient des conseils contraires à ses volontés ». Dès l'heure, Louis XIII fit arrêter le garde des sceaux, Michel de Marillae, et le remplaca par le marquis de Châteauneuf. Le lendemain il retournait à Paris, le cardinal chevauchant à la portière de son carrosse. « Cette nouvelle étonna fort la reine mère et ceux de son parti; la foule qui était au Luxembourg s’éclaircit en peu de temps »; et ce jour resta dans l’histoire sous le nom de Journée des dupes *.
1. Mémoires de Fontenay-Mareuil, 1. ©. — Fouqueray, Le P. Jean Suffren à la cour de Louis XII... (Revue des Queslions historiques, juillet 1900, p. 130 et suiv.) 2. Mémoires de Montglat, p. 21.