Mémoires de Richelieu, t. MH, p
hissent le Mantouan, tandis que Spinola, à la tête de quinze mille Espagnols ou Italiens pénètre dans le Montferrat (octobre 1629); maîtres des petites places dans ces deux pays, ils assiègent bientôt Mantoue et Casal. Devant cette dernière ville le siège fut mené sans vigueur, à cause du duc de Savoie qui, embarrassé entre les deux partis, essaya de négocier une suspension d'armes. Le pape de son côté offrit sa médiation. En attendant que Louis XIII, dont la santé avait donné des inquiétudes, vint se mettre à la tête de ses troupes, Richelieu joignit à la charge de négociateur souverain les fonctions de lieutenant général des armées du roi. Il avait sous ses ordres Schomberg, La Force et Créqui. Résolu à ne rien céder, il entra cependant en pourparlers avec le duc de Savoie pour obtenir le: libre passage des troupes royales sur ses États; puis, voyant que Charles-Emmanuel ne cherchait. qu’à gagner du temps et que les négociations tournaient en chicanes, il les rompit résolument : le 18 mars (1630) il entrait de force en Piémont et marchait sur Pignerol dont la forteresse se rendit le 31. Mais cette victoire n’intimida point l'Espagne ni l'Autriche: elle n'empêcha point le duc de Savoie de se ranger décidément de leur côté en refusant le passage aux Français. IL ne restait à Richelieu qu'à publier contre Charles-Emmanuel une déclaration d'hostilités; il Le fit, et pressa Louis XIII d’envahir lui-même la Savoie.
Cette vigueur à poussér la guerre contrariait Marie de Médicis : elle s'opposa de tout son pouvoir aux desseins du cardinal. Pendant que Louis XIII sé rendait en Bourgogne, prêt à entrer dans la Savoie, elle s’avança elle-même jusqu'à Lyon. Ce fut 1à que Richelieu eut à subir ses remontrances et celles d’autres puissants contradicteurs. Le garde des sceaux, Marillac, interprète de la reine mère, insista sur la misère et. l’appau- *rissement du royaume, sur la peste qui décimait l'armée, :e danger que courait le roi, le péril d'une lutte avec l'Europe, le peu d'intérêt de la France dans la question de Mantoue. Le moment était mal venu pour de pareilles représentations Richelieu l’emporta en montrant qu'il fallait bien résoudre les questions pendantes avant de pouvoir signer un traité. Louis XIE pénétra donc jusqu'à Chambéry; de là, lui-même et ses lieutenants, soumettant plusieurs autres places de Savoie, repoussèrent Charles-Emmanuel jusque dans la vallée d'Aoste.
Mais, de nouveau, le parti de la reine mère allait entraver
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l’ardeur belliqueuse du roi et de son ministre. Marie de Médicis exigea que son fils et le cardinal revinssent à Lyon s'entendre avec elle, avant de pousser plus loin les opérations ; elle demanda que Sa Majesté se ménageât et ne passât point le mont Cenis. Par contre, Richelieu montrait la nécessité pressante de ravitailler Casal : il obtint sealement que quelques régiments franchissent les Alpes sous les ordres de Montmorency. Ces troupes forcèrent le passage de Veillane, occupèrent la place forte de ce nom ainsi que Carignan, mais ne parvinrent pas à ravitailler Casal. D'un autre côté les Allemands s’'emparèrent de Mantoue dont Charles de Gonzague avait dû s'enfuir. Cette situation peu brillante pour la France, était encore aggravée par la mauvaise entente des chefs et le découragement des soldats que décimait la maladie. La lassitude de part et d’autre, la mort du duc de Savoie et les prétentions manifestées par l’empereur d'Autriche à la diète de Ratishbonne arrêtèrent les hostilités : une trêve fut signée le 2 septembre.
La diète de Ratisbonne s'était ouverte le 6 juin sur l'initiative de Ferdinand II ; il désirait, entre autres, y faire élire son fils roi des Romains. Richelieu voulut y voir régler la succession de Mantoue ; il confia le soin de cette négociation à Brulart, abbé de Léon, et au capuein Joseph du Tremblay. Le Père Joseph obtint par son habileté que Ferdinand cédât sur la question de Mantoue et promit de donner l'investiture à Charles de Gonzague. Grâce à lui aussi, les électeurs catholiques, maîtres à la diète, y maintinrent leurs droits, déboutèrent l'empereur de ses prétentions et ne lui accordèrent pas même l'élection d’un roi des Romains. |
11. Cependant la campagne de 1630 avait gravement atteint la santé de Louis XIII ; il était au camp de Maurienne, en juillet, quand la maladie se déclara. Une fièvre violente avec dysen-» terie l’obligea bientôt à reprendre le chemin de la France. Il se rendit à Lyon où les deux reines accoururent pour lui prodiguer leurs soins. Au début du mois de septembre il sembla se remettre. A la date du 3 de ce mois le P. Suffren, écrivant de Lyon au cardinal deLa Rochefoucauld, n'avait que de bonnes nouvelles à lui apprendre sur la santé de Sa Majesté. «Nous espérons bientôt vous voir à Paris, écrivait-il au grand aumônier; mais, depuis deux jours, la continuation de la guerre est plus à craindre que le traitté de paix à espérer. Le Roy se porte fort
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bien, et si n’estoyt la considération de la Reyne sa mère qui Le rétient, et la crainte de la peste, il s’en iroit dans peu de jours en Piedmont !. »
C'était fonder trop d’espoir sur une amélioration passagère. Vers la fin de septembre la fièvre revint plus forte et fit de rapides progrès. Le roi se trouva si mal qu'il appela son confesseur, et -lui dit en présence des reines : « Quand vous verrez que je seray en danger, ne manquez pas de m'advertir de bonne heure, et ne pensez pas que cela me rende mélancolique, car je ne crains aucunement de mourir. C’est une cruauté à ceux qui attendent d'advertir de l'éternité quand on n’en peut plus; pour moy, je désire avoir six jours pour me bien préparer. — Sire, nous n'en sommes pas là, respond le Père; mais si les médecins jugeoient qu'il y eust du danger, je voudroiïs tesmoigner à Vostre Majesté combien je suis son très humble et très affectionné serviteur, luy faisant ce que je voudrois que l’on fist à moy-mesme ; car, Sire, il s'agit icy de l'éternité. — Il est vray, dit le Roy; c’est pourquoy, mon Père, je vous parle ainsi *?. »
Il nous reste deux lettres du P. Suffren sur la maladie de Louis XIII à Lyon, l’une du 28 septembre et l’autre du 1* octobre, adressées au P. Barthélemy Jacquinot, Provincial de France. Nous ne saurions mieux faire que de leur emprunter un récit plein d’édification qui nous montrera comment, dans ces temps de foi, les Rois Très Chrétiens savaient envisager la mort. « Hier 21 septembre}; sur les dix heures du matn, écrivait Le Père confesseur de Sa Majesté, en suite d’une grande suffocation que le roi avoit eue sur les deux heures après minuict, qui avoit porté les médecins à la cinquiesme saignée, on remarqua deux ou trois signes de sa maladie mortelle. Et craignant qu'il ne peust porter la force du redoublement qui devoit arriver sur les dix heures au soir, on fut d’advis qu’ilse confessastet prist le viatique; je commençay donc à le porter doucement à cela, sans luy dire encores le danger auquel il estoit, mais à raison du jour de sa naissance luy conseillay de faire devant Dieu une reveue de vingt-neuf ans de vie que Dieu lui avoit donné: ce qu'il accepta très volontiers. Et ayant ce matin employé une demy-heure à
1. Lettre du P. Suffren au cardinal de La Rochefoucauld, 3 pee 1630 (Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 366, f. 42).