‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 273 sur 308 · Mémoires de Richelieu, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Richelieu, p

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de sa femme et la peine de ses serviteurs ébranlaient parfois la fermeté de son esprit, mais il puisait dans une foi profonde et dans la réception de la Sainte Eucharistie une résignation parfaite à la volonté de Dieu.

Transféré à Toulouse à la fin d'octobre, il y arriva le 27 sous la garde d’une nombreuse escorte : la foule qui l’aimait lui fit une ovation et faillit même l’arracher à la justice du Parlement. il fut enfermé dans une salle de l’hôtel de ville et dès le lendemain matin il fit prier le cardinal de La Valette de lui envoyer un confesseur, autant que possible le P. Arnoux, supérieur de la maison professe des Jésuites'. Prévenu de ce désir, le garde des sceaux objecta qu’il n’était pas d'usage de donner un confesseur aux criminels avant le prononcé de l'arrêt. On dut en référer à Richelieu, puis au roi. Enfin vers 6 heures du soir le maréchal de Brézé vint « avertir le P. Arnoux de se transporter à l'hôtel de ville et d'y demeurer le jour et la nuit autant qu'il le jugeroit à propos et le pourroit? ».

Le duc en voyant entrer le religieux « pour lequel il avoit une affection particulière » témoigna une joie sensible. « Mon Père, lui dit-il, je vous prie de me mettre tout à cette heure dans le chemin du ciel le plus court et le plus certain que vous pourrez, n'ayant plus rien à espérer ny à souhaiter que Dieu.» Le P. Arnoux « luy proposa ce qu'il y a de plus rude dans la pénitence, afin qu'il pût tirer du supplice qui luy estoit préparé une couronne pareille à celle du martyre »; et il ajouta sur ce sujet des considérätions si efficaces que le prisonnier conçuê dès lors un ardent amour de la croix. « Ayant, disait-il, un regret extrême d’estre si éloigné de l'innocence de mon Sauveur, ce m’est une grande consolation de me rendre semblable à luy par la conformité de mes peines. » :

Le roi et le cardinal avaient fixé leur départ de Toulouse au 30 octobre, comptant que la sentence serait rendue et exécutée le 29 qui était un vendredi. Le duc aurait souhaité que le jugement füt différé d’un jour afin de pouvoir se préparer à une confession générale et « se fortifier par la vertu du Saint-Sacrement » contre les faiblesses de la nature; il pria donc le Père de faire tout son possible pour lui obtenir cette faveur”?.

. Mémoires du duc de Montmorency, par Simon Ducros, témoin oculaire (4rchiv. cur. de l’Hist. de France, 2° série, t. IV, p. 66-72). 2. Griffet, Histoire du règne de Louis XIIL, 1. IE, p. 345, 346. 3. Mémoires de Montmorency, p. 72-74. |

Lorsque le P. Arnoux revint le lendemain entre cinq et six heures du matin, on ne savait pas encore si le roi accorderait un: jour de délai. Le duc conjura le sieur de Launay de s’en informer et de faire une nouvelle et pressante demande. — « Ne trouveriez-vous pas bon, lui répliqua celui-ci, qu’on sollicitt la grâce tout entière 1? » Le duc hésita d’abord, puis, sur l’avis du Père, il consentit à ce qu’on lui proposait. « Dites à Monsieur le cardinal, ajouta-t-il, que je suis son serviteur et que s’il veut bien fléchir le :œur du roi à la miséricorde et l’engager à me laisser la vie, je vivrai de façon à ne lui donner jamais aucun sujet de s’en ‘repentir. Assurez-le en même temps que si le roi et son conseil jugent que ma mort soit plus utile à l’État que ma vie, je ne demande point que l'on fasse rien qui soit contraire au service du roi pour prolonger mes jours. ? » Il fit ensuite sa confession générale, entenditla messe dans la chapelle et y communia. « Mon Père, dit-il après l’action de grâces, qui a dedans soi l’auteur de la vie ne craint plus la mort; j'espère de voir bientost ce bon Dieu que je viens de recevoir en sacrement*. »

IL apprit au sortir de la chapelle que le roi accordait le délai sollicité. « À quoy il répondit que, bien que ce délay ne lui semblast plus nécessaire, il tâcheroit de ménager cette grâce, sans perdre un seul moment du loisir qu'on luy donnoït, pour se préparer à bien mourir. » Il passa le reste de la matinée à s’entretenir pieusement avec son confesseur, et s’occupa l’après-midi à mettre ordre à ses affaires temporelles. Il pourvut à la disposition de ses biens et à diverses libéralités envers ses serviteurs. Se souvenant de trois tableaux de grand prix qui étaient dans son hôtel à Paris, il légua l’un à la princesse de Condé, sa sœur, l’autre à la maison professe des Jésuites de Toulouse, le troisième, représentant le martyre de saint Sébastien, au cardinal de Richelieu .

Cependant le délai qu’on avait obtenu fit renaitre un peu d’espérance; toute ia cour se mit en mouvement pour arracher à Louis XIII la grâce de Montmorency. Le duc de Chevreuse, Saint- Simon favori du roi, La Vaupot gentilhomme de Gaston, furent les plus empressés, et surtout la princesse de Condé qui offrit de remettre entre les mains du cardinal ses deux fils comme gage

1. Le Mercure françois, t. XVII, an. 1632, p. 873. 2: Griffet, op. cût., t. IT, p. 347.

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